Grand Corps Malade : avec Voir la mer, les mots prennent le large

vec Voir la mer, paru le 18 septembre 2026, Grand Corps Malade poursuit son exploration du temps qui passe, des liens qui nous construisent et des horizons qu’il reste à découvrir. Ce neuvième album studio rassemble seize titres et accueille SDM, Mentissa, Styleto et Cœur de pirate. Un disque qui donne une place importante aux mélodies et aux instruments, tout en conservant la parole au centre de son univers.

Le voyage commence par une affirmation : J’en ai pas encore fini. Dès l’ouverture, Fabien Marsaud exprime son envie de poursuivre, de créer et de prendre part au monde. Après deux décennies de carrière, cette déclaration donne au projet une impulsion tournée vers l’avenir. Le parcours accompli nourrit la suite, avec cette idée que l’expérience peut entretenir la curiosité.

Cette question revient dans 20 ans plus tard, où l’artiste retrace son chemin musical. Le titre fait entrer la mémoire de ses débuts dans le présent de l’album. À propos de cette sortie, Grand Corps Malade confie d’ailleurs retrouver la fébrilité d’un débutant : l’attente de l’accueil du public demeure, même après des années de création. Ce rapport au métier donne une dimension humaine au bilan. Derrière la carrière, il reste quelqu’un qui écrit, s’engage dans ses chansons et espère qu’elles trouveront un écho.

Musicalement, Voir la mer privilégie un cadre souvent feutré. Le piano, les guitares et la basse accompagnent une voix dont la présence reste immédiatement reconnaissable. Les arrangements ménagent de l’espace aux récits, mais le disque varie aussi les mouvements : Les failles emprunte au funk, tandis que J’sais pas faire sans toi se rapproche du disco. Ces changements de rythme apportent du relief à l’ensemble et rappellent la souplesse du slam, capable de circuler entre plusieurs formes musicales.

L’ailleurs constitue un autre fil conducteur. Après une année passée en famille à Montréal, le slameur rapporte de nouvelles habitudes et une autre perception du quotidien. Une mélodie rend hommage à cette ville désormais connue de l’intérieur. Le regard a changé depuis celui du visiteur : les lieux prennent le poids des souvenirs, des journées vécues et d’un rythme auquel on s’est attaché.

Avec Cœur de pirate, L’hiver prolonge cette expérience québécoise en évoquant la saison froide. Puissance 4 puise également dans la vie familiale à l’étranger, tandis que Drôle de lettre explore la distance avec Paris. Ces chansons donnent au déplacement plusieurs dimensions : découvrir une ville, partager une aventure avec les siens, regarder autrement l’endroit que l’on a quitté. Le titre Voir la mer élargit cette perspective avec son image d’un regard porté vers d’autres horizons.

Les rencontres vocales rythment également le parcours. SDM rejoint Grand Corps Malade sur Traces, Mentissa sur Ça ira et Styleto sur Le prochain rêve. À travers ces invitations, l’album fait dialoguer des artistes aux identités distinctes et multiplie les possibilités autour de la voix parlée. Leur présence inscrit aussi ce nouveau chapitre dans une pratique du partage déjà importante chez le slameur.

L’apaisement général laisse cependant place à une expression plus frontale dans Pas de fatalité. Grand Corps Malade y dénonce le racisme et la progression de l’extrême droite. Cette colère donne un contrepoids aux chansons consacrées au recul et au bonheur quotidien : le désir de douceur cohabite avec une inquiétude pour la société. Ça ira apporte, de son côté, une réponse fondée sur la solidarité et la force du collectif pour traverser les épreuves.

L’intérêt de Voir la mer tient à la relation entre ces différentes échelles : une famille, une ville, un parcours artistique et un monde qui continue de susciter des questions. Le changement de décor ouvre de nouvelles perspectives, tandis que l’écriture conserve ses préoccupations humaines. Grand Corps Malade poursuit ainsi une œuvre attentive à ce qui nous permet d’avancer : les autres, les souvenirs et la possibilité de regarder un peu plus loin.

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