Ycare revisite Brel : la passion des mots, l’énergie du rock

Avec Brel, paru le 2 octobre 2026, Ycare se confronte à un répertoire qui engage autant la voix que le corps. Dix chansons composent cet hommage, enregistré et produit avec Pascal Obispo. Le choix des titres privilégie les grands classiques, mais la direction musicale emprunte une voie plus personnelle, portée par des arrangements pop et rock.

Pour Ycare, cette rencontre s’inscrit dans une histoire ancienne. Jacques Brel compte parmi les artistes qui lui ont donné envie de chanter et de composer. Reprendre ses chansons revient donc à retrouver une source de son propre parcours. Cette filiation explique l’ambition du projet, mais aussi sa difficulté : comment faire entendre sa sensibilité dans des œuvres dont l’interprétation originale demeure aussi présente dans les mémoires ?

L’orientation rock apporte une première réponse. Les guitares électriques prennent une place importante et accompagnent l’intensité des textes. Ce déplacement musical modifie les couleurs du répertoire tout en conservant son goût des émotions extrêmes. L’approche peut surprendre, particulièrement lorsque les arrangements s’éloignent de sonorités devenues indissociables des chansons. Elle donne néanmoins à l’hommage une direction identifiable, avec la volonté de remettre ces œuvres en circulation dans un langage contemporain.

La Chanson des vieux amants illustre cette démarche. Ycare en a notamment proposé une interprétation résolument rock lors de la finale de The Voice Kids. Le morceau raconte un amour éprouvé par les années, les départs et les retrouvailles. Sa force tient à cette coexistence entre les blessures et la persistance du lien. L’aborder avec une énergie plus électrique permet de souligner la passion encore vive derrière le bilan amoureux : le temps a passé, mais le sentiment continue de remuer ceux qui le vivent.

Avec Ne me quitte pas, le défi change de nature. Tout repose sur la fragilité d’une parole qui tente de retenir l’autre. La chanson expose une dépendance affective, une détresse qui rend chaque promesse plus désespérée. Sa présence dans la sélection place Ycare devant une exigence particulière : donner une nécessité personnelle à des mots que l’on croit connaître par cœur. Dans un album hommage, ce titre constitue toujours un point sensible, tant son histoire accompagne chacune de ses nouvelles interprétations.

Amsterdam et Mathilde représentent une autre facette de Brel, celle des récits emportés par leur propre fièvre. Le premier fait surgir un monde de corps, de faim et de désir ; le second raconte le bouleversement provoqué par le retour d’une femme aimée. Leur présence permet de mesurer l’étendue du registre abordé : après la supplication amoureuse viennent l’excès, le vertige et cette manière de transformer une chanson en scène dramatique.

Vesoul concentre l’une des transformations instrumentales les plus marquantes relevées dans l’album : la flûte traversière prend la place de l’accordéon associé à Marcel Azzola. Ce choix déplace immédiatement les repères. Il rappelle combien un timbre participe à notre souvenir d’une chanson et combien sa modification peut renouveler la manière de la recevoir. La reprise devient alors un exercice de déplacement, avec ce qu’il comporte de surprise et de résistance chez l’auditeur.

À côté de ces titres débordants, Jojo introduit la mémoire d’un ami disparu. Écrite pour Georges Pasquier, proche de Brel, la chanson exprime la présence que conserve un être aimé après sa mort. Sa place dans le projet ouvre un espace consacré à l’amitié et au deuil. Elle rappelle aussi que l’intensité brelienne passe par des sentiments qui persistent dans l’absence, avec une force aussi grande que les élans amoureux.

La Quête prolonge enfin cette traversée avec son idéal poursuivi malgré les obstacles. Dans le parcours d’un chanteur qui reconnaît en Brel un maître, son choix prend une résonance particulière. Elle peut se lire comme une manière d’assumer l’ambition de l’hommage : se mesurer à une œuvre immense, accepter l’inquiétude qu’elle provoque et tenter malgré tout d’y engager sa propre voix.

L’intérêt de Brel se situe dans cette tension entre familiarité des chansons et changement de perspective musicale. Les textes portent déjà leurs personnages, leurs conflits et leurs blessures ; leur reprise demande de leur donner une présence nouvelle. En choisissant un cadre pop et rock, Ycare propose une porte d’entrée vers ce répertoire et poursuit, à travers lui, une réflexion sur ce qui fait un interprète : la capacité à prendre personnellement en charge les mots d’un autre.

Angèle : avec Instinct, les émotions gagnent la piste de danse

Avec Instinct, son troisième album paru le 16 octobre 2026, Angèle explore une pop plus électronique, traversée par le désir, l’affirmation de soi et les incertitudes sentimentales. Entourée de Justice, Soulwax, SebastiAn et Caroline Polachek, la chanteuse belge ouvre un nouveau chapitre où les émotions se racontent aussi à travers le mouvement.

Le titre Instinct annonce une direction : écouter ce qui pousse à parler, à choisir et à avancer. Angèle présente ce disque comme un journal musical nourri par trois années de vie. Cette dimension personnelle donne un fil conducteur aux collaborations et aux changements de langue. L’anglais prend davantage de place, les productions élargissent les horizons de sa pop, mais les interrogations restent proches : comment exprimer ses envies, accepter ses contradictions et trouver sa place dans une relation ?

Après l’introduction, Dis-le pose les intentions du disque. La chanson invite à exprimer ce que l’on garde habituellement pour soi, à écouter sa voix intérieure et à assumer son identité. Cette prise de parole peut concerner un désir, un désaccord ou une vérité longtemps retenue. Le morceau fournit ainsi une clé de lecture à l’ensemble : suivre son instinct commence par reconnaître ce que l’on ressent. Dans cette invitation à briser le silence, Angèle retrouve une manière directe d’aborder des questions personnelles qui peuvent résonner collectivement.

La rencontre avec Justice donne une traduction sonore particulièrement affirmée à cette évolution. Les synthétiseurs imposants et la pulsation appuyée de What You Want installent une énergie plus physique. La voix d’Angèle se glisse dans une production qui augmente la tension et pousse sa pop vers les sensations du club. Le contraste entre la souplesse du chant et la densité électronique devient le moteur du titre : la mélodie conserve son pouvoir d’attraction au milieu d’une instrumentation plus massive.

Une seule vie prolonge le thème de la décision : accepter de choisir pour pouvoir avancer. Cette idée rejoint le mouvement général du projet, tourné vers l’action et l’expression de soi. Elle trouve un prolongement plus trouble dans Love Triangle, où la possibilité du choix devient précisément ce qui déstabilise. Avec Caroline Polachek et SebastiAn, Angèle aborde l’attirance, la jalousie et la peur de perdre le contrôle.

Sur ce morceau, l’arpège électronique installe une sensation d’obsession, tandis que les voix croisent les langues et les points de vue. Le désir rencontre la crainte de ses conséquences : vouloir multiplier les possibles tout en redoutant la blessure. La présence de Caroline Polachek permet de donner une réponse au premier récit, de déplacer le regard et de faire entendre une autre sensibilité. La collaboration prend alors un sens dramatique, au-delà de la rencontre entre deux signatures vocales.

D’autres titres ramènent le disque vers des fragilités plus familières. Au revoir aborde la peur de la solitude dans un environnement proche de l’hyperpop. Ce rapprochement entre une inquiétude intime et des sonorités électroniques nourrit la double impulsion de l’album : se livrer tout en maintenant une énergie dansante. Sur Trop, la collaboration avec Soulwax accompagne une accumulation de motifs de révolte. Le débordement devient ici une façon de prendre la parole, de faire sortir ce qui pèse.

Avec Je sais, le registre devient familial. Angèle répond à Comment te dire, la chanson que son père Marka lui avait consacrée vingt-cinq ans auparavant. Ce dialogue entre deux générations inscrit le disque dans une histoire qui dépasse le présent de la chanteuse. Au milieu des rencontres artistiques et des explorations électroniques, cette réponse apporte un point d’ancrage affectif : une parole reçue autrefois trouve désormais son écho dans la voix de sa destinataire.

À travers ces différentes formes d’attachement, Instinct dessine le portrait d’une artiste qui cherche à donner davantage de place à ses impulsions. La parole libère, le désir déstabilise et les liens familiaux ramènent à une mémoire personnelle. Le projet trouve sa cohérence dans cette circulation entre l’élan et le doute, avec une pop qui accompagne les émotions jusque dans leurs contradictions.

Pluie Alcide de Alcide Dessine

Humour absurde, émotions bancales, discussions gênantes et grosses touches grasses de vulgarité bien placée : Alcide est de retour, plus beau, plus précis… et toujours aussi inquiétant pour le bien-être émotionnel de ses personnages. Avec un dessin encore plus maîtrisé et expressif, ce troisième opus pousse encore plus loin tout ce qui fait le sel de l’univers d’Alcide : les relations foireuses, les petites humiliations du quotidien, les jeux de mots douteux, les personnages émotionnellement indisponibles… et cette étrange capacité à transformer le malaise en quelque chose de très drôle.

Des relations qui déraillent, des conversations embarrassantes et des personnages peu disponibles pour les sentiments des autres : Pluie d’Alcide annonce un troisième opus où l’absurde côtoie les petites cruautés du quotidien. Un univers qui trouve sa matière comique dans tout ce que l’on préférerait parfois oublier après une interaction ratée.

Chez Alcide Dessine, les rapports humains constituent un terrain particulièrement glissant. Un échange peut tourner à l’humiliation, un jeu de mots ajouter à la gêne, une tentative de rapprochement révéler surtout l’incapacité à communiquer. Le ressort est fécond : faire rire de ces moments où personne ne trouve la bonne réaction, et où chaque parole risque d’aggraver la situation.

L’intérêt de cette proposition tient au mélange des registres. L’humour absurde permet de déformer les situations familières, tandis que la vulgarité revendiquée leur apporte une brutalité supplémentaire. Derrière la plaisanterie se dessine pourtant une matière très reconnaissable : le besoin d’affection, les déceptions et les stratégies maladroites pour tenir les autres à distance.

Les personnages émotionnellement indisponibles donnent à cet ensemble une saveur particulière. Ils semblent peu armés pour construire des relations sereines, mais parfaitement capables de produire des échanges catastrophiques. Le décalage entre leurs attentes et leurs comportements nourrit cette comédie de l’inconfort.

Le dessin, annoncé comme plus précis et expressif dans ce troisième volume, occupe une place essentielle dans un tel dispositif. Une expression, une posture ou une réaction peuvent porter la gêne autant qu’une réplique. C’est dans cette rencontre entre le trait et les dialogues que se joue la promesse de l’album : donner une forme immédiatement lisible aux émotions les plus bancales.

Avec Pluie d’Alcide, le programme est aussi réjouissant que peu rassurant pour les personnages : de l’absurde, de la mauvaise foi et des sentiments malmenés. Une proposition destinée aux amateurs d’humour grinçant, pour qui une conversation qui tourne mal peut devenir un excellent point de départ comique.

Éditeur ‏ : ‎ Les éditions Lapin Date de publication ‏ : ‎ 5 novembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 176 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 237754424X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2377544240

Divorce à la française avec Caroline Vigneaux

Divorce à la française : quand la séparation devient une bataille pour être crue

Un divorce peut être prononcé sans que la guerre soit terminée. Avec Divorce à la française, présenté au Théâtre des Nouveautés, Éliette Abécassis explore cette zone où la rupture conjugale se prolonge dans les accusations, les procédures et la lutte pour la garde des enfants. Porté par Caroline Vigneaux, ce seul-en-scène soulève une question troublante : pourquoi croit-on certaines personnes plus facilement que d’autres ?

Margaux pensait peut-être retrouver sa liberté en obtenant le divorce. Mais face à Antoine, son ancien mari, le combat continue. Elle écrit des polars. Lui est un chirurgien reconnu, un père dont l’image semble irréprochable. Devant la justice, chacun réclame la garde des enfants et dénonce les agissements de l’autre. Les accusations sont graves, les versions incompatibles. L’un des deux ment. Reste à savoir lequel.

Ce qui retient d’abord l’attention, c’est la manière dont cette histoire nous place face à nos propres réflexes. Un métier prestigieux, une réputation solide, des témoins convaincants : il en faut parfois peu pour qu’un récit nous paraisse plus vraisemblable qu’un autre. À l’inverse, une personne présentée comme excessive ou vindicative peut voir sa parole disqualifiée avant même d’avoir été entendue. C’est dans cet écart entre l’image et la réalité que se situe tout l’enjeu de la pièce.

Éliette Abécassis fait du divorce un terrain d’affrontement où chacun risque de perdre davantage que son couple. Il faut défendre sa place de parent, répondre aux soupçons, préserver son lien avec ses enfants. Il faut aussi résister au portrait que l’autre dessine de vous. Comment se défendre lorsque la colère devient une preuve d’instabilité, lorsque la souffrance est soupçonnée d’être une stratégie ? Le sujet touche parce qu’il engage quelque chose de très simple et de très intime : le besoin d’être entendu.

Le choix de Caroline Vigneaux donne à cette proposition un relief particulier. Son parcours d’ancienne avocate entre en résonance avec une histoire où les mots servent à convaincre, à accuser et à se protéger. Le seul-en-scène concentre toute l’attention sur cette parole exposée. Sans partenaire auquel répondre directement, la confrontation trouve son espace dans le récit et dans le regard du public, placé en position d’évaluer ce qu’il entend.

La dimension tragi-comique apporte une autre tension. Dans une séparation conflictuelle, l’absurde peut surgir au milieu du plus douloureux : des contradictions, des raisonnements qui tournent à vide, une logique de procédure qui semble s’éloigner de la vie réelle. L’humour ouvre alors une respiration, tandis que la question des enfants ramène le récit à sa gravité. Derrière les arguments des adultes, c’est leur quotidien et leur équilibre qui sont en jeu.

L’angle le plus intéressant de Divorce à la française réside peut-être là : nous inviter à regarder au-delà du duel conjugal. Il ne s’agit pas seulement de découvrir qui ment, mais de comprendre pourquoi un mensonge peut être convaincant et une vérité difficile à faire entendre. Le suspense devient ainsi le point d’entrée d’une réflexion sur la confiance, les préjugés et la fragilité des certitudes.

Une histoire de séparation qui pose finalement une question bien plus large : face à deux récits opposés, savons-nous vraiment écouter avant de juger ?

Divorce à la française, d’Éliette Abécassis, avec Caroline Vigneaux, au Théâtre des Nouveautés à Paris.

Coeur de sorcière de Clotilde Perrin

Il était une fois une sorcière très énervée qui aurait bien voulu s’apaiser. Elle part alors à la recherche d’un cœur doux qui pourrait battre sous sa poitrine et l’apaiser. Ce que veut la sorcière, elle le prend, mais ce faisant cause bien des dégâts ! Clotilde Perrin nous embarque à la suite de cette petite sorcière de mauvaise humeur dans une grande valse des cœurs ! De flap en flap, le petit lecteur va faire avancer l’histoire et s’amuser des surprises que nous fait l’auteure.

Une sorcière très en colère cherche un cœur doux pour retrouver le calme. Mais habituée à prendre ce qu’elle désire, elle provoque surtout des dégâts ! Avec Cœur de sorcière, Clotilde Perrin imagine une aventure à flaps où la mauvaise humeur devient le moteur d’une quête pleine de surprises.

Le point de départ est aussi simple que malicieux : persuadée qu’un autre cœur pourrait l’apaiser, la sorcière part à sa recherche. Elle souhaite changer ce qu’elle ressent, sans encore remettre en question sa façon d’agir. Ce décalage donne à l’histoire son ressort comique et ouvre une réflexion accessible aux enfants : peut-on trouver la douceur en continuant à tout prendre de force ?

Le cœur devient ici un objet de conte, quelque chose que l’on cherche et que l’on convoite. Cette représentation concrète permet d’aborder les émotions sans passer par de longues explications. La colère se traduit en actions, et les conséquences des gestes de la sorcière font avancer son périple.

Les flaps participent directement à cette progression. En les soulevant, le jeune lecteur découvre les surprises imaginées par Clotilde Perrin et accompagne le mouvement de l’histoire. Le plaisir de la manipulation rejoint celui du récit : chaque volet invite à regarder ce qui se cache derrière les apparences et à poursuivre l’exploration.

La sorcière offre également une figure intéressante pour parler de mauvaise humeur. Elle veut s’apaiser, mais ses méthodes compliquent sa recherche. Cette contradiction laisse une place à l’humour tout en invitant à s’interroger sur les rapports aux autres : vouloir se sentir mieux autorise-t-il à leur faire du mal ?

Avec sa quête de douceur et son dispositif à flaps, Cœur de sorcière associe le plaisir de la découverte à une question sensible : comment apprivoiser sa colère ? Une idée de conte réjouissante, qui donne aux petites mains un rôle dans l’aventure et aux émotions une forme à explorer.

ASIN ‏ : ‎ B0H6512SQ9 Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 16 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 26 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023522938

Invincibles Ensemble ! à l’Olympia : la musique comme force de rassemblement

Des artistes de plusieurs générations, une scène emblématique et une cause qui les réunit : la troisième édition d’Invincibles Ensemble !, programmée le 13 octobre 2026 à l’Olympia, inscrit la musique dans un engagement collectif contre la maladie de Charcot. Un rendez-vous dont la portée dépasse l’affiche pour mettre en lumière les personnes touchées et soutenir la recherche.

Certains concerts trouvent leur raison d’être dans la rencontre entre des univers que l’on imagine rarement réunis. Invincibles Ensemble ! repose sur cette idée : faire converger des voix, des parcours et des publics autour d’un objectif commun. Dans le cadre de l’Olympia, lieu chargé d’histoire musicale, cette démarche prend un sens particulier. La scène devient un espace où la notoriété des artistes peut servir une cause et lui donner une résonance supplémentaire.

L’affiche de cette troisième édition témoigne de cette volonté d’ouverture. Zazie, Pascal Obispo, David Hallyday et Eddy de Pretto y côtoient notamment Helena, Danyl, Mosimann et Ycare. Aliocha Schneider, Anne Sila, Emma Peters, Marguerite, Mentissa, Pierre de Maere ou encore Sam Sauvage figurent également parmi les artistes annoncés. Dix-huit noms sont ainsi réunis, dessinant un panorama qui traverse la chanson, la pop, le rap et l’électro.

Cette diversité constitue l’un des attraits du projet. Elle permet de rapprocher des sensibilités musicales différentes et d’élargir la mobilisation. Chaque artiste apporte avec lui un univers et un lien singulier avec son public. Leur présence sur une même affiche donne à l’événement une dimension fédératrice : la solidarité se construit aussi à travers ces rencontres, lorsque des auditeurs venus pour des raisons différentes se retrouvent autour d’une même cause.

À l’origine de la soirée, Nicolas Santi-Weil mobilise les artistes pour l’association Les Invincibles, aux côtés d’Olivier Goy, atteint de la maladie de Charcot. Cette présence donne un visage concret à l’engagement. Derrière le nom de la maladie, il y a une personne, une histoire et un combat quotidien. Le concert contribue à faire entendre cette réalité tout en appelant à soutenir la recherche.

Le parcours d’Olivier Goy avait déjà été porté à l’écran dans Invincible été, le documentaire de Stéphanie Pillonca sorti en mai 2023. Le rendez-vous de l’Olympia prolonge cette démarche de visibilité par un autre langage : celui de la musique et du rassemblement. Là où le cinéma permet de suivre un parcours individuel, le concert propose de réunir autour de lui des artistes et leurs publics.

Le titre Invincibles Ensemble ! concentre toute l’intention de l’événement. On peut y lire la force du lien, la possibilité de rester entouré et la volonté de continuer à agir. Le mot « ensemble » en est le centre : il rappelle que l’engagement prend de l’ampleur lorsqu’il est partagé.

La valeur d’un tel rendez-vous tient aussi à sa capacité à maintenir l’attention. Faire connaître une cause, c’est lui donner une place dans la conversation publique, susciter la curiosité et encourager chacun à s’y intéresser davantage. La musique possède pour cela une force particulière. Elle réunit des personnes qui ne se seraient peut-être pas rencontrées ailleurs et crée un terrain commun à partir duquel un message peut circuler.

Avec cette troisième édition, Invincibles Ensemble ! défend ainsi une conception généreuse du spectacle vivant : celle d’une scène capable de divertir, de sensibiliser et de mobiliser dans un même mouvement. Une initiative dont la force repose sur un geste simple, mais essentiel : mettre des voix connues au service de celles qui ont besoin d’être entendues.

Minotaure De Andreï Zviaguintsev | Par Andreï Zviaguintsev, Simon Liashenko Avec Dmitri Mazourov, Iris Lebedeva, Boris Koudrine

Russie, 2022. Gleb, chef d’entreprise prospère, vit avec sa femme Galina et leur fils dans une ville de province. Il se retrouve confronté à des problèmes professionnels croissants, dans un monde de plus en plus instable. L’effondrement d’une vie soigneusement construite bascule rapidement dans la violence.

Une vie confortable, une famille, une entreprise florissante… Gleb semble avoir tout pour être heureux. Pourtant, dans la Russie de 2022, ses certitudes commencent à vaciller. Avec Minotaure, Andreï Zviaguintsev s’intéresse à la chute d’un homme dont le monde s’effondre, sur fond de tensions sociales et politiques.

Gleb dirige une entreprise prospère dans une ville de province. Il partage son quotidien avec sa femme Galina et leur fils, dans un environnement où tout paraît solidement établi. Mais lorsque les difficultés professionnelles s’accumulent, cet équilibre se fragilise. Peu à peu, les événements lui échappent et la violence s’invite dans une existence qu’il pensait maîtriser.

Le choix de situer l’histoire en 2022 n’a évidemment rien d’anodin. Cette année marque un tournant majeur pour la Russie, et le destin de Gleb semble faire écho à celui d’un pays traversé par de profondes fractures.

Andreï Zviaguintsev retrouve ici des thèmes qui lui sont chers : les tensions familiales, le poids des rapports de pouvoir et la fragilité des apparences. Comme dans Leviathan ou Faute d’amour, l’intime devient une manière d’interroger les dérives d’une société.

Ce qui intrigue particulièrement dans Minotaure, c’est cette idée d’un homme pris au piège de sa propre réussite. Gleb a construit une existence autour de la stabilité et du contrôle. Lorsque les difficultés apparaissent, il découvre que l’argent et la position sociale ne suffisent pas toujours à protéger ceux que l’on aime.

Le titre lui-même évoque une créature enfermée dans un labyrinthe. Une image qui prend tout son sens face à ce personnage cherchant désespérément une issue, alors que chaque décision semble l’entraîner un peu plus loin dans la violence.

Porté par Dmitri Mazourov, Iris Lebedeva et Boris Koudrine, le récit promet une confrontation entre les ambitions individuelles et les bouleversements d’un monde devenu imprévisible.

L’enjeu sera de préserver toute la complexité humaine de Gleb, sans réduire son parcours à une simple démonstration politique.

Avec Minotaure, Andreï Zviaguintsev revient à un cinéma où les drames personnels racontent quelque chose de bien plus vaste. Derrière la chute d’un chef d’entreprise se dessine le portrait d’une société qui perd ses repères. Un projet sombre et ambitieux, qui pose une question inquiétante : jusqu’où peut-on aller pour empêcher son monde de s’écrouler ?

Englouti De Brian Duffield | Par Brian Duffield, Daniel Kraus Avec Austin Abrams, Josh Brolin, Elisabeth Shue

Au large de la côte californienne, Jay Gardiner part à la recherche de la dépouille de son père récemment disparu. Alors qu’il sonde les fonds marins, le jeune plongeur se retrouve soudainement avalé par un énorme cachalot. Piégé dans l’estomac de l’animal, il ne lui reste plus qu’une heure d’oxygène. Tandis que le compte à rebours est lancé, Jay prend conscience que les leçons de vie durement transmises par son père pourraient bien être la clé de sa survie…

Se retrouver prisonnier dans le ventre d’un cachalot avec seulement une heure d’oxygène : difficile d’imaginer pire cauchemar. Brian Duffield transforme cette situation improbable en point de départ d’un thriller de survie où la peur de mourir se mêle à une histoire de deuil et de transmission.

Au large des côtes californiennes, Jay Gardiner plonge à la recherche du corps de son père, récemment disparu. Mais son expédition prend une tournure inimaginable lorsqu’un gigantesque cachalot l’avale. Coincé dans l’estomac de l’animal, le jeune homme n’a plus que soixante minutes pour trouver un moyen de s’échapper.

Le concept a de quoi surprendre. On pense forcément à Jonas et à sa baleine, mais ici, pas question de conte merveilleux. Englouti joue sur une peur bien réelle : celle de se retrouver enfermé, sans lumière, sans issue et avec la certitude que chaque respiration nous rapproche de la fin.

Brian Duffield tient là une idée particulièrement efficace pour maintenir la tension. Le compte à rebours impose un rythme implacable, tandis que l’environnement transforme la moindre tentative de survie en véritable défi.

Mais derrière ce scénario spectaculaire se cache une dimension plus personnelle. Jay n’est pas simplement un plongeur qui cherche à sauver sa peau. Il est aussi un fils confronté à la disparition de son père, avec tout ce que cela implique de regrets, de souvenirs et de choses restées en suspens.

Les leçons parfois difficiles transmises par ce dernier pourraient finalement devenir son meilleur atout. Une manière intéressante de raconter comment certains héritages prennent tout leur sens lorsque nous sommes confrontés à nos propres limites.

Austin Abrams incarne ce jeune homme placé dans une situation extrême, aux côtés de Josh Brolin et Elisabeth Shue. L’enjeu sera de donner suffisamment d’épaisseur à cette relation familiale pour que le film ne repose pas uniquement sur son concept.

Car c’est aussi le principal défi d’Englouti : rendre crédible une situation aussi invraisemblable sans perdre le spectateur en chemin.

Entre thriller claustrophobique et drame familial, Englouti possède un point de départ aussi fou qu’intrigant. Brian Duffield semble vouloir nous faire retenir notre souffle tout en racontant quelque chose de plus intime sur les liens entre un père et son fils. Une aventure où survivre pourrait aussi signifier apprendre, enfin, à faire la paix avec son passé.

Malfaisante De Rob Savage | Par Nathan Elston Avec Jessica Chastain, Jay Duplass, Arabella Olivia Clark

MALFAISANTE nous entraine dans l’univers de la très jeune Bela, dont le quotidien se détériore de jour en jour en raison de la relation qu’elle entretient, au cœur de sa propre maison, avec une entité malveillante qui ressemble étrangement à sa propre mère.

Et si la personne censée vous protéger devenait celle qui vous effraie le plus ? Rob Savage s’empare de cette angoisse profondément intime dans Malfaisante, un film d’horreur psychologique porté par Jessica Chastain, Jay Duplass et la jeune Arabella Olivia Clark.

Bela est encore une enfant lorsqu’une présence inquiétante commence à bouleverser son quotidien. Dans sa propre maison, une entité malveillante prend une apparence étrangement familière : celle de sa mère. Peu à peu, ce qui devrait être son refuge devient un endroit où elle ne se sent plus en sécurité.

Le point de départ est particulièrement efficace. Plutôt que de miser uniquement sur une créature monstrueuse, Malfaisante s’attaque à quelque chose de beaucoup plus troublant : la confiance absolue qu’un enfant accorde à ses parents.

Comment distinguer le danger lorsque celui-ci possède le visage de la personne que l’on aime le plus ?

Rob Savage retrouve ici un terrain propice à son cinéma, celui d’une peur qui s’installe progressivement dans les espaces les plus ordinaires. La maison familiale, ses couloirs et ses chambres deviennent autant de lieux où le moindre bruit peut faire naître l’angoisse.

Jessica Chastain possède une présence idéale pour jouer sur cette ambiguïté. Son personnage peut inspirer la tendresse comme le malaise, parfois dans un même regard. Face à elle, Arabella Olivia Clark occupe une place essentielle : toute l’histoire repose sur la manière dont Bela perçoit cette présence et sur la difficulté des adultes à comprendre ce qu’elle traverse.

Le scénario de Nathan Elston joue ainsi sur une peur universelle, celle de ne plus reconnaître ceux qui nous entourent. L’horreur naît moins de l’apparition d’un monstre que du doute qu’il installe au sein de la famille.

Le risque d’un tel dispositif reste de multiplier les effets de surprise au détriment de cette inquiétude plus profonde. Mais l’idée de départ possède suffisamment de force pour nourrir un récit oppressant, où la frontière entre amour maternel et menace surnaturelle devient de plus en plus incertaine.

Derrière son concept fantastique, Malfaisante touche à une angoisse particulièrement dérangeante : celle d’un enfant qui ne sait plus à qui faire confiance. Rob Savage dispose d’un matériau idéal pour construire une horreur intime, portée par le contraste entre l’innocence d’Arabella Olivia Clark et la présence troublante de Jessica Chastain. Une histoire qui pourrait bien rappeler que les monstres les plus effrayants ne sont pas toujours ceux qui se cachent sous le lit, mais parfois ceux qui viennent nous souhaiter bonne nuit.

Street Fighter De Kitao Sakurai | Par Dalan Musson, T.J. Fixman Avec Noah Centineo, Andrew Koji, Callina Liang

En 1993, Ryu et Ken Masters, deux Street Fighters autrefois inséparables, sont replongés dans l’arène lorsque la mystérieuse Chun-Li les recrute pour le prochain World Warrior Tournament : un affrontement brutal où se mêlent poings, destin et fureur. Mais derrière cette battle royale se cache une conspiration mortelle qui les oblige à s’affronter, tout en faisant face aux démons de leur passé… Et s’ils échouent, c’est GAME OVER.

Les coups vont pleuvoir ! Kitao Sakurai s’attaque à l’un des jeux vidéo les plus emblématiques des années 90 et promet un spectacle aussi musclé que déjanté. Entre nostalgie, rivalités et combats spectaculaires, Street Fighter entend retrouver toute l’énergie de la célèbre franchise.

Nous sommes en 1993. Ryu et Ken Masters, autrefois inséparables, ont pris des chemins différents. Mais leur passé les rattrape lorsque Chun-Li les recrute pour participer au World Warrior Tournament, une compétition où les meilleurs combattants s’affrontent sans retenue.

Derrière ce tournoi se cache pourtant une conspiration qui pourrait bien transformer leur rivalité en véritable combat pour la survie.

L’idée de situer l’action en 1993 est particulièrement réjouissante. C’est l’occasion de retrouver l’ambiance des salles d’arcade, les personnages hauts en couleur et cette époque où chaque affrontement semblait pouvoir se régler à coups de Hadoken.

Kitao Sakurai semble vouloir assumer pleinement l’exubérance de cet univers plutôt que de chercher à le rendre artificiellement réaliste. Un choix judicieux pour une franchise dont le charme repose justement sur ses combattants extravagants et ses attaques impossibles.

Noah Centineo et Andrew Koji forment un duo intéressant pour incarner Ken et Ryu. Leur relation constitue le véritable cœur de l’histoire : deux amis devenus rivaux, contraints de dépasser leurs différends pour affronter une menace commune. Callina Liang, dans le rôle de Chun-Li, apporte une présence essentielle à cette aventure.

Le principal défi reste celui de nombreuses adaptations de jeux vidéo : proposer autre chose qu’une succession de combats destinés à satisfaire les fans. La conspiration entourant le tournoi devra donc donner suffisamment de consistance au récit pour que les affrontements possèdent de véritables enjeux.

Mais Street Fighter n’a pas nécessairement besoin de se prendre trop au sérieux pour fonctionner. L’essentiel sera de retrouver le plaisir immédiat du jeu, son humour, son énergie et ses personnages devenus cultes.

Sur le papier, Street Fighter possède tous les ingrédients d’un divertissement généreux : des combats démesurés, une bonne dose de nostalgie et une rivalité fraternelle au centre de l’action. Reste à voir si Kitao Sakurai parviendra à transformer cette célèbre licence en véritable aventure de cinéma. Une chose est sûre : les amateurs de Ryu, Ken et Chun-Li attendent surtout une adaptation qui comprenne enfin qu’un bon Street Fighter doit d’abord donner envie d’entrer dans l’arène.