Ailleurs : Barbara Schulz et Éric Elmosnino en quarantaine, le rire en liberté

À la Comédie des Champs-Élysées, Audrey Schebat imagine une épidémie qui rend les gens idiots. Pour s’en protéger, le plus raisonnable semble encore de rester chez soi. Encore faut-il supporter la personne avec qui l’on vit. Barbara Schulz et Éric Elmosnino font de cette cohabitation forcée un duel savoureux, auquel Jeanne Chartier apporte une fantaisie bien à elle.

Si la bêtise devenait contagieuse, comment saurait-on qu’on l’a attrapée ? La question suffit à lancer la comédie. Le danger est censé venir du dehors, mais une fois la porte fermée, chacun se retrouve à examiner le comportement de l’autre. Un désaccord peut passer pour un symptôme, une certitude pour une preuve de lucidité. Audrey Schebat, qui signe le texte et la mise en scène, trouve dans cette logique absurde un excellent ressort : plus ses personnages ont de raisons de douter, plus ils s’obstinent à avoir raison.

Barbara Schulz et Éric Elmosnino donnent à cette bataille domestique tout son sel. Leur duo fonctionne parce que l’exaspération du couple reste reconnaissable au milieu de la démesure. On retrouve la facilité avec laquelle une conversation dévie, un mot de travers prend toute la place et le désir d’avoir le dernier mot finit par l’emporter sur le sujet de la dispute. L’épidémie mondiale donne à ces petits travers une importance déraisonnable. C’est précisément ce qui les rend si drôles.

Jeanne Chartier apporte une autre couleur à la comédie. La voix est ici un ressort de jeu à part entière : le ton, le débit et la façon de faire tomber une réplique suffisent à déplacer le rire. Dans un huis clos où les deux personnages principaux sont occupés à se convaincre de leur propre bon sens, cette présence fait respirer le dialogue et relance le comique. Le plaisir de la distribution tient aussi à cet équilibre : Schulz et Elmosnino installent le face-à-face, Chartier y introduit un décalage qui lui donne un autre rythme.

La pièce s’amuse aussi de souvenirs encore proches : les consignes, les réflexes de protection, la promiscuité et cette envie de savoir à tout prix ce qui se passe dehors. Le cadre familier donne du poids à la fantaisie. On rit du virus imaginaire, puis de comportements beaucoup moins imaginaires : la tentation de juger très vite, l’art de trouver une explication qui nous arrange et le soulagement de se croire du côté des gens raisonnables.

Le titre résume avec malice le désir qui traverse la pièce. Ailleurs, c’est l’endroit où l’on voudrait être quand le monde devient invivable, puis celui dont on rêve quand la personne à côté de soi nous exaspère. Audrey Schebat fait tenir ces deux envies de fuite dans une même comédie. Le résultat est réjouissant : une farce qui assume son absurdité, servie par trois interprètes dont les registres se complètent, et qui laisse au public le plaisir de reconnaître un peu de sa propre mauvaise foi.

À la Comédie des Champs-Élysées, à Paris, jusqu’au 31 janvier 2027. Texte et mise en scène : Audrey Schebat. Avec Barbara Schulz, Éric Elmosnino et Jeanne Chartier. Durée : 1 h 30.

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