Au Casino de Paris, Chantal Ladesou retrouve le public avec Forever, un spectacle nourri par son parcours, les travers du métier et le temps qui passe. Une matière à la mesure de sa personnalité comique : une voix immédiatement reconnaissable, une fantaisie volontiers excessive et un goût affirmé pour l’autodérision.
Chez Chantal Ladesou, la voix constitue déjà une entrée en scène. Son timbre, ses inflexions et sa manière de malmener les mots composent une signature. Une phrase peut sembler prendre un chemin de traverse, une intonation déplacer le sens d’une remarque. Cette façon de jouer avec la parole donne à son personnage une liberté particulière : celle de paraître à la fois parfaitement sûr de lui et toujours susceptible de déraper.
Avec Forever, la comédienne prend notamment pour sujets le théâtre, le cinéma, la télévision et les effets du temps. La présentation du spectacle annonce également une place pour les souvenirs d’adolescence, dans un registre mêlant tendresse et espièglerie. Ce point de départ lui offre un terrain propice à l’observation des vanités, des habitudes et de cette curieuse tendance à se prendre très au sérieux.
L’intérêt de cet univers comique tient au rapport entre assurance et autodérision. Le personnage Ladesou peut occuper tout l’espace, afficher son aplomb, puis laisser apparaître une faille qui fait basculer la situation. La drôlerie se nourrit de ce déséquilibre. Derrière la posture, quelque chose échappe ; derrière la certitude, une contradiction affleure.
Le monde du spectacle se prête particulièrement à ce jeu. Il impose de se montrer, de convaincre et de donner l’impression que l’on maîtrise les événements. En faire une matière humoristique permet d’en regarder les conventions avec distance : le besoin de reconnaissance, l’importance accordée aux apparences, les petits arrangements avec l’image que l’on voudrait donner. L’autodérision prend alors tout son sens, puisque celle qui observe appartient elle-même à cet univers.
Le titre Forever apporte une autre dimension. Il évoque une envie de durer, de poursuivre la conversation avec le public. Appliqué à une artiste dont le métier repose sur la présence, il peut aussi se lire comme une profession de foi : continuer à monter sur scène, à jouer et à chercher le rire.
Le temps qui passe constitue à cet égard un sujet fécond. Il transforme les corps, les habitudes et la place que les autres nous accordent. L’humour offre une manière de reprendre la main sur ces transformations, de les raconter à sa façon. Chez Ladesou, cette perspective rejoint un personnage qui refuse volontiers la discrétion et les comportements attendus. Prendre de la place devient aussi une manière d’affirmer sa liberté.
La dimension populaire de son comique repose sur cette reconnaissance immédiate. Un ton, une réaction ou un excès suffisent à installer une familiarité. Le public retrouve une personnalité dont il connaît les contours, avec l’attente de la voir pousser encore un peu plus loin sa fantaisie. Cette connivence constitue une ressource précieuse du seule-en-scène : elle permet de faire d’un récit personnel une conversation collective.
Forever rassemble ainsi les thèmes qui peuvent donner du relief à cet échange : le métier, les souvenirs, les apparences et la volonté de continuer. Son ressort le plus prometteur réside dans cette alliance entre aplomb et recul sur soi. Chantal Ladesou possède un personnage assez affirmé pour devenir lui-même un objet de comédie — et assez libre pour s’amuser de sa propre légende.
Chantal Ladesou – Forever, au Casino de Paris jusqu’au 1er novembre 2026.
