Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l’époque de l’Angleterre Victorienne, Mary Stevens, une femme māorie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d’ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant.
Mārama investit les codes du cinéma gothique pour mieux les détourner. Manoir isolé, landes noyées dans la brume, couloirs obscurs, visions inquiétantes : tous les attributs du genre sont présents. En plaçant une femme māorie au cœur de l’Angleterre victorienne de 1859, Taratoa Stappard transforme progressivement le récit de maison hantée en confrontation avec une histoire coloniale qui refuse de rester enterrée.
Mary Stevens arrive dans le Yorkshire du Nord pour retrouver la vérité sur ses origines. Sa quête la conduit jusqu’au manoir Hawkser, imposante demeure dont l’atmosphère laisse rapidement deviner que certaines histoires ont été soigneusement dissimulées.
À mesure que Mary explore les lieux, des visions ancestrales commencent à apparaître. Ce qui pourrait d’abord relever du phénomène surnaturel devient progressivement une autre forme de mémoire. Les apparitions ne sont pas simplement destinées à effrayer : elles semblent vouloir transmettre ce que les vivants ont choisi d’oublier.
C’est dans cette articulation entre horreur gothique et mémoire coloniale que Mārama trouve sa véritable singularité. Taratoa Stappard reprend un imaginaire profondément associé à la culture britannique pour le regarder depuis le point de vue d’une héroïne issue d’un peuple colonisé. La grande demeure victorienne, traditionnellement hantée par les secrets d’une famille, devient ici le symbole d’une société construite sur des histoires qu’elle préfère taire.
Ariāna Osborne porte le film par une présence remarquable. Mary n’est jamais réduite à une victime découvrant les horreurs qui l’entourent. Comprendre ses origines revient aussi à reprendre possession d’une histoire dont d’autres ont contrôlé le récit. L’actrice fait cohabiter vulnérabilité, détermination et colère dans une interprétation particulièrement maîtrisée.
Toby Stephens apporte une autorité parfaitement adaptée à cet univers victorien gouverné par les apparences et les rapports de pouvoir. Umi Myers participe quant à elle à la dimension plus intime et mémorielle du récit.
Visuellement, Taratoa Stappard exploite pleinement son décor. Les landes du Yorkshire, les intérieurs faiblement éclairés et les longs couloirs du manoir composent un environnement où l’isolement devient presque physique. La caméra laisse régulièrement une partie du cadre dans l’ombre, donnant constamment l’impression qu’une présence demeure hors champ.
Le film privilégie ainsi une peur lente. Les visions, les sons et les traces du passé installent davantage le malaise qu’une accumulation de jump scares. Cette retenue permet au surnaturel de conserver une intéressante ambiguïté : les fantômes constituent-ils réellement une menace ou sont-ils les derniers témoins capables de raconter la vérité ?
La quête généalogique devient progressivement une entreprise de dévoilement. Retrouver ses origines signifie pour Mary faire remonter à la surface une mémoire enfouie et affronter les conséquences d’un passé dont les traces continuent d’exister dans le présent.
Le rythme volontairement contemplatif pourra néanmoins frustrer les amateurs d’horreur plus frontale. Certaines révélations sont longuement préparées et la dimension symbolique prend régulièrement le dessus sur l’épouvante pure. Mais cette lenteur participe aussi à l’atmosphère étouffante recherchée par Stappard.
Élégant, inquiétant et politiquement chargé, Mārama renouvelle intelligemment le gothique victorien en adoptant une perspective māorie. Taratoa Stappard utilise les fantômes comme les gardiens d’une mémoire que l’Histoire a tenté d’effacer. Ariāna Osborne s’impose dans un rôle intense, au cœur d’une œuvre singulière où l’épouvante, l’identité et l’héritage colonial se répondent constamment.
