Qaanaaq de Mo Malø, premiers pas maladroits sur la banquise

Ah cher capitaine Adriensen je me faisais une joie de découvrir le premier volume de vos enquêtes. Il me semble avoir, à de nombreuses reprises, fait part de ma passion pour le froid, les étendues enneigées et la poésie désespérée qui s’en dégage. Alors lorsqu’un auteur nous embarque dans l’un des derniers bastions de l’hiver éternel je ne peux décemment pas résister.

Et pourtant encore une fois, comme avec nombre d’autres auteurs qui placent leurs intrigues sous le signe de l’aurore boréale, je suis resté à quai. Est-ce le fait que derrière le pseudonyme se cache un auteur français, à savoir Frédéric Mars ? La réponse me paraît plus complexe que ça.

Je dois d’abord vous avouer quelque chose Qaanaaq rarement dans mon existence de lecteur je n’ai autant eu envie de frapper le personnage principal si tôt dans l’aventure. Arrivé à la quarantième page du livre l’auteur a tout fait pour faire de vous une tête à claques insupportable de cynisme et de condescendance. Cela s’arrange un peu par la suite mais la désagréable impression de suivre un personnage antipathique ne m’a jamais vraiment quitté. La démarche de l’auteur était sûrement de mettre en scène un personnage déraciné, un peu bourru et arraché à son quotidien, qui va devoir faire face à son passé et sa terre natale. Le résultat n’a malheureusement pas fonctionné sur moi.

Ensuite Qaanaaq il ya l’intrigue, il va falloir en parler de ça aussi. Ou plutôt les intrigues puisque l’auteur a tenu à intégrer la révélation de tes origines dans ton enquête. Il y a plusieurs choses qui me gênent dans cette intrigue. Tout d’abord les deux interludes, en plus se ne servir à rien dans la narration ils gâchent grossièrement les révélations que l’on finit par ne plus attendre car tout paraît prévisible et attendu. En ce qui concerne l’enquête principale j’ai trouvé son déroulement cohérent, là aussi rien de bien surprenant mais on se laisse porter par cette plongée dans une société groenlandaise écartelée entre préservations des traditions et course à la modernité. Malheureusement en plein milieu du récit l’auteur decide de vous écarter de l’intrigue principale, mon cher Qaanaaq, est vous expédie à l’autre bout du pays, c’est dommage je commençais à vous apprécier dans vos oripeaux d’inspecteurs. Dans le même temps il met en scène une intrigue maladroite et poussive entre deux personnages secondaires qui va amener le lecteur à connaître les dessous de l’affaire qui vous occupe alors que vous-même vous serez encore en train de patauger dans la neige du village oublié de vous partager le patronyme. Vous me pardonnerez d’être sorti de l’histoire à ce moment-là et d’avoir gentiment baillé en attendant la fin, que j’ai trouvé longue à venir.

Il reste le style, la plume de l’auteur alors pour vous faire apprécier le voyage me direz-vous. Et bien je vais encore vous décevoir mon pauvre enquêteur danois mais jamais à aucun moment je n’ai eu l’impression d’être à vos côtés, de parcourir les rues de Nuuk, d’entendre craquer la neige sous mes pas ou d’avoir eu envie de relever mon col pour me protéger du froid. Je n’ai pourtant pas l’impression d’être particulièrement exigeant mais le fait est que la plume de l’auteur qui vous met en scène m’a plusieurs fois fait sortir du récit comme si les vents polaires me rejetaient loin de cette histoire.

Et voilà déjà venus le temps de nous dire adieu Qaanaaq, vous n’êtes pas un si mauvais bougre au final et je pense même que sous la plume d’un autre auteur on aurait pu s’entendre mais étant donné la déception finale qu’est notre rencontre je crois que l’on va devoir se dire adieux. Le tumulte du quotidien et la profusion d’oeuvres, littéraires ou autres, qui se trouvent à ma portée me font sérieusement douter que l’on se retrouve un jour vous et moi.

Résumé: Adopté à l’âge de trois ans, Qaanaaq Adriensen n’a jamais remis les pieds sur sa terre natale, le Groenland. C’est à contrecoeur que ce redoutable enquêteur de Copenhague accepte d’aller aider la police locale, démunie devant ce qui s’annonce comme la plus grande affaire criminelle du pays : quatre ouvriers de plateformes pétrolières ont été retrouvés, le corps déchiqueté. Les blessures semblent caractéristiques d’une attaque d’ours polaire. Mais depuis quand les ours crochètent-ils les portes ?
Flanqué de l’inspecteur inuit Apputiku – grand sourire édenté et chemise ouverte par tous les temps –, Qaanaaq va mener l’enquête au pays des chamanes, des chasseurs de phoques et du froid assassin. Et peut-être remonter ainsi jusqu’au secret de ses origines.

  • Éditeur : La Martinière (31 mai 2018)
  • Langue : : Français
  • Broché : 496 pages
  • ISBN-10 : 2732486302
  • ISBN-13 : 978-2732486307

Lettre à l’année 2020

Chère année 2020

Non inutile de te mettre sur la défensive, je ne vais pas m’en prendre à toi, j’ai cédé à la tentation, j’avoue, comme beaucoup de monde, bon sang même netflix a produit un documentaire dont tu es le principal sujet intitulé Mort à 2020, de te traiter d’année merdique, tout en sachant au plus profond de moi que tu n’y aies pour rien. Rassures-toi je ne suis pas venu vers toi aujourd’hui dans ce but, alors desserre-moi ces poings et mouche toi un peu, ce n’est pas parce que tu as été désigné bouc émissaire que tu ne dois pas être présentable.

Car oui vois-tu 2020 tu n’es rien d’autre qu’un bouc émissaire. Une pauvre bête que l’humanité tout entière à décider de charger de tous ses malheurs et de ses peurs. La peur parlons-en justement, certains vont te certifier que tu es l’année de la bêtise, que durant ton règne de douze mois on va vu fleurir théories du complot, vidéos conspirationnistes et des millions de tweets aux propos fumeux, oubliant par-là même que cette course au complot s’est intensifiée ces dernières années avec l’explosion des réseaux sociaux et la défiance grandissante envers les institutions. Alors non la bêtise, qui n’est qu’un symptôme, n’est pas selon moi ce qui caractérise le mieux ton règne, 2020. Non c’est la peur.

Une peur qui a toujours fait partie de l’essence de l’humanité, une peur qui guide nos avancées technologiques et que l’on a soif de tarir. On se regroupe en société parce qu’une meute est plus puissante qu’un individu isolé, on construit des remparts parce que l’on a peur des envahisseurs, on cherche l’âme sœur parce que l’on a peur de finir seul. La peur de l’avenir imprègne nos sociétés névrosées. Chacun d’entre nous porte en lui ses propres craintes que ce soit la solitude, la précarité, la vieillesse, le réchauffement climatique, la déliquescence des infrastructures ou encore la peur la plus instinctive, la plus reptilienne, la peur de l’autre. Les deux dernières décennies ont vu émerger une culture de la terreur qui a débuté avec le 11 septembre et qui culmine avec cette crise sanitaire face à laquelle on s’est retrouvé désemparée. Alors l’humanité s’est réfugié là où elle pouvait et face à la désintégration de son mode de vie elle s’est retrouvé face à ses peurs les plus primitives.

D’où cette flambé de haine, de méfiance et de théories toute plus fumeuses les unes que les autres qui ont enflammés la toile. La voie des scientifiques, des experts qui nous avaient avertis en publiant des essais sur la menace virale que personne n’a lus, ont été assourdis par les hurlements de la meute de citoyens effrayés par l’effondrement de leurs quotidiens autrefois bien réglés. Et je sais que tu t’en étonnes 2020 mais tu as fais connaissance avec l’humanité il y a douze mois à peine, ne le prends pas mal mais j’ai un peu plus d’expérience. Cette réaction de repli sur soi est compréhensible, stérile et contre-productive sur le long terme, mais compréhensible. Encore une fois c’est la peur qui guide les réactions de tous ces pauvres occidentaux qui tweetent sur les antennes 5g tout en dévalisant le rayon féculent de leur supermarché.

2020 ma pauvre année, cela va peut-être te surprendre, toi dont l’espérance de vie t’incite à une certaine humilité mais il faut nous comprendre. Nous pauvres occidentaux qui nous pensions si puissants, si modernes, si invulnérables. En l’espace de quelques mois on s’est rendu compte que notre mode de vie nous rendait vulnérable à un virus microscopique et que nos gouvernements, censé nous protéger de ces menaces, n’avaient absolument pas anticipés cette crise. Alors forcément on a un peu paniqué et on s’est mis à délirer sur des laboratoires clandestins et des gouvernements génocidaires. Parce que dans notre ignorance confortable on est incapables de se rendre compte que notre mode de vie basé sur la surconsommation se répand de plus en plus à travers le monde. Tout le monde veut des grandes surfaces où tu trouves de tout, tout le temps et ce quelque soit ta position géographique. Oui 2020, toi qui survoles l’ensemble du globe, tu vois bien que pour en arriver là on s’accapare de plus en plus de surface agricole et que l’on saccage les habitats naturels de la faune et de la flore, dont certains sont porteurs de germes potentiellement transmissibles à l’homme. Mais nous, coincés derrière nos écrans branchés sur BFMTV ou sur netflix on ne le voie pas tout ça. Alors fatalement arrivé en fin d’année c’est toi qui te retrouves dans le rôle du grand méchant loup qui nous a pourri la vie.

Parvenus à ce triste constat tu vas sans doute me demander comment je parviens encore à me lever le matin. L’espoir ma chère amie, l’espoir qu’au final ton règne soit l’année zéro d’un changement significatif. Ne me traite pas de naïf s’il te plaît, j’ai bien conscience que ce changement sera progressif et mettra des années, si ce n’est des décennies à se mettre en place et qu’en attendant les jours qui s’annoncent sont bien sombres. Les mêmes qui hurlaient à la fin du monde se congratulent aujourd’hui de l’arrivée en fanfare de ta petite sœur, 2021 oubliant un peu vite qu’une crise se fiche des rythmes calendaires.

Mais si changements il doit y avoir, me diras-tu alors que ton règne s’achève et que l’humanité trépigne d’impatience de retrouver sa société d’avant, comment puis-je être persuadé qu’il sera bénéfique pour l’ensemble de l’humanité? Je vais te répondre simplement. Il n’en sera rien, parce que dans tout changement il y a des aspects négatifs et d’autres positifs et qu’il est impossible de contenter tout le monde. Tu trouves ça cynique ? Peut-être mais demande à tes grandes sœurs que tu t’apprêtes à rejoindre aux cimetières des années oubliées, elles te diront la même chose.

J’entends encore ta voix qui me souffle une dernière question. Si ce changement tant espéré ne survient que dans une dizaine d’années comment vivre entre-temps ? Et bien là encore ma chère amie je te répondrai du haut de ma courte expérience en tant qu’être humain. Vois-tu on a beau se révolter, s’entretuer, s’empoisonner et se haïr on est aussi très résilient. Et je sais que chacun de mes contemporains de ce siècle agité, mais quel siècle ne l’a pas été ?, trouveront en eux la force de poursuivre l’aventure de l’espèce humaine, chacun avec ses propres armes et sa manière de faire. Qu’ils descendent dans la rue crier leurs dégoûts ou qu’ils s’évadent dans des univers imaginaires. Qu’ils s’enferment dans des mensonges rassurants ou qu’ils combattent la manipulation. Qu’ils rejettent les bouleversements à venir ou qu’ils les acceptent. Chacun d’entre nous écrira le futur de l’humanité, et il sera tel qu’il sera, c’est-à-dire imparfait et perclus de contradictions, conçus à partir de larmes, de rires et de cris mais il sera.

Voilà chère année 2020 c’est tout ce que j’avais à te dire, cela a été un peu long, désolé, mais tu es bien placé pour savoir que cela prend du temps d’écrire ce que l’on a sur le cœur, toi qui as été spectatrice pendant douze longs mois du capharnaüm mondial qu’a été cette crise. Il ne me reste plus qu’à te dire adieu, je n’irai pas jusqu’à te remercier pour l’épreuve que tu as représentée pour le monde mais il fallait bien que la bulle dans laquelle nous vivions explose un jour et c’est tombé sur toi. Alors sèche tes larmes et dis-toi que peut-être, un jour on parlera de toi comme de la première année où l’humanité est devenue mâture.

Peut-être

Une vérité à deux visages de Michael Connelly, quand Connelly dévie (légèrement) de sa formule habituelle


Difficile pour un auteur de se renouveler après tant d’années à écrire le même personnage. Qu’on le veuille ou non un auteur s’enferme dans une routine qui le conduit à produire des œuvres qui, si on a de la chance, se maintiennent en qualité. Parfois un auteur va avoir envie de sortir de sa zone de confort en délivrant une aventure de son personnage fétiche qui sort un peu de l’ordinaire routinier au risque de ne pas combler les attentes des lecteurs.

C’est sans doute ce qu’a tenter de faire Michael Connelly avec cette énième enquête de l’inspecteur Harry Bosch. Mais la tentative apparaît maladroite et inaboutie.

Du côté des habitudes narratives de l’auteur on retrouve le système bien connu des lecteurs de la double enquête que l’auteur pratique depuis quelques volumes de sa série Harry Bosch. Très procédurier dans sa narration l’auteur a toujours refusé de recourir à la tentation de réunir soudainement les deux enquêtes lors du déroulement de l’intrigue. Michael Connelly reste fidèle à sa technique d’enquêtes miroir. Et si les deux possèdent leurs qualités, on ne peut s’empêcher de constater que les deux manques de consistances.

La première a le mérite de mettre en lumière un fait de société méconnue. L’addiction au médicament antidouleur et tout le trafic qui en découle. Le système de santé qui sévit aux États-Unis est particulièrement injuste et conduit certains citoyens en difficulté à recourir à tous les moyens possibles et inimaginables pour obtenir leurs doses de drogues légales. Une addiction qui les places sous la coupe de trafiquants sans scrupules et avides de gains. Pourtant passer cet exposé social intéressant l’enquête se révèle trop linéaire et simpliste. Le profil des victimes est survolé alors que l’empathie dont fait preuve Bosch est toujours une composante essentielle de ses enquêtes. La résolution de cette première enquête se révèle expédiée au cours d’une scène d’action qui a le mérite d’être crédible étant donné l’âge avancé de notre héros.

La seconde enquête se révèle procédurière et tient plus de l’épisode juridique que d’une véritable enquête policière. Cela fait plaisir de retrouver le demi-frère de Bosch, un personnage quelque peu délaissé par l’auteur, mais je n’avais pas prévu qu’il occupe une place si importante dans l’intrigue. Bosch se retrouve avec un rôle plus passif même si c’est son flair imparable qui permet de déceler le loup dissimulé derrière une apparence de justice.

De plus l’épilogue de ce volume des enquêtes d’Harry Bosch tire un peu en longueur. Le rapprochement avec l’explorateur Livingstone tombe comme un cheveu dans la soupe, trop peu, trop tard. Et Bosch l’infaillible, et un peu chanceux aussi, parvient à boucler une enquête en souffrance depuis quinze ans en deux chapitres. Tant mieux pour lui mais moi au terme de ma lecture je reste un peu sur ma faim.

Cette vérité se révèle au final un peu fade. Connelly a toujours aimé alterner les enquêtes approfondies avec d’autres plus orienté vers l’action mais là aucune des deux enquêtes ne m’ont satisfait. Elles manquent toutes deux de consistances pour rendre ce volume des aventures d’Harry Bosch mémorable.

Résumé: Travaillant toujours bénévolement aux affaires non résolues pour la police de San Fernando, Harry Bosch est appelé sur une scène de crime dans une pharmacie. Les deux employés, père et fils,viennent d’être assassinés par des tueurs à gages et toutes les pistes s’orientent vers un trafic de médicaments antidouleurs qui, pris inconsidérément, se transforment en véritables drogues. Bosch n’hésite pas une seconde et se lance dans l’enquête.
Mais voilà qu’il est soudain accusé par la police de Los Angeles d’avoir, trente ans plus tôt, trafi qué des éléments de preuve pour expédier un tueur en série au couloir de la mort. Bosch va devoir prouver son innocence, et la partie est loin d’être gagnée d’avance. Car il existe bien deux sortes de vérité: celle qui conduit à la liberté et l’autre, qui mène aux ténèbres…

  • Éditeur : Calmann-Lévy (16 octobre 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2702156940
  • ISBN-13 : 978-2702156940

Gideon falls de Lemire et Sorrentino, ah le charme discret de la campagne

Gideon falls tome 1 à 3

Image comics s’est fait une spécialité depuis plusieurs années de laisser carte blanche à des auteurs pour qu’ils puissent développer leurs univers. Une ligne éditoriale payante puisque Image comics est devenue au fil des années un poids lourd de l’industrie du comics américain, se positionnant juste derrière Marvel et DC en terme de ventes. Ainsi l’éditeur crée durant les années 1990 par ceux que l’on a appelés les image boy est-il devenue le refuge pour tous les auteurs qui veulent proposer leurs propres récits, parfois très éloignés du canon super-heroïque. Ouvrir un comics image c’est l’assurance de découvrir un univers à part entière, l’éditeur ne se refuse aucune proposition, du moment qu’elle semble qualitative, et enrichit son catalogue de récits fantastiques, de science-fictions, de westerns, de thrillers mais aussi de récits d’horreur.

Audace visuelle et narrative sont au rendez-vous

Le comics en question s’inscrit justement dans cette mouvance horrifique. Les auteurs en sont Jeff Lemire aux scénarii et Andrea Sorrentino, oui c’est un homme, aux dessins. J’ai eu l’occasion de découvrir ce tandem alors qu’ils officiaient sur la série marvel Old man Logan et même si j’appréciais ce que je lisais je ne pouvais m’empêcher de me dire que les carcans inhérents à ses récits mainstream réduisaient considérablement leurs créativités aussi lorsque j’eus la possibilité de me plonger dans leur création indépendante, baptisé Gideon falls, je n’ai pas vraiment hésité.

Vous perdrez pied en même temps que Norton en découvrant sa tragique histoire

La claque visuelle arrive très vite. Sorrentino ne tarde pas en effet à livrer des planches renversantes, au sens propre comme au figuré, d’une beauté crépusculaire à couper le souffle. Je ne m’y connais pas suffisamment en technique artistique mais en admirant ses planches j’ai eu comme l’impression que l’auteur avait parsemée de la cendre sur ses croquis avant qu’ils ne soient encrés. Il en résulte des planches à la fois belles et inquiétantes où la folie semblent toujours frôler le bords des planches. Les deadlines ne sont sans doute pas les mêmes que lorsqu’il travaille pour l’un des big two car ses cadres fourmillent de détails qui donnent encore plus de profondeur au récit. La preuve que lorsqu’on laisse du temps à un artiste il peut livrer un tout autre rendu que sur des séries mensuelles aux deadlines oppressantes.

Quoiqu’il arrive ne vous approchez pas de la grange noire

Les couleurs sont assurées par Dave Stewart et là aussi le travail effectué est bluffant. On baigne dans une ambiance grisâtre et dépressive durant les passages urbains du récit tandis que des couleurs pastel apaisantes égayent les paysages champêtres. Rapidement de larges aplats d’un noir des plus sombres, relevés par d’inquiétantes touches rougeâtres, viendront happer le lecteur dans une histoire où l’angoisse se dispute la place d’honneur avec la folie et la terreur la plus pure.

Au cœur des ténèbres, la lumière de l’espoir tendue par l’autre mais est-ce suffisant pour échapper à son sort ?

Le scénario ne déplaira pas aux afficionados de récits horrifiques dont les maîtres étalons sont Stephen King et H. P. Lovecraft. Jeff Lemire invoque les esprits des plus grands auteurs du genre fantastique dans un récit qui résonne à la fois comme très référencés, la grange noire faisant penser à la nouvelle l’abomination de Dunwich, mais aussi très personnel notamment à travers la quête désespérée de Norton. Le récit qui fait intervenir le père Wilfred est plus accessible, plus balisé, avec ses meurtres sanglants qui englobent la petite ville de Gideon falls d’une chape de mystère étouffante. La double narration n’est jamais gênante, les deux récits se répondent et développent leurs propres thèmes sans que l’un ne parasite l’autre. Un récit qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des épisodes et emprunte une direction inattendue dans le troisième volume, moins intimiste et plus fantastique, mais qui offre à Sorrentino une nouvelle occasion de faire une démonstration de son talent à l’aide de planches toutes plus folles les unes que les autres.

Quand les dessins soutiennent la narration ça rend les explications plus fluides

À l’heure actuelle la série est toujours en cours aux États-Unis tandis que l’éditeur Urban a publié quatre volumes en France. Il faudra bien évidemment attendre la conclusion pour juger de l’ensemble de l’œuvre mais au vu des épisodes déjà parus je ne peux que vous conseillez de vous jeter sur la route qui mène à Gideon falls qui sait ce que vous y trouverez en chemin.

Ais-je besoin de préciser le côté qualitatif des couvertures ?

Résumé: Norton Sinclair est un jeune homme perturbé, marginal et légèrement paranoïaque. Persuadé que les déchets des citadins renferment les clés d’une conspiration d’envergure, il accumule, classe et livre ses conclusions hallucinées au sujet d’une grange noire au docteur Xu, la psychiatre qui le suit depuis sa sortie de l’hôpital. Ailleurs, dans la petite bourgade de Gideon Falls, le père Fred prend contact avec la nouvelle communauté dont il a désormais la charge après la disparition subite du précédent prêtre. Au cours de sa première nuit sur place, une sinistre grange noire vient ponctuer une série d’événements pour le moins dérangeants…

Univers: INDIES
Collection: Urban Indies

Scénariste :

Jeff Lemire
Dessinateur:

Fils-des-brumes tome 2 le puits de l’ascension, La subtilité et la lourdeur sont dans un bateau…la subtilité tombe à l’eau

Le livre de poche a réussi à enlaidir encore plus la couverture originale

Dieu que c’était long. On ne va pas se mentir ce volume deux de la saga de Brandon Sanderson tire en longueur. Plus de 1000 pages pour une histoire qui souffre d’immobilisme. Détaillons tout cela ensemble.

Commençons par les aspects positifs du récit. Sanderson maîtrise à merveille la narration de ses scènes d’action. On a l’impression qu’une caméra suit Vin durant ses voltiges au-dessus des toits de Luthadel. Les pouvoirs de l’allomancie permettent des actions fantastiques et la plume dynamique de l’auteur retranscrit ses scènes avec une vitalité digne des meilleurs films d’action. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur un affrontement mémorable entre Vin et huit adversaires. Malheureusement cette scène d’ouverture sera aussi la meilleure de tout le récit.

Au niveau de l’intrigue ce n’est pas le même son de cloche. Stagnation est le mot qui représente le mieux ce second volume. En entamant la lecture je m’attendais à certaines longueurs, difficile d’y échapper sur un ouvrage aussi épais, mais pas à ce que l’auteur fasse autant traîner en longueur son intrigue. Parvenu à la seconde moitié du récit je me suis amusé à faire le bilan des différentes intrigues exposées en début d’ouvrages. Le siège de Luthadel ? Toujours en cours et les différentes forces en présence se regardent en chien de faïence sans qu’il ne se passe grand chose. La recherche des réserves d’atium ? Tout le monde s’en inquiète mais personne n’a le moindre début de piste. Le fameux puits de l’ascension dont il est question dans le titre? Deux érudits pencheront sur la question au cours de chapitre d’un ennui abyssal jusqu’à ce que Vin se décide à explorer le lieu qui paraît le plus évident. La menace nébuleuse qui promet d’être encore plus redoutable que les dangers déjà présents ? Et bien elle restera toujours aussi nébuleuse une fois parvenu, laborieusement, à la conclusion de ce tome qui ne m’a guère convaincu. Le personnage de Vin incarne à mon sens cette stagnation. Toujours plus puissante, toujours plus redoutable, mais niveau développement du personnage c’est le néant absolu. Vin achèvera l’ouvrage de la même manière qu’elle a débuté, surpuissante et amoureuse d’Elend.

Et si ce surplace narratif était au moins l’occasion pour Sanderson de développer des intrigues politiques subtiles et la psychologie de ses personnages cela aurait le mérite de consolider son univers. Mais il n’en est rien. Les intrigues politiques tournent essentiellement autour d’Elend et de la toute jeune république qu’il est parvenu à mettre en place en un an à peine. L’auteur met en place des complots, des tentatives d’assassinat et même un coup d’État pour au final que tout se résolve à l’aide de l’allomancie et d’une très grosse épée. C’était bien la peine de tenter d’être subtil pendant près 800 pages pour conclure tout ceci a la manière de Gemmel.

L’auteur s’est-il rendu compte de tout le potentiel gâché de son histoire à mesure qu’il amène une conclusion bourrine qui va à l’encontre de tout ce qu’il a pu développer durant les deux premiers tiers de son récit ? Le fait est que ses personnages n’en sortent pas grandi. Les nouveaux personnages introduits dans ce second opus sont les victimes collatérales de cette intrigue maladroite. Zane avait un potentiel certain dans le rôle de l’observateur ténébreux qui a toujours l’air d’en savoir plus que les autres mais il se révélera creux et ne servira qu’à ébranler, de manière superficielle, les convictions de Vin. Le personnage de Tindwyl apporte une fraîcheur bienvenue avec son franc-parler et son intransigeance, mais se retrouve mis de côté une fois que l’auteur saborde tout un pan de son intrigue. J’éviterais d’aborder le cas de Straff et de Cett qui ne servent qu’à faire du remplissage.

La principale victime se révèle être Elend. Ce tome sera l’occasion d’assister à la naissance d’un monarque. L’érudition et la diplomatie de ce jeune dirigeant sont les qualités, et aussi les armes, mises en avant durant les trois quarts du récit, donnant lieu à des passes d’armes qui manquent un peu de sel, la platitude des dialogues est aussi un des défauts de l’oeuvre, mais qui ont le mérite d’inscrire le personnage dans une ambiance de complots et de jeux politiques rarement vus dans le domaine de la Fantasy. Pourtant malgré tout le développement subtil accordé à ce personnage l’auteur va décider de l’écarter, littéralement, de la conclusion alors même qu’il s’agit de sa véritable prise de pouvoir du personnage qui, pour le coup, manque cruellement de panache et va à l’encontre des principes défendus par Elend. À la toute dernière page du livre Elend a gagner un statut qui le rend puissant sur le papier mais faible en matière de psychologie et de développement du personnage.

Ce tome donne la désagréable impression que l’auteur a suivi une voie durant une grande partie de son récit avant d’opérer une volte-face narrative expéditive qui sacrifie la subtilité au nom de l’action explosive. Une fracture d’autant plus dure à digérer qu’elle justifie mal l’épaisseur du récit et qui donne à l’ensemble de ce second volume une impression d’intrigue bâclée.

Résumé: En mettant fin au règne brutal et millénaire du tyran, ils ont réalisé l’impossible.
À présent, Vin la gamine des rues devenue Fille-des-Brumes, et Elend Venture, le jeune noble idéaliste, doivent construire un nouveau gouvernement sur les cendres de l’Empire. Mais trois armées menées par des factions hostiles, dont celle des monstrueux koloss, font le siège de Luthadel. Alors que l’étau se resserre, une légende évoquant le mystérieux Puits de l’Ascension leur offre une lueur d’espoir.
Et si tuer le Seigneur Maître avait été la partie la plus facile ?

  • Éditeur : Orbit (13 octobre 2010)
  • Langue : : Français
  • Taille du fichier : 4049 KB
  • Synthèse vocale : Activée
  • Composition améliorée : Activé

Mon premier escape game – Amélie Maléfice – Piégés dans la forêt ! de Arnaud Alméras (Auteur), Gaëlle Duhazé (Illustrations)

Amélie et Siméon sont coincés dans leur maison transformée en forêt par une plante ensorcelée ! Aide-les à s’échapper : résous les énigmes pour te déplacer dans la maison et assembler la formule magique qui leur permettra de sortir

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Chronique : Une belle mise en bouche pour les enfants avec des énigmes simple . Le système fonctionne mais nécessite pas mal d’allers-retours . S’il est bien évidemment aisé de tricher, il faut aussi prendre sur soi pour ne pas laisser traîner ses yeux sur des réponses facile. Cela fonctionne très bien, avec de l’humour, tandis qu’il arrive de temps en temps qu’on prenne un peu de distance avec les protagonistes qu’on est supposé incarner.

Note : 9,5/10

Éditeur : Nathan (8 octobre 2020) Langue : : Français Relié : 48 pages ISBN-10 : 2092595504

Titus et les lamas joyeux – Mission sac de piscine / Au secours, un ado de de Anne-Gaëlle Balpe (Auteur), Zoé Plane (Illustrations)

Les Lamas Joyeux sont toujours prêts et ils n’ont peur de rien.

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Chronique : Une BD surprenante qui explique en douceur et permet une réflexion sur l’amitié et la fraternité plutôt saine pour éviter parler de la vie scolaire. Les illustrations en couleurs sont exceptionnelles sur les expressions des personnages, du fait du trait caricatural, ce qui va vous valoir des crises de fous rires !
Vous avez soif de mésaventures… euh, d’aventures très marrantes avec des personnalités complètement décalées, cette bande dessinée est pour vous !

Note : 9,5/10

Éditeur : Nathan (1 octobre 2020) Langue : : Français Relié : 40 pages ISBN-10 : 2092594486

Nom d’un Poulpe ! : Le Pacte de l’amitié de MISS PATY

La famille Poulpe est prête pour les vacances, leur fils Tom a enfin atteint l’âge de visiter la Surface. Dernière étape avant de sortir de l’eau : la métamorphose !

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Chronique : Bravo à Miss Paty pour cette belle bd plein de gribouillis, de différentes polices de caractères pour l’écriture des jeunes lecteurs le trouveront intéressant. Même si le livre a 96 pages, la quantité d’écriture sur chaque page est très bien maitrisé que ce soit dans les dessins comme des textes. Ainsi, le livre peut être facilement consommé par les jeunes lecteurs. L’histoire est simple et certains lecteurs pourraient trouver cela un peu long, mais ce serait un excellent choix pour un enfant d’âge moyen qui vient de commencer à lire seul.

Note : 9/10

Éditeur : Slalom (13 août 2020) Langue : : Français Broché : 96 pages ISBN-10 : 2375542509