La Vénus électrique De Pierre Salvadori | Par Pierre Salvadori, Benoît Graffin Avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche

Paris, 1928. Antoine Balestro, jeune peintre en vogue, n’arrive plus à travailler depuis la mort de son épouse et désespère Armand, son galeriste.

vec La Vénus électrique, Pierre Salvadori retrouve ce mélange de comédie, de mélancolie et de sentiments contrariés qui traverse une grande partie de son cinéma. Dans le Paris de 1928, le réalisateur imagine la rencontre entre un peintre incapable de faire le deuil de son épouse et une jeune femme qui, presque par accident, va lui faire croire qu’elle peut communiquer avec les morts. Une imposture qui aurait pu n’être qu’un efficace ressort de comédie devient progressivement une réflexion beaucoup plus délicate sur le deuil, l’illusion et la nécessité parfois vitale de croire à ce que l’on sait pourtant impossible.

Antoine Balestro est un jeune peintre en pleine ascension lorsque la mort de son épouse interrompt brutalement son élan. Il ne peint plus et semble avoir perdu avec elle toute capacité à regarder le monde. Son galeriste Armand assiste impuissant à cette disparition progressive de l’artiste qu’il représentait.

Un soir, Antoine cherche une réponse du côté du spiritisme. Ivre et désespéré, il tente d’entrer en contact avec sa femme depuis la roulotte d’une voyante. Mais la voix qui lui répond n’appartient pas à l’au-delà. Suzanne, modeste foraine entrée dans la roulotte pour voler de quoi manger, improvise quelques réponses. Antoine y croit.

Ce malentendu devient bientôt une véritable entreprise. Suzanne se découvre un talent inattendu pour l’imposture et Armand comprend rapidement l’intérêt de maintenir l’illusion : depuis ces prétendues conversations avec sa femme disparue, Antoine recommence à peindre. Les séances se multiplient et le mensonge devient de plus en plus difficile à interrompre.

Le scénario cosigné par Pierre Salvadori et Benoît Graffin repose sur une contradiction particulièrement féconde. Suzanne ment à Antoine, mais ce mensonge lui fait du bien. Elle exploite sa douleur tout en lui permettant de retrouver progressivement le goût de créer. La question morale devient alors beaucoup moins évidente qu’elle ne le semblait : faut-il nécessairement détruire une illusion lorsqu’elle aide quelqu’un à revenir parmi les vivants ?

La situation se complique évidemment lorsque Suzanne tombe amoureuse de celui qu’elle manipule. Elle se retrouve alors confrontée à un paradoxe cruel : Antoine se rapproche d’elle sans savoir réellement qui elle est, tandis qu’elle doit continuer à faire exister une morte pour rester auprès de lui.

Pio Marmaï apporte à Antoine une fragilité qui contraste intelligemment avec son énergie habituelle. Son personnage pourrait facilement sombrer dans le romantisme tragique, mais l’acteur conserve suffisamment de maladresse et d’humanité pour maintenir le film dans cet équilibre entre gravité et comédie.

Anaïs Demoustier trouve de son côté un très beau personnage en Suzanne. Son talent pour le mensonge n’en fait jamais une manipulatrice froide. L’actrice laisse progressivement apparaître le malaise d’une femme qui découvre que l’imposture grâce à laquelle elle a pénétré dans la vie d’Antoine l’empêche désormais d’y entrer véritablement. Son jeu accompagne subtilement le passage de la nécessité — voler pour manger — au sentiment amoureux.

Gilles Lellouche apporte à Armand une énergie plus pragmatique et contribue largement au versant comique du récit. Son galeriste comprend avant tout le monde que les fausses séances peuvent remettre Antoine au travail et devient rapidement complice d’un mensonge qu’il justifie par ses résultats. Cette alliance improbable entre la foraine et le marchand d’art offre au film plusieurs de ses situations les plus savoureuses.

La reconstitution du Paris de la fin des années 1920 n’est jamais uniquement décorative. Pierre Salvadori exploite une époque où le goût pour le spiritisme, les spectacles forains et les bouleversements artistiques permettent naturellement au réel et à l’illusion de cohabiter. La mise en scène conserve néanmoins une certaine légèreté et refuse l’académisme du film historique.

C’est précisément dans ce mélange que La Vénus électrique trouve sa personnalité. Le film peut être drôle sans tourner le deuil en dérision et romantique sans idéaliser le mensonge sur lequel repose la relation. Salvadori préfère les personnages imparfaits, ceux qui font parfois quelque chose de moralement discutable pour des raisons profondément humaines.

Quelques développements restent plus prévisibles, notamment lorsque la révélation de l’imposture se rapproche et que le récit doit confronter ses personnages aux conséquences de leurs choix. Mais l’interprétation et la finesse des dialogues empêchent la mécanique sentimentale de prendre complètement le dessus.

Élégante, drôle et délicatement mélancolique, La Vénus électrique transforme une arnaque au spiritisme en une belle histoire sur le deuil, la création et les illusions dont nous avons parfois besoin pour continuer à vivre. Pierre Salvadori retrouve son goût pour les personnages imparfaits et les sentiments qui surgissent au mauvais moment. Anaïs Demoustier et Pio Marmaï forment un duo particulièrement touchant, efficacement accompagné par Gilles Lellouche. Une comédie romantique d’époque pleine de charme, derrière laquelle se cache une question plus profonde : un mensonge reste-t-il condamnable lorsqu’il redonne à quelqu’un l’envie de vivre ?

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