Un noël pour le loup de Thierry Dedieu

A trop dévorer ses voisins, on finit seul à table…

Un banquet somptueux, des cadeaux et personne autour de la table : le loup de Thierry Dedieu découvre les conséquences de sa réputation. Un Noël pour le loup revisite la figure du prédateur à travers une envie toute simple : connaître, lui aussi, le bonheur d’un réveillon entre amis.

Triste et solitaire, le loup décide d’inviter les animaux de la forêt pour se faire pardonner ses comportements passés. Il soigne les préparatifs, prévoit des plats végétariens et pense même aux cadeaux. Mais ses invités restent à distance. Pour ceux qui ont l’habitude d’être ses proies, difficile de croire que cette table ne cache aucun danger.

Le décalage donne à l’histoire son humour et sa mélancolie. Le loup semble avoir pensé à tout, sauf au temps nécessaire pour retrouver la confiance des autres. Ses efforts se heurtent à une peur compréhensible : les animaux ont de bonnes raisons de se méfier.

Cette situation apporte une nuance intéressante au conte de Noël. Le désir de changer mérite de l’attention, mais il n’efface pas les actes d’autrefois. L’album ouvre ainsi un espace de discussion autour du pardon : comment montrer que l’on a changé, et comment accepter que les autres ne soient pas encore prêts à nous croire ?

Lorsque le loup décide d’improviser une fête tout seul, l’image prend une dimension touchante. Toute l’abondance du banquet souligne l’absence de compagnie. Les cadeaux et les plats ne peuvent remplacer ce qu’il espérait vraiment : une présence à ses côtés.

Thierry Dedieu donne ainsi au grand méchant loup une vulnérabilité qui invite à le regarder autrement, sans oublier ceux qu’il a effrayés. Une histoire de Noël dont le point de départ associe malice et émotion, autour d’une idée juste : la confiance se reconstruit bien au-delà d’une invitation.

ASIN ‏ : ‎ B0H64YZGH6 Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 16 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ New Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023524420

Camille skate de Laurent Moreau

Camille a 7 ans, et a découvert le skateboard l’an dernier. Très vite, c’est devenu une passion. Elle y pense tout le temps, dans ses rêves, le matin en se réveillant, en se brossant les dents, en classe, quand elle marche dans la rue… Un jour, son papa lui propose de découvrir un fantastique skatepark avec son amie Lou. C’est encore mieux que tout ce qu’elle avait pu imaginer. Laurent Moreau, lui-même skateur, transmet ici sa passion vécue depuis l’enfance.

À sept ans, Camille voit le monde à travers le skateboard. Elle y pense au réveil, en classe, dans la rue et jusque dans ses rêves. Laurent Moreau prend cette passion enfantine au sérieux et raconte le bonheur d’une découverte qui finit par accompagner chaque instant du quotidien.

Camille a commencé le skate l’année précédente. Depuis, la planche occupe une place immense dans sa vie. Cette présence constante possède quelque chose de très reconnaissable : lorsqu’un enfant se passionne pour une activité, celle-ci nourrit ses pensées bien au-delà des moments où il la pratique.

Le récit trouve son élan dans cette impatience. Avant même de rouler, Camille imagine. Les gestes ordinaires, du brossage des dents au trajet dans la rue, deviennent les étapes d’une journée traversée par une même envie. Le skateboard lui offre une nouvelle manière de regarder ce qui l’entoure, en y projetant des possibilités de mouvement et de jeu.

La proposition de son père ouvre ensuite l’horizon : découvrir un skatepark en compagnie de son amie Lou. L’expérience réunit deux plaisirs, celui d’accéder à un lieu rêvé et celui de le partager. La présence du parent accompagne la curiosité de Camille, tandis que l’amitié inscrit cette passion dans une aventure commune.

L’intérêt du sujet tient aussi au regard de Laurent Moreau, lui-même skateur depuis l’enfance. Cette proximité avec la pratique donne un ancrage personnel à son projet : transmettre ce qui rend une planche si importante dans la vie d’un enfant, jusqu’à lui faire imaginer autrement les espaces du quotidien.

Camille skate célèbre l’enthousiasme d’une petite fille qui a trouvé une activité à aimer pleinement. Une histoire dont la douceur réside dans cet accompagnement simple : un père et une amie lui permettent de découvrir un terrain de jeu encore plus grand que celui qu’elle s’était inventé.

Éditeur ‏ : ‎ hélium Date de publication ‏ : ‎ 14 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2330223234 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2330223236

Le Cid pète un câble : Corneille retrouve la fougue de la jeunesse

Au Théâtre Hébertot, Caroline Vigneaux rapproche Rodrigue et Chimène des adolescents d’aujourd’hui. Langage contemporain, alexandrins, rap et danse composent une adaptation qui prend au sérieux son ambition de transmission, tout en laissant une large place au rire. Une façon réjouissante de rappeler que derrière le monument littéraire se trouvent deux jeunes amoureux pris dans un conflit qui les dépasse.

Le titre annonce une certaine liberté. Le Cid pète un câble assume de bousculer les habitudes et de faire tomber quelques barrières entre le répertoire classique et ceux qui le trouvent intimidant. À l’origine du projet, Caroline Vigneaux raconte une sortie au théâtre avec ses enfants, déconcertés par la langue de L’Avare. Elle entreprend alors de réécrire Le Cid dans un langage contemporain, en conservant sa structure en alexandrins. Elle signe également la mise en scène, pour quatre interprètes.

Le choix de Corneille possède une vraie pertinence. Rodrigue et Chimène sont jeunes, amoureux et confrontés aux exigences de leurs familles. Leur avenir bascule à cause d’une querelle entre leurs pères. L’honneur, la réputation et le regard des autres deviennent des forces capables de décider à leur place. Sous les conventions d’une autre époque, ces questions gardent une proximité immédiate avec l’adolescence.

C’est là que cette relecture trouve son intérêt : rendre les enjeux perceptibles avant même de demander au public de maîtriser la langue. Comprendre ce que Rodrigue risque de perdre permet d’entrer dans son dilemme. Reconnaître la colère et l’attachement de Chimène donne une réalité à ses contradictions. Les personnages retrouvent ainsi leur place au premier plan, avec des désirs et des décisions dont les conséquences restent douloureuses.

L’alexandrin constitue un élément essentiel de cette démarche. Sa présence maintient le lien avec l’œuvre et donne à entendre une parole construite sur le rythme. Le langage contemporain ouvre l’accès au sens ; la versification préserve une expérience d’écoute. Cette rencontre invite à découvrir que la forme peut aussi procurer du plaisir, soutenir une réplique et lui donner de l’élan.

La musique prolonge cette exploration. Le spectacle comprend six chansons, dont deux interprétées par MC Solaar sur des textes de Corneille. Le rapprochement avec le rap possède une logique féconde : attention aux sonorités, importance du souffle, précision des appuis, plaisir de faire résonner les mots. Il ouvre une voie pour entendre autrement des vers que leur célébrité peut parfois rendre presque abstraits.

La critique d’Au Balcon salue précisément cette association entre rap et alexandrins, ainsi que la liberté de la réécriture. Elle souligne aussi l’engagement des quatre comédiens, dans une scénographie resserrée autour d’un rideau rouge et de costumes rouges et noirs. Ce cadre place le jeu au centre : faire exister une situation, passer d’une figure à l’autre, donner une direction claire à l’action.

Le format de troupe renforce la dimension théâtrale du projet. À quatre, les interprètes doivent porter les changements de personnages et la circulation du récit. Cette économie offre un terrain propice au mouvement et à la complicité. Elle rappelle qu’une histoire peut prendre toute son ampleur grâce à la présence des acteurs et à l’imagination du public.

L’humour joue également un rôle décisif. Il crée une première relation avec la salle et rend les personnages plus proches. Sourire de leurs excès, de leurs certitudes ou des exigences familiales permet ensuite de mieux percevoir ce qui les enferme. La comédie devient une porte d’entrée vers le conflit, dont la gravité demeure dans les choix imposés aux amoureux.

Une telle adaptation repose sur un équilibre exigeant. Les références contemporaines doivent éclairer le récit et laisser aux personnages leur cohérence. Le projet de Caroline Vigneaux affirme une intention claire : donner envie de découvrir ensuite l’œuvre originale. Cette perspective donne à la liberté de ton sa raison d’être. Elle propose un premier contact, une familiarité à partir de laquelle la curiosité peut se développer.

Le Cid pète un câble défend ainsi une idée généreuse du théâtre : chacun peut y entrer, à condition qu’on lui en ouvre les portes. Corneille y rencontre les mots et les rythmes d’aujourd’hui, tandis que Rodrigue et Chimène retrouvent une jeunesse que le poids du classique fait parfois oublier. Une proposition qui fait de la transmission un jeu vivant, avec le désir de partager une histoire avant d’en faire un objet d’étude.

Le Cid pète un câble — Théâtre Hébertot, Paris, jusqu’au 3 janvier 2027. D’après Pierre Corneille. Adaptation et mise en scène : Caroline Vigneaux. Durée : 1 h 30.

Ahmed Sylla à l’Olympia : Origami referme sa tournée avec le rire et le cœur

Le 31 octobre 2026, Ahmed Sylla achevait la tournée d’Origami à l’Olympia. Un dernier rendez-vous pour un spectacle où l’énergie comique rencontre un propos plus personnel, autour des choix, des origines et des expériences qui façonnent une existence.

Un origami garde la trace de chaque pli. L’image choisie par Ahmed Sylla pour donner son titre au spectacle possède cette simplicité évocatrice : nous avançons avec les marques de nos décisions, de nos joies et de nos échecs. L’humoriste s’interroge notamment sur la trajectoire qu’aurait prise sa vie s’il n’avait pas quitté Nantes. Après une série de représentations à l’Olympia du 28 au 31 octobre, cette dernière soirée venait refermer le parcours d’un spectacle consacré, précisément, aux chemins empruntés.

Ce qui donne de l’intérêt à cette démarche, c’est la possibilité de regarder une réussite depuis ses incertitudes. Une carrière, une fois installée, peut sembler suivre une logique évidente. Revenir sur ses bifurcations permet de retrouver ce qu’elle a demandé de décisions, de doutes et de départs. Le titre invite ainsi à considérer le parcours de l’artiste comme une construction encore traversée par la question : qu’aurait-il pu se passer autrement ?

Dans Origami, Ahmed Sylla aborde ses origines sénégalaises, sa famille, la religion, la santé mentale et ses aspirations de jeunesse. L’Éclaireur souligne cette place accrue donnée aux confidences, ainsi que l’alternance entre stand-up et personnages. Le récit personnel devient une matière de jeu : il fournit des situations, des contradictions et des souvenirs dont l’humour peut faire apparaître les dimensions les plus familières.

La force de cette approche tient à la circulation entre celui qui raconte et ceux qu’il fait exister. Ahmed Sylla possède un comique physique qui engage le visage, les attitudes et le mouvement. Le Monde relevait déjà, à propos d’Origami, son aisance corporelle et la qualité de ses compositions. Cette dimension théâtrale donne au récit une autre épaisseur : une anecdote peut devenir une scène, une réaction prendre autant de place qu’une réplique.

Le personnage permet aussi de déplacer le regard. Il rend visibles des comportements que l’on reconnaît parfois chez les autres avant d’admettre qu’ils nous ressemblent. Dans un spectacle nourri d’éléments intimes, cette distance comique est précieuse. Elle ouvre le récit à ceux qui n’ont pas vécu la même histoire, mais en comprennent les tensions : vouloir être à la hauteur, chercher sa place, composer avec les attentes de son entourage.

La question des origines prend alors un sens plus large. Elle concerne ce que l’on emporte avec soi lorsque l’on quitte un lieu, ce que l’on conserve de son enfance et ce qui se transforme au contact d’autres expériences. L’émancipation n’efface pas les liens. Elle oblige souvent à leur trouver une nouvelle place.

L’introspection apporte également une nuance à l’énergie du comédien. Évoquer la santé mentale ou laisser apparaître une fragilité engage une autre relation avec le public. L’humour peut rendre ces sujets abordables, ménager une ouverture et permettre de les entendre sans les figer dans un discours solennel. Origami inscrit ces questions dans un récit qui cherche la proximité et le rassemblement.

Pour une dernière de tournée, cette matière trouve une résonance particulière. Le spectacle parle des étapes qui nous constituent au moment même où l’une d’elles s’achève pour son interprète. L’Olympia devient ainsi le point de rencontre entre deux temporalités : celle de la vie racontée et celle d’un seul-en-scène arrivé au terme de son voyage.

C’est dans cette articulation que réside la portée d’Origami. Le rire accompagne un retour sur soi, avec ce qu’il suppose de gratitude, de recul et d’interrogations. Ahmed Sylla y poursuit une ambition généreuse : faire d’une histoire singulière un espace où chacun peut reconnaître quelque chose de son propre parcours.

Chantal Ladesou dans Forever : la liberté de rire de tout, surtout de soi


Au Casino de Paris, Chantal Ladesou retrouve le public avec Forever, un spectacle nourri par son parcours, les travers du métier et le temps qui passe. Une matière à la mesure de sa personnalité comique : une voix immédiatement reconnaissable, une fantaisie volontiers excessive et un goût affirmé pour l’autodérision.

Chez Chantal Ladesou, la voix constitue déjà une entrée en scène. Son timbre, ses inflexions et sa manière de malmener les mots composent une signature. Une phrase peut sembler prendre un chemin de traverse, une intonation déplacer le sens d’une remarque. Cette façon de jouer avec la parole donne à son personnage une liberté particulière : celle de paraître à la fois parfaitement sûr de lui et toujours susceptible de déraper.

Avec Forever, la comédienne prend notamment pour sujets le théâtre, le cinéma, la télévision et les effets du temps. La présentation du spectacle annonce également une place pour les souvenirs d’adolescence, dans un registre mêlant tendresse et espièglerie.  Ce point de départ lui offre un terrain propice à l’observation des vanités, des habitudes et de cette curieuse tendance à se prendre très au sérieux.

L’intérêt de cet univers comique tient au rapport entre assurance et autodérision. Le personnage Ladesou peut occuper tout l’espace, afficher son aplomb, puis laisser apparaître une faille qui fait basculer la situation. La drôlerie se nourrit de ce déséquilibre. Derrière la posture, quelque chose échappe ; derrière la certitude, une contradiction affleure.

Le monde du spectacle se prête particulièrement à ce jeu. Il impose de se montrer, de convaincre et de donner l’impression que l’on maîtrise les événements. En faire une matière humoristique permet d’en regarder les conventions avec distance : le besoin de reconnaissance, l’importance accordée aux apparences, les petits arrangements avec l’image que l’on voudrait donner. L’autodérision prend alors tout son sens, puisque celle qui observe appartient elle-même à cet univers.

Le titre Forever apporte une autre dimension. Il évoque une envie de durer, de poursuivre la conversation avec le public. Appliqué à une artiste dont le métier repose sur la présence, il peut aussi se lire comme une profession de foi : continuer à monter sur scène, à jouer et à chercher le rire.

Le temps qui passe constitue à cet égard un sujet fécond. Il transforme les corps, les habitudes et la place que les autres nous accordent. L’humour offre une manière de reprendre la main sur ces transformations, de les raconter à sa façon. Chez Ladesou, cette perspective rejoint un personnage qui refuse volontiers la discrétion et les comportements attendus. Prendre de la place devient aussi une manière d’affirmer sa liberté.

La dimension populaire de son comique repose sur cette reconnaissance immédiate. Un ton, une réaction ou un excès suffisent à installer une familiarité. Le public retrouve une personnalité dont il connaît les contours, avec l’attente de la voir pousser encore un peu plus loin sa fantaisie. Cette connivence constitue une ressource précieuse du seule-en-scène : elle permet de faire d’un récit personnel une conversation collective.

Forever rassemble ainsi les thèmes qui peuvent donner du relief à cet échange : le métier, les souvenirs, les apparences et la volonté de continuer. Son ressort le plus prometteur réside dans cette alliance entre aplomb et recul sur soi. Chantal Ladesou possède un personnage assez affirmé pour devenir lui-même un objet de comédie — et assez libre pour s’amuser de sa propre légende.

Chantal Ladesou – Forever, au Casino de Paris jusqu’au 1er novembre 2026.

Warszawa de Sophie Marceau

Sophie Marceau est de retour en librairie avec Warszawa, un récit autobiographique, comme une longue lettre à l’homme de sa vie, aujourd’hui disparu.

Une longue lettre à un homme disparu, mais aussi une interrogation sur celle qu’elle était auprès de lui : Warszawa prend la forme d’un retour sur dix-sept années de vie partagée. Sophie Marceau y aborde l’amour à travers la mémoire, la séparation et la difficulté de reconnaître ses propres contours lorsque l’on s’est longtemps ajustée à l’autre.

L’extrait donne le ton d’une parole qui cherche autant qu’elle se souvient. La narratrice raconte son départ, puis en questionne aussitôt la réalité intérieure : quitter un lieu, une relation, suffit-il à s’en dégager ? Cette incertitude apporte une tension intime au récit. La rupture apparaît comme un geste dont les conséquences continuent de se déployer longtemps après.

Les détails concrets donnent à cette interrogation sa force. Une écriture copiée, des mots répétés, des bijoux reçus, un parfum choisi par l’être aimé : chacun pourrait appartenir au vocabulaire de la complicité. Leur accumulation fait pourtant apparaître un effacement progressif. À force d’épouser les goûts et les habitudes de l’autre, quelle place reste-t-il pour ses propres désirs ?

La succession de phrases brèves accompagne ce mouvement d’adaptation. Les verbes disent un corps et une identité qui prennent forme au contact d’un autre, jusqu’à devenir presque immatériels. L’image du drap introduit une fragilité saisissante : être au plus près de quelqu’un peut aussi signifier perdre sa consistance.

L’adresse à l’homme disparu conserve la proximité du dialogue, tout en portant l’absence de réponse. Écrire permet de reprendre la parole, de revenir sur ce qui a été vécu et d’en examiner les contradictions. L’amour, l’admiration et la nécessité de partir peuvent ainsi coexister sans se résoudre en une explication unique.

Présenté comme autobiographique, Warszawa emprunte aussi au roman et à la poésie. L’enjeu dépasse alors la restitution des événements : il consiste à trouver une langue capable de dire ce que cette relation a laissé. Le passage proposé suggère une écriture attentive aux sensations, aux images et aux questions demeurées ouvertes.

La force de cette proposition tient à son point de vue : raconter un grand amour en interrogeant la place que l’on y occupait. Warszawa ouvre ainsi une réflexion sensible sur ce qui demeure de l’autre après la séparation, et sur le travail nécessaire pour recommencer à dire « je ».

Éditeur ‏ : ‎ Seghers Date de publication ‏ : ‎ 29 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2232149617 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2232149610

Mylène Farmer –  Égrégore – Avis

Entre pulsations dansantes, sensualité et ballades suspendues, Mylène Farmer poursuit avec Égrégore une œuvre habitée par le désir et la conscience du temps qui passe. Un album fédérateur, dont les plus beaux moments donnent une nouvelle intensité à sa relation avec le public.

Chez Mylène Farmer, la mélancolie possède depuis longtemps le sens du rythme. Elle peut se glisser dans une chanson pop, nourrir un refrain ou affleurer derrière une invitation à danser. Égrégore prolonge cette rencontre entre gravité et plaisir immédiat. Le monde inquiète, les certitudes vacillent, mais subsistent des raisons de désirer, de rêver et de chercher la présence des autres. Cette tension donne au disque sa cohérence et, dans ses meilleurs passages, une émotion qui dépasse la seule nostalgie.

Entourée de DJ Lewis, de DJ Snake et de Moby, la chanteuse conserve une identité immédiatement reconnaissable tout en variant les atmosphères. Les productions font circuler l’album entre énergie pop, accents rétro et paysages plus intérieurs. Le changement se joue dans les textures, dans la place laissée à la voix et dans la manière dont une chanson peut soudain quitter la légèreté pour rejoindre une inquiétude plus profonde.

Les deux collaborations avec DJ Snake illustrent particulièrement bien cette richesse. Combien pour la nuit assume son ambition dansante et son goût de la provocation sensuelle. Farmer y retrouve cette liberté de ton qui accompagne depuis toujours son personnage public. Sans amarres explore une autre direction : plus sombre, plus flottante, la chanson offre à son interprétation un espace de fragilité. L’atmosphère s’y déploie avec une ampleur presque cinématographique, laissant la voix porter autant de mystère que d’émotion.

Cette voix reste précisément l’un des fils conducteurs du disque. Ses aigus et sa légèreté donnent aux chansons une présence singulière, entre proximité et distance. Dans Confession, hommage à David Lynch, cette dimension trouve un prolongement naturel. Le morceau ménage une respiration rêveuse et rappelle les affinités de Farmer avec des univers où la douceur conserve toujours une part d’étrangeté.

Moby accompagne, lui aussi, le versant le plus sensible de l’album. Recréer un jour fait émerger une possibilité d’espoir au milieu des désillusions. Plus d’écho touche à une question plus intime encore : que reste-t-il lorsque les voix se taisent et que la scène s’éloigne ? Le lien avec le public y prend une épaisseur particulière, nourrie par les souvenirs, la fidélité et la crainte de perdre ce qui unit. La chanson donne une portée concrète au titre Égrégore, cette idée d’une force collective née des émotions partagées.

L’ensemble connaît quelques passages plus convenus. Certaines formules appuient le propos, quelques arrangements privilégient une efficacité déjà éprouvée. Mais les moments les plus inspirés apportent suffisamment de relief pour entretenir l’attachement. Farmer sait encore faire surgir une émotion derrière une mélodie accessible, laisser une inquiétude traverser un refrain et donner à la fragilité une forme fédératrice.

Avec Égrégore, elle signe un album généreux, traversé par l’envie de maintenir le dialogue. Sous le désenchantement demeure une énergie tenace : celle d’une artiste pour qui chanter reste une manière de chercher les autres, et de faire durer avec eux un peu de lumière.

La tresse – Théâtre de la Renaissance

Au Théâtre de la Renaissance, Laetitia Colombani adapte son roman et rejoint la distribution sous la direction de Johanna Boyé. Entre l’Inde, la Sicile et le Canada, La Tresse rapproche trois femmes confrontées à un avenir qui semble leur échapper. Un récit dont la force tient à cette conviction : un geste individuel peut avoir une portée que l’on ne soupçonne pas.

Smita veut permettre à sa fille d’aller à l’école et d’échapper à la condition qui lui est imposée. Giulia découvre la situation désastreuse de l’atelier familial après l’accident de son père. Sarah, avocate promise à une promotion, apprend qu’elle est gravement malade. Trois existences éloignées, trois moments de rupture à partir desquels il faut décider comment continuer.

La construction de La Tresse donne toute sa profondeur à ces parcours. Chaque histoire possède son urgence, ses obstacles et ses enjeux propres. Leur rapprochement invite à regarder ce qui relie des femmes que la géographie, la culture et les conditions matérielles séparent. Toutes doivent affronter une limite que d’autres, ou les circonstances, ont placée devant elles.

Pour Smita, la liberté prend d’abord la forme d’un avenir à offrir. L’école représente une possibilité concrète : permettre à son enfant d’apprendre, de choisir et d’imaginer une autre place dans le monde. Son combat interroge la transmission. Que souhaite-t-on léguer à sa fille lorsque l’héritage reçu enferme dans une existence dont on connaît déjà la violence ?

Chez Giulia, la question se déplace vers la fidélité familiale. Préserver ce qui a été construit peut demander de remettre en cause certaines habitudes. Son parcours met en tension l’attachement au passé et la nécessité d’inventer une suite. Continuer devient un acte de transformation, avec tout ce que cela suppose de risque et d’incertitude.

Sarah se retrouve, quant à elle, confrontée à la fragilité d’une trajectoire apparemment maîtrisée. La maladie bouleverse le rapport au corps, au travail et à l’image de soi. Son histoire invite à interroger une réussite fondée sur la capacité à tenir, à prévoir et à rester performante. Quelle place reste-t-il pour la vulnérabilité dans une vie organisée autour de cette exigence ?

L’intérêt du récit réside dans la coexistence de ces réalités. La précarité de Smita, la responsabilité de Giulia et la position professionnelle de Sarah donnent à leurs décisions des significations différentes. Leur désir d’émancipation prend des chemins particuliers. Cette diversité empêche de réduire leur courage à une formule unique : chacune avance avec les ressources dont elle dispose et mesure autrement le prix de ses choix.

Le passage au théâtre ouvre une perspective intéressante sur cet entrelacement. La scène peut réunir dans un même espace des existences séparées par des milliers de kilomètres. Elle donne une présence immédiate aux voix et aux corps, tout en laissant au spectateur la liberté de construire les correspondances. Le titre devient alors un principe de lecture : chaque trajectoire conserve son identité, tandis que leur réunion fait apparaître une histoire plus vaste.

Laetitia Colombani signe elle-même cette adaptation et interprète l’une des héroïnes. Johanna Boyé en assure la mise en scène. Cette implication de l’autrice prolonge son exploration d’un récit déjà passé du roman au cinéma, désormais confié à la présence des interprètes et au temps partagé de la représentation.

La solidarité constitue l’autre enjeu essentiel de La Tresse. Elle peut exister à distance, sans rencontre ni reconnaissance immédiate. Une décision prise quelque part transforme une vie ailleurs. Cette idée donne au récit sa portée : nous participons à des histoires dont nous ne connaissons qu’une partie, et certains liens nous unissent avant même que nous en ayons conscience.

À travers Smita, Giulia et Sarah, La Tresse pose finalement une question très concrète : que peut-on encore choisir lorsque tout semble décidé ? Sa réponse se construit dans des actes, des déplacements et des refus. L’espoir y trouve une forme tangible : offrir une possibilité à son enfant, chercher une issue pour les siens, reprendre la parole sur sa propre existence.

La Tresse — Théâtre de la Renaissance, Paris, jusqu’au 10 janvier 2027. D’après le roman de Laetitia Colombani, adapté par l’autrice. Mise en scène : Johanna Boyé.

Super Mamie – Tome 01: Vers la famille et au-delà ! de Aldebert (Scenario), Liroy (Dessins), Novy (Couleur)

Avec humour et à sa façon, Super Mamie sauve le monde !

Elle aime le rock, pratique le skate et possède des gadgets improbables : Super Mamie compte bien mener sa vie à pleine vitesse. Le personnage des concerts d’Aldebert arrive en bande dessinée, sous le crayon de Liroy et les couleurs de Novy. Ce premier tome, Vers la famille et au-delà !, mise sur une héroïne dont l’énergie bouscule les clichés sur les grands-mères.

Le principe possède un ressort comique immédiat : attribuer les pouvoirs et les équipements du super-héros à une mamie qui refuse de se laisser ranger dans une catégorie. Ses goûts et ses activités dessinent un personnage animé par le plaisir d’agir, de s’amuser et de surprendre son entourage.

Les gadgets qui l’empêchent de vieillir prolongent cette fantaisie. Le vieillissement devient un terrain de jeu imaginaire, où la technologie la plus extravagante côtoie des envies très simples : rester active et profiter des siens. L’humour annoncé repose sur cette liberté de pousser les situations au-delà du raisonnable.

La présence des petits-enfants et de Papinours donne une dimension familiale à ses exploits. Le titre joue d’ailleurs avec les grandes promesses d’aventure pour rappeler où se trouve le cœur de l’album. Sauver le monde prend ici un sens affectif : apporter de la joie, partager des moments et combattre la grisaille à plusieurs.

Le passage de la scène aux cases ouvre également de nouvelles possibilités pour le personnage. La bande dessinée permet de faire exister ses inventions, ses mouvements et ses aventures au fil des pages. Trois planches d’hommage, signées Zep, Jérôme Pélissier et Dabs, complètent cette arrivée dans la famille Tchô.

Ce premier Super Mamie propose une rencontre réjouissante entre imaginaire super-héroïque et complicité intergénérationnelle. Une héroïne rock et remuante, dont la meilleure promesse reste de transformer la vie de famille en aventure — et de rappeler que les grands-parents peuvent encore avoir quelques surprises en réserve.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 14 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 56 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344070842 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344070840

Brume – Tome 05: La Cité d’Ys de Jérôme Pélissier (Scenario), Carine Hinder (Dessins, Encreur)

La plus grande menace jamais affrontée par Brume.

La protection du village s’effondre, les monstres envahissent les rues et Hubert disparaît. Pour Brume, l’urgence est autant collective que personnelle. Jérôme Pélissier et Carine Hinder ouvrent ce cinquième tome sur une double menace, avant d’entraîner leur apprentie sorcière vers les secrets d’une cité engloutie.

La barrière magique de Naïa vient de céder. Face aux créatures libérées, Brume doit trouver une solution qui dépasse ses compétences : réactiver une magie ancienne, dont la formule représente un danger même pour ceux qui connaissent ses pouvoirs. L’hésitation de Drouk donne la mesure du risque.

Ce point de départ place l’héroïne devant une difficulté intéressante. Son envie d’agir ne garantit pas qu’elle maîtrise les conséquences de ses décisions. La disparition d’Hubert rend pourtant l’attente insupportable. Comment rester prudente lorsque quelqu’un auquel on tient est en danger ?

La recherche d’un ingrédient rare conduit alors vers la Cité d’Ys, sous l’océan. Ce changement de territoire nourrit la dimension merveilleuse du récit : aux rues envahies succèdent les profondeurs, aux menaces visibles les mystères d’un monde enfoui. La cité devient à la fois une destination à atteindre et un passé à explorer.

Car la magie annoncée touche aussi aux souvenirs. Les secrets de famille donnent à cette quête une portée intime, au-delà du sauvetage du village. Ce qui a été oublié ou dissimulé pourrait peser sur le présent, et la recherche d’une formule ouvrir des questions auxquelles Brume ne s’attendait pas.

L’association entre monstres baveux et enjeux affectifs préserve un contraste propice à l’humour. L’imaginaire fantastique offre des dangers spectaculaires, tandis que l’attachement aux compagnons donne une raison concrète de les affronter. Le courage se mesure ici à la capacité d’avancer malgré l’incertitude, sans cesser de compter sur les autres.

La Cité d’Ys promet ainsi une étape importante pour Brume : sauver ceux qu’elle aime exige de s’approcher d’une magie qu’elle ne comprend pas encore entièrement. Une aventure dont le ressort le plus séduisant relie les profondeurs de l’océan à celles de la mémoire, là où les secrets attendent parfois longtemps avant de refaire surface.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 21 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 80 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344074392 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344074398