Vendredi 6 novembre 2026, Benjamin Biolay a consacré sa seconde soirée au Zénith Paris–La Villette à un parcours qui va de Rose Kennedy au Disque bleu. Les chansons du nouvel album se glissent entre les classiques, tandis que « Jardin d’hiver » rappelle l’importance de son travail pour d’autres interprètes. Un concert dont la construction fait ressortir les différentes facettes d’un même auteur.
Après une première partie assurée par Adrien Gallo, Benjamin Biolay ouvre avec « À l’origine ». Le choix donne sa direction à la soirée : alors que la tournée porte le nom du Disque bleu, le chanteur commence par un morceau de 2005, puis remonte encore plus loin avec « Los Angeles », tiré de Rose Kennedy. « Ton silence » ramène aussitôt au présent. En trois chansons, le concert a traversé plus de vingt ans de discographie. Cette liberté dans l’ordre des morceaux permet aux titres récents de trouver leur place sans interrompre le fil de la soirée.
La suite précise le parti pris. « Comme une voiture volée », issu de Grand Prix, précède « Ton héritage », placé dès le cinquième morceau. Le rapprochement est révélateur : d’un côté, l’élan d’une chanson qui doit beaucoup à son mouvement ; de l’autre, un texte qui cherche les mots pour dire ce qu’un parent transmet, volontairement ou malgré lui. En les faisant se succéder, Biolay change de registre sans perdre le fil. La tension du concert tient aussi à ces écarts de ton.
Le passage au format électrique donne un contexte particulier à ces choix. Après un premier volet acoustique, la tournée aborde les grandes salles avec une formation en groupe et des arrangements plus directs. Le changement est intéressant pour Le Disque bleu, double album composé entre Paris, Sète, Bruxelles, Buenos Aires et Rio de Janeiro, dont une partie de la couleur vient de la bossa nova et des musiques latino-américaines. Ce répertoire appelle autant de souplesse que de puissance. L’enjeu au Zénith est de trouver assez d’ampleur pour la salle tout en gardant la précision rythmique et la place des paroles.
Le milieu du concert offre le meilleur exemple de la manière dont les chansons se répondent. « La superbe » cède la place aux « Cerfs-volants », avant que « Testament », « 15 octobre » et « Mauvais garçon » ne donnent au Disque bleu une séquence à part entière. L’album bénéficie ainsi de deux approches : « Ton silence » s’insère tôt dans un ensemble de titres connus, tandis que ces trois morceaux successifs laissent entendre la cohérence de l’écriture récente. Plus tard, « Soleil profond » revient à ce disque avant que « Mon amour m’a baisé » et « Saint-Clair » ne referment la partie principale.
Entre ces deux passages, « Jardin d’hiver » occupe une place singulière. La chanson, popularisée par Henri Salvador, rappelle qu’une partie du répertoire de Biolay s’est imposée au public par la voix d’autres artistes. Dans une soirée consacrée à ses propres disques, sa présence dit quelque chose de son métier d’auteur : une mélodie peut quitter celui qui l’a écrite, s’attacher durablement à un autre interprète, puis revenir dans son répertoire avec cette histoire en plus.
Le rappel du vendredi reprend le jeu des contrastes avec « Miss Miss », « Numéros magiques » et « Les joues roses », avant « Comment est ta peine ? ». Le dernier titre est bien choisi : sa question relève de la conversation intime, tandis que son refrain possède l’élan d’une chanson faite pour une grande salle. Ce contraste résume la soirée. La tournée du Disque bleu donne à Biolay l’occasion de revenir sur des chansons de différentes époques et de les faire entendre autrement, simplement en changeant celles qui les précèdent et celles qui leur succèdent.
