Obsession De Curry Barker | Par Curry Barker Avec Michael Johnston (II), Inde Navarrette, Cooper Tomlinson

Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

Obsession part d’un fantasme adolescent presque universel pour progressivement le transformer en cauchemar. Curry Barker reprend le principe très classique de l’objet magique capable d’exaucer les souhaits, mais l’utilise pour interroger le désir, le consentement et cette frontière inquiétante qui sépare l’amour rêvé de la possession.

Le héros est un jeune homme introverti qui observe depuis longtemps celle dont il est amoureux sans jamais parvenir à lui avouer ses sentiments. Lorsqu’il découvre un objet capable de réaliser n’importe quel souhait, la tentation est immédiate. Il obtient ce qu’il désirait : son crush tombe follement amoureuse de lui.

Seulement, la magie ne connaît pas la mesure.

L’affection devient dépendance, la dépendance se transforme en jalousie et l’amour absolu dont il rêvait commence à prendre les contours d’une véritable menace. Curry Barker construit précisément son film autour de cette escalade. Ce qui ressemble d’abord à une comédie romantique teintée de fantastique glisse progressivement vers le thriller puis vers l’horreur.

Michael Johnston fonctionne bien dans ce rôle de garçon ordinaire dépassé par la réalisation de son propre fantasme. Le personnage n’est pourtant jamais totalement innocent de ce qui lui arrive. Il a utilisé la magie pour obtenir les sentiments de quelqu’un qui ne les éprouvait pas naturellement. Derrière le traditionnel « faites attention à ce que vous souhaitez » apparaît donc une question autrement plus intéressante : peut-on encore parler d’amour lorsque le désir de l’autre a été fabriqué ?

C’est ici qu’Obsession dépasse son concept de départ.

Inde Navarrette doit effectuer le parcours inverse. D’abord incarnation d’un fantasme amoureux devenu réalité, son personnage se transforme progressivement en présence envahissante puis inquiétante. L’intérêt de son interprétation consiste à conserver une apparence de romantisme alors même que ses comportements deviennent de plus en plus dérangeants. Une attention excessive peut encore sembler touchante ; quelques scènes plus tard, la même attitude devient oppressante.

Cooper Tomlinson participe à l’élargissement du récit lorsque les conséquences du souhait commencent à contaminer les relations entourant le couple. Car le véritable problème n’est bientôt plus de savoir comment profiter de cette histoire d’amour miraculeuse, mais comment arrêter quelque chose qui n’aurait jamais dû commencer.

Curry Barker utilise efficacement la répétition pour installer le malaise. Messages, apparitions inattendues, besoin permanent de proximité : les manifestations traditionnellement utilisées par les romances pour signifier l’intensité des sentiments changent progressivement de nature. Le film s’amuse ainsi à retourner certains clichés amoureux contre eux-mêmes.

Cette dimension permet également une lecture intéressante du titre. L’obsession n’appartient pas uniquement à la jeune femme ensorcelée. Elle existe dès le départ chez celui qui souhaite posséder l’amour de son crush plutôt que d’accepter la possibilité de ne pas être aimé en retour. La magie ne crée finalement pas le problème : elle pousse jusqu’à l’extrême un désir qui était déjà là.

Le concept demeure volontairement simple et certaines étapes de l’escalade horrifique sont faciles à anticiper. Le principe du souhait qui se retourne contre celui qui l’a formulé appartient également à une longue tradition du cinéma fantastique. Obsession trouve cependant suffisamment d’idées dans son sujet pour ne pas dépendre uniquement de cette mécanique.

Son meilleur ressort reste le renversement de perspective : obtenir exactement ce que l’on souhaite peut être infiniment plus terrifiant que de ne jamais l’obtenir.

Efficace et progressivement dérangeant, Obsession détourne intelligemment le fantasme de l’amour idéal pour en révéler la dimension possessive. Curry Barker transforme une romance adolescente en cauchemar en faisant du désir imposé le véritable moteur de l’horreur. Michael Johnston et Inde Navarrette portent efficacement cette relation qui passe du rêve au piège, tandis que le film rappelle une évidence que son héros découvre beaucoup trop tard : l’amour absolu n’a plus rien de romantique lorsqu’il ne laisse aucune possibilité de partir.

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