Au 13e Art, Fauve Hautot et Romain Guillermic réunissent neuf interprètes dans une création où la danse électro rencontre les danses de salon et le cinéma. Avec leur compagnie Same But Different, ils explorent la solitude, la rencontre et la force du collectif. Une proposition dont l’enjeu dépasse le croisement des styles : trouver comment avancer ensemble en conservant ce qui rend chacun singulier.
Let’s Go! : deux mots qui donnent une impulsion, presque un signal de départ. Le titre contient déjà une invitation à quitter sa place, à risquer un mouvement vers les autres. Cette dynamique constitue le point de rencontre entre Fauve Hautot et Romain Guillermic. Chorégraphes, metteurs en scène et interprètes, ils réunissent autour d’eux une troupe dont les histoires et les identités nourrissent la création. Leur compagnie, Same But Different, inscrit cette diversité au cœur de son projet.
L’association des deux artistes ouvre un terrain chorégraphique particulièrement fécond. Les danses de salon et l’électro possèdent leurs codes, leurs habitudes et leurs façons d’organiser la relation. Les faire dialoguer suppose de déplacer certains repères : apprendre à recevoir une autre énergie, découvrir une manière différente de marquer le rythme, trouver un équilibre entre son propre vocabulaire et celui du partenaire.
Cette rencontre permet d’interroger ce que signifie partager une scène. Un interprète arrive avec une technique, mais aussi avec une présence, une mémoire corporelle et une manière personnelle de s’engager. Le collectif se construit à partir de ces éléments. Il demande à chacun de trouver sa place tout en restant attentif à celle des autres. Le nom de la compagnie prend alors une résonance concrète : une expérience commune peut réunir des personnalités sans les rendre interchangeables.
Dans sa critique, Classykêo décrit un parcours traversant la solitude, la confrontation, l’amitié et l’amour. Le mouvement devient ainsi le support d’une progression sensible, faite d’élans, de résistances et de rapprochements. Les passages les plus physiques alternent avec des instants plus suspendus, donnant plusieurs intensités à cette recherche du lien.
Cette alternance est essentielle à la lecture du projet. L’énergie peut traduire la joie de se retrouver, mais aussi le besoin de s’imposer ou de se protéger. Un retrait, une hésitation ou une distance entre deux corps peuvent raconter tout autant. La danse possède cette capacité à rendre perceptibles des états qui précèdent les mots. Elle donne une forme à ce moment fragile où l’on cherche encore comment entrer en relation.
La place accordée au groupe invite également à considérer autrement la virtuosité. Une prouesse individuelle attire naturellement le regard ; l’accord entre plusieurs interprètes engage une attention plus diffuse. Il faut observer les relais, la circulation d’une impulsion, la manière dont une présence en soutient une autre. Cette intelligence collective constitue un enjeu artistique à part entière. Elle fait du plateau un espace de négociation permanent, où chacun contribue à un équilibre vivant.
Le cinéma enrichit cette réflexion sur la présence. Classykêo souligne l’utilisation d’une caméra suivant les danseurs jusque dans les coulisses, ainsi que celle de miroirs qui prolongent les perspectives. L’image permet de franchir les limites habituelles du plateau et de rendre visibles certains espaces de fabrication du spectacle.
Le regard du public se trouve dès lors sollicité de plusieurs façons. Il peut embrasser un ensemble ou se rapprocher d’un détail, suivre un corps sur scène puis retrouver sa trajectoire à l’écran. Cette coexistence de points de vue pose une question stimulante : que choisit-on de regarder, et que découvre-t-on lorsqu’un autre regard nous guide ? Le dispositif fait ainsi écho au sujet de la pièce. Rencontrer quelqu’un, c’est aussi accepter de modifier sa perspective.
L’ouverture sur les coulisses possède une autre portée. Elle rappelle qu’une représentation repose sur une communauté de travail plus large que les seuls artistes exposés à la lumière. Montrer ce qui entoure le plateau donne une profondeur supplémentaire à l’idée de collectif. Le spectacle devient le résultat d’une coordination, d’une confiance et de gestes partagés.
La scénographie de Christophe Ouvrard, les lumières de Dimitri Vassiliu et les arrangements musicaux d’Alexandre Grynszpan participent à cet univers. Autour de Fauve Hautot et Romain Guillermic, la distribution parisienne rassemble Lexane Turc, Tianée Achille, Tonbee Lecter, Pauline Journé, Stefano Forlini, Clément Taugeron et Cacao.
Au cœur de Let’s Go!, la question de l’identité demeure donc inséparable de celle de la relation. Comment être reconnu pour ce que l’on apporte ? Comment rejoindre un groupe sans s’y effacer ? Comment faire d’une différence une possibilité d’échange ? Ces interrogations trouvent dans la danse un terrain particulièrement direct : elles passent par des distances, des rythmes, des appuis et des réponses physiques.
C’est cette dimension qui donne au projet sa portée. La rencontre y apparaît comme une pratique, quelque chose qui s’essaie et se construit. Il faut s’approcher, ajuster son geste, laisser une ouverture. Le mouvement partagé devient alors une manière d’explorer ce que chacun peut apporter aux autres et recevoir d’eux.
Let’s Go! porte ainsi une invitation généreuse : envisager le collectif comme un lieu où les singularités peuvent s’exprimer pleinement. Son titre prend tout son sens dans cette mise en mouvement commune. Partir ensemble suppose un premier élan ; la danse permet de lui donner corps.
Let’s Go! — Le 13e Art, Paris. Jusqu’au 8 novembre 2026, puis en tournée à partir du 10 novembre. Chorégraphie et mise en scène : Fauve Hautot et Romain Guillermic. Durée : 1 h 15.
