Dragomol: Collège, Chaussette et Sortilèges de Simon Liberman

Sacrée rentrée pour Matilda et sa copine Pola : leur collège a été transformé en une fantastique école de magie ! Mais… pas de chance : parce qu’elles portent des lunettes, nos héroïnes sont recalées dans la classe des « bigleux », condamnées à la grammaire et aux dictées pendant que les autres volent à dos de griffon (elles n’ont même pas le droit de goûter le poulet à la crème des lutins)…

Simon Liberman transforme une rentrée scolaire déjà redoutée par beaucoup d’enfants en aventure fantastique complètement déjantée. Pour Matilda et sa meilleure amie Pola, le retour au collège réserve en effet une surprise de taille : leur établissement est devenu une école de magie où l’on peut notamment apprendre à voler à dos de griffon. De quoi rendre les cours beaucoup plus enthousiasmants… du moins en théorie.

Car Matilda et Pola portent des lunettes. Ce simple détail suffit pour qu’elles soient exclues des enseignements magiques et envoyées dans la classe des « bigleux », condamnées à la grammaire et aux dictées pendant que leurs camarades découvrent les merveilles de ce nouveau collège. Même le poulet à la crème préparé par les lutins leur est interdit. Sous l’absurdité de la situation apparaît déjà une critique très claire des discriminations et des mécanismes d’exclusion.

Tout bascule lorsque les deux amies rencontrent Dragomol, un minuscule dragon qui ne possède pas vraiment les qualités attendues de son espèce. Il ne crache pas de feu, ignore presque tout de la magie et semble surtout posséder une passion immodérée pour le chocolat. Perdu loin des siens, il a cependant besoin de Matilda et Pola pour retrouver son chemin.

Le trio fonctionne immédiatement grâce au contraste entre les deux collégiennes et cette petite créature aussi maladroite qu’attachante. Ce qui commence comme une mission de sauvetage se transforme rapidement en aventure beaucoup plus mouvementée. Pour aider Dragomol, les héroïnes vont devoir pénétrer clandestinement dans les parties enchantées du collège et affronter ceux qui voient surtout dans la magie une formidable occasion de s’enrichir.

Simon Liberman mêle ainsi fantasy, humour et préoccupations très contemporaines. Derrière les griffons, les sortilèges, les chaussettes qui puent et autres fantaisies se retrouvent des problématiques familières aux jeunes lecteurs : le sentiment d’être mis à l’écart, les injustices entre élèves, le regard porté sur la différence ou encore la difficulté à trouver sa place.

Le récit aborde également la marchandisation de la magie avec beaucoup de malice. Dans cet univers, même le merveilleux risque d’être récupéré par ceux qui cherchent à transformer chaque découverte en profit. Cette dimension engagée ne prend toutefois jamais le dessus sur l’aventure : elle nourrit naturellement les péripéties et donne davantage de profondeur à cet univers volontairement loufoque.

Le dessin expressif et foisonnant de Simon Liberman accompagne parfaitement cette énergie. Les personnages, les créatures et les nombreuses situations comiques donnent l’impression d’un monde constamment en mouvement. L’ensemble possède cette liberté graphique propre aux grandes aventures jeunesse, où un détail dans une image peut être aussi amusant que l’action principale.

Mais derrière toute cette fantaisie se trouve surtout une jolie histoire d’amitié et de solidarité. Matilda, Pola et Dragomol sont précisément ceux que l’univers magique ne considère pas comme suffisamment conformes à ses attentes. Et c’est peut-être justement cette différence qui leur permettra de bousculer les règles.

Une aventure jeunesse drôle, généreuse et pleine d’imagination qui réussit à parler d’exclusion et d’injustice sans perdre sa légèreté. Entre collège enchanté, petit dragon amateur de chocolat, griffons et complot autour de la magie, Simon Liberman construit un univers joyeusement irrévérencieux où les héros ne sont pas forcément ceux que l’école avait décidé de choisir.

Éditeur ‏ : ‎ Editions 2024 Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ 1er Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 132 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2383871451 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2383871453

Ma Belle Poupée est un Super Darling – Tome 1 (1) de Asaki Asagiri (Auteur), Selen (Auteur)

Une romance fantasy qui brise les codes du genre et de genre.

Asaki Asagiri et Selen proposent une romance fantasy qui joue avec les apparences et détourne les rôles traditionnellement attribués à ses personnages. Au centre du récit, Laëtitia Orlécians semble correspondre en tous points à l’image de l’héritière parfaite. Élégante, délicate et irréprochable, elle a même gagné le surnom de « Belle poupée ». Mais derrière cette image soigneusement entretenue se cache une personnalité et surtout une identité bien plus surprenantes.

La jeune femme est promise à Gilbert, un prince entouré d’une réputation inquiétante. Considéré comme maudit, celui-ci apparaît d’abord comme la figure dangereuse de cette union arrangée. Tout semble donc préparer le lecteur à retrouver le schéma classique de la jeune héroïne fragile confrontée à un prince mystérieux qu’elle devra apprendre à connaître.

Mais le manga prend rapidement plaisir à renverser cette dynamique. Laëtitia n’est pas simplement la belle jeune femme qu’il faudrait protéger. Derrière sa douceur se dissimule un pouvoir que peu de personnes seraient capables d’affronter, et son secret remet progressivement en question l’image que son entourage s’est construite d’elle.

C’est là que ce premier tome trouve son principal intérêt. La « Belle poupée » n’est finalement pas celle que l’on croit, et Gilbert n’occupe pas nécessairement la position attendue dans leur relation. Le récit s’amuse avec les représentations de la force, de la fragilité et des rôles de genre, tout en conservant les ingrédients d’une romantasy : mariage arrangé, malédiction, secrets, attirance et intrigues liées au royaume.

La relation entre Laëtitia et Gilbert constitue naturellement le cœur de l’histoire. Leur rapprochement se construit alors que chacun possède ses propres zones d’ombre. La malédiction du prince et la véritable nature de Laëtitia entretiennent le mystère, tandis que l’attirance qui naît entre eux complique encore davantage une union initialement décidée pour des raisons qui les dépassent.

Le titre prend ainsi tout son sens : derrière l’apparence d’une poupée précieuse se cache quelqu’un capable de prendre les choses en main. Cette inversion apporte beaucoup de fraîcheur à une mécanique pourtant familière et permet surtout à Laëtitia de s’imposer immédiatement comme une héroïne attachante.

Ce premier tome pose encore de nombreuses questions sur son pouvoir, le passé de Gilbert et les conséquences que leur relation pourrait avoir sur le royaume. Il remplit cependant efficacement son rôle en installant un duo dont les secrets donnent immédiatement envie de découvrir la suite.

Une romance fantasy pleine de charme qui détourne avec malice les apparences et les rôles attendus. Entre prince maudit, héroïne loin d’être aussi fragile qu’elle en a l’air, secrets et attirance naissante, ce premier tome installe un univers prometteur où la véritable force pourrait bien se cacher derrière le visage de la plus parfaite des poupées.

ASIN ‏ : ‎ B0GXDS7DBH Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 188 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042022150

Le Problème à trois corps – Tome 01 de Wu Qingsong (Auteur), Three-Body Universe (Auteur), Liu Cixin (Auteur original)

Alors que plusieurs scientifiques chinois liés au groupe « Les Frontières de la science » se suicident les uns après les autres, le chercheur Wang Miao se retrouve au cœur d’une affaire qui le dépasse. Les autorités qui suspectent cette organisation le chargent de mener l’enquête et d’infiltrer ses membres…

Adapter en bande dessinée un monument de la science-fiction aussi dense que Le Problème à trois corps représentait un véritable défi. Wu Qingsong et Three-Body Universe proposent une nouvelle porte d’entrée dans l’univers imaginé par Liu Cixin, en donnant une dimension graphique spectaculaire à cette histoire qui mêle enquête, hard science-fiction et vertige métaphysique.

Tout commence comme un thriller scientifique. Plusieurs chercheurs chinois appartenant au groupe « Les Frontières de la science » se suicident dans des circonstances troublantes. Les autorités soupçonnent l’organisation de dissimuler quelque chose et demandent au chercheur Wang Miao de l’infiltrer. Celui-ci accepte, sans imaginer que cette enquête va progressivement faire vaciller toutes ses certitudes.

Car des phénomènes inexplicables commencent bientôt à perturber son quotidien. Un mystérieux compte à rebours s’impose à lui tandis que la science elle-même semble ne plus obéir aux règles qu’il croyait immuables. L’une des grandes réussites du récit tient précisément à cette progression : partir d’événements presque intimes pour ouvrir progressivement l’histoire sur une menace aux dimensions cosmiques.

Wang découvre parallèlement un étrange jeu virtuel baptisé Les Trois Corps. Il y pénètre dans un monde soumis à des bouleversements imprévisibles, organisé autour de trois soleils dont les mouvements rendent presque impossible toute stabilité. Derrière ce qui ressemble d’abord à une simulation se cache une réalité autrement plus vertigineuse : quelque part dans l’univers existe une civilisation confrontée à ce chaos permanent.

Les Trisolariens ne sont donc plus seulement une hypothèse. Leur monde est condamné par son environnement et une flotte semble se diriger vers la Terre. Son arrivée n’est prévue que dans 450 ans, mais cette échéance lointaine suffit à bouleverser immédiatement l’humanité. Comment réagir à une invasion dont personne aujourd’hui ne sera vivant pour assister à l’arrivée ?

C’est ici que Le Problème à trois corps dépasse largement le récit de premier contact extraterrestre. Certains considèrent les Trisolariens comme une menace pour l’humanité, tandis que d’autres espèrent leur venue et les imaginent capables de sauver une civilisation humaine qu’ils jugent incapable de se sauver elle-même. Le conflit devient alors autant idéologique que scientifique.

L’histoire de Ye Wenjie, astrophysicienne dont les travaux remontent à trente ans auparavant, ajoute une nouvelle profondeur au mystère. Présent et passé commencent à se répondre, révélant progressivement que la situation actuelle trouve ses racines dans des décisions anciennes dont les conséquences dépassent leurs auteurs.

Le dessin de Wu Qingsong apporte une véritable force à cette adaptation. Les séquences liées au jeu, les phénomènes scientifiques et les visions cosmiques trouvent dans la bande dessinée un terrain particulièrement efficace. L’immensité de l’univers contraste constamment avec la fragilité des personnages, renforçant cette sensation de vertige qui constitue l’une des signatures de l’œuvre de Liu Cixin.

Malgré la complexité des concepts abordés, ce premier tome conserve une véritable dynamique de thriller. Suicides inexpliqués, infiltration, compte à rebours, simulation virtuelle et menace extraterrestre forment les différentes pièces d’une énigme dont l’ampleur ne cesse de grandir.

Cette adaptation graphique réussit ainsi à préserver l’ambition intellectuelle de l’œuvre originale tout en lui donnant une nouvelle immédiateté visuelle. Derrière la question scientifique du problème à trois corps se dessine surtout une interrogation beaucoup plus vertigineuse sur notre civilisation : que ferait l’humanité si elle savait aujourd’hui qu’une menace venue des étoiles atteindra la Terre dans plusieurs siècles ?

Un premier tome ambitieux et captivant, porté par un dessin impressionnant et une intrigue qui passe habilement du polar scientifique au vertige cosmique. Une nouvelle manière de découvrir la saga de Liu Cixin et un récit où la plus grande menace pour l’humanité pourrait autant venir des étoiles que de la manière dont les hommes choisissent de les accueillir.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 184 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344075178 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344075173

Hysteria de Elizabeth Holleville

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Secret de famille : une enquête aux racines du mal

Elizabeth Holleville plonge dans l’horreur familiale et psychologique à travers Garance, trentenaire et réalisatrice de films d’épouvante qui, après une rupture douloureuse, quitte Paris pour trouver refuge dans le vieux manoir de ses grands-parents. Elle ne les a pas revus depuis son enfance et pense probablement y trouver un endroit où se reconstruire. Elle va surtout réveiller un passé qui aurait peut-être dû rester enfoui.

Dès son arrivée, le manoir impose une atmosphère pesante. Les objets semblent figés dans le temps, les souvenirs reviennent par fragments et certains rituels familiaux prennent progressivement une dimension inquiétante. Garance retrouve un univers marqué par un héritage maternel étouffant, où les traditions semblent avoir davantage de poids que les désirs individuels.

Puis la frontière entre réalité et cauchemar commence à se brouiller. Rêves inquiétants, rites étrangement familiers et présence diffuse du surnaturel donnent le sentiment que quelque chose attend Garance depuis longtemps. Derrière les habitudes transmises de génération en génération pourrait se cacher une réalité beaucoup plus ancienne et terrifiante.

Elizabeth Holleville ne se contente pourtant pas de construire une histoire de maison hantée ou de malédiction familiale. L’horreur devient le moyen d’explorer l’emprise exercée par la famille sur le corps et les choix des femmes. Garance se retrouve confrontée aux attentes héritées des générations précédentes et à cette idée persistante selon laquelle une femme devrait nécessairement suivre un chemin déjà tracé pour elle.

La question de la maternité occupe ainsi une place importante. L’album interroge la manière dont la société considère encore celles qui choisissent de ne pas avoir d’enfant et la pression, parfois intime et familiale, qui accompagne cette décision. Le fantastique donne une forme concrète à cette contrainte : l’héritage devient presque une force physique dont il faut parvenir à se libérer.

Cette dimension féministe s’intègre naturellement au récit horrifique. Le véritable monstre n’est peut-être pas uniquement celui qui se cache dans l’ombre, mais aussi ce qui se transmet lorsqu’une famille refuse de laisser ses membres choisir librement leur existence.

Visuellement, Elizabeth Holleville puise dans l’imaginaire du cinéma d’horreur des années 1970. Le manoir, les silences, les corps et les visions participent à une atmosphère oppressante où l’on sent constamment que quelque chose peut surgir. Le dessin accompagne parfaitement cette montée progressive de l’angoisse sans avoir besoin de multiplier artificiellement les effets.

Garance est d’autant plus intéressante qu’elle connaît elle-même les codes de l’épouvante par son métier de réalisatrice. Pourtant, lorsqu’elle se retrouve plongée dans sa propre histoire familiale, cette connaissance ne suffit plus. Ce qui pourrait sembler familier dans un film devient autrement plus inquiétant lorsqu’il touche à sa propre identité.

Hysteria fonctionne ainsi autant comme un récit d’horreur que comme une histoire d’émancipation. Derrière les secrets, les rituels et la menace surnaturelle se joue une lutte beaucoup plus intime : celle d’une femme qui cherche à déterminer ce qui lui appartient réellement dans tout ce que sa famille lui a transmis.

Elizabeth Holleville signe un album sombre et oppressant qui utilise intelligemment les codes du fantastique pour parler de transmission, de maternité, d’aliénation et de liberté. Une plongée inquiétante dans les secrets d’une famille où l’héritage peut devenir une prison et où se libérer du passé signifie parfois affronter les monstres qu’il a engendrés.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 256 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344056173 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344056172

Mathémagica de Tristan Pichard (Auteur), Wouzit (Illustrations)

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Libre adaptation du best-seller de David Bessis, Mathématica, MathémaGica raconte comment les maths, loin d’être une discipline élitiste, sont à la porté de tous et de toutes.

Tristan Pichard et Wouzit réussissent un pari qui semblait presque impossible : parler de mathématiques aux enfants sans transformer la lecture en cours supplémentaire. Librement adaptée de l’ouvrage de David Bessis, cette BD s’attaque avec humour aux nombreuses idées reçues qui entourent une matière encore trop souvent considérée comme difficile ou réservée à quelques esprits particulièrement doués.

Lilian et sa meilleure amie Abscisse découvrent un territoire où les mathématiques deviennent une véritable aventure. Une grande partie de l’histoire se déroule dans l’étrange maison de Loga et Néperien Ixigrec, les parents d’Abscisse. Ces derniers sont des « mathémaGiciens » capables d’utiliser leurs connaissances pour accomplir des choses extraordinaires. Une magie qui possède cependant une particularité essentielle : avec de la curiosité, de l’imagination et de l’entraînement, tout le monde peut apprendre à la maîtriser.

C’est précisément le message le plus intéressant de l’album. Les mathématiques ne sont plus présentées comme une accumulation de formules à mémoriser, mais comme une pratique que l’on peut développer. Se tromper, chercher, recommencer et expérimenter font partie de l’apprentissage.

Le récit insiste également sur une idée essentielle : être bon en maths n’est pas un don réservé à quelques privilégiés. Comme dans un sport, on progresse en pratiquant. La curiosité et l’imagination deviennent alors aussi importantes que la logique.

La fiction permet d’aborder ces notions sans lourdeur. Le vocabulaire mathématique, parfois intimidant, devient matière à jouer, tandis que les aventures de Lilian et Abscisse donnent une dimension concrète à des concepts qui pourraient sembler abstraits. L’humour contribue beaucoup à cette réussite et évite au projet de tomber dans la démonstration pédagogique.

Les illustrations de Wouzit, expressives et pleines d’énergie, participent pleinement à cette volonté de rendre les mathématiques vivantes. Les concepts deviennent des situations, des images et presque des pouvoirs que les personnages peuvent manipuler.

En 112 pages, l’album rappelle ainsi que les maths servent à comprendre le monde, qu’il est possible d’y prendre du plaisir et surtout que chacun peut progresser. Un message particulièrement précieux pour les enfants de 8 à 12 ans qui commencent parfois très tôt à se persuader qu’ils sont « nuls en maths ».

Une BD drôle, inventive et intelligemment pédagogique, qui remplace la peur des mathématiques par l’envie d’essayer. Tristan Pichard et Wouzit montrent surtout qu’avant d’être une affaire de bonnes réponses, les maths sont une formidable invitation à chercher, imaginer et comprendre.

ASIN ‏ : ‎ B0GXNSS8Y8 Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 112 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023522365

Cizo T07: La ligue des champions de Aré

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Découvrez l’incroyable destin de Zandro Cizo, chat tigré de 17 ans promis à un avenir hors norme. Longtemps jugé trop frêle pour rivaliser au plus haut niveau, il devient pourtant l’un des derniers espoirs d’une Europe en perte de vitesse sur la scène footballistique. Sa trajectoire bascule grâce à Mattéo Di Magio, ancien champion bien décidé à ramener son continent au sommet.

Aré poursuit l’incroyable parcours de Zandro Cizo, jeune chat tigré de 17 ans que beaucoup jugeaient trop frêle pour espérer s’imposer au plus haut niveau. Pourtant, à force de travail et de détermination, le voilà désormais confronté à l’une des compétitions les plus prestigieuses du football européen : la Ligue des champions.

Dans ce septième tome, les choses sérieuses commencent véritablement. Les matchs s’enchaînent, la pression augmente et chaque rencontre peut modifier le destin d’une équipe comme celui d’un joueur. Zandro doit prouver qu’il possède sa place parmi les meilleurs, alors que les attentes deviennent de plus en plus importantes.

À ses côtés, Mattéo Di Magio, ancien champion déterminé à replacer l’Europe au sommet, continue de jouer un rôle essentiel. Mais le terrain n’est qu’une partie de l’histoire. Aré s’intéresse aussi à tout ce qui accompagne une carrière professionnelle : la concurrence, les doutes, les décisions parfois difficiles et cette obligation permanente de confirmer son talent.

C’est justement ce regard porté sur l’envers du décor du football de haut niveau qui donne de la profondeur à la série. Derrière les exploits et l’excitation des grandes rencontres se trouvent des adolescents et de jeunes adultes soumis à une pression considérable. Le talent ne suffit pas : il faut apprendre à gérer les échecs, les attentes et les choix qui peuvent déterminer toute une carrière.

La Ligue des champions offre naturellement un cadre idéal pour faire monter la tension. Chaque match devient une étape supplémentaire dans la construction de Zandro, avec cette incertitude propre au football où une action peut suffire à faire basculer une rencontre.

Aré conserve également ce qui fait l’identité de la série : un véritable amour du football, de son histoire et de ses grandes figures, tout en portant un regard actuel sur son évolution. Les amateurs reconnaîtront de nombreuses références, tandis que les lecteurs moins familiers avec ce sport peuvent parfaitement se laisser entraîner par l’aventure et les personnages.

Le dessin dynamique restitue efficacement l’intensité des matchs, les accélérations et les duels, mais sait également ralentir lorsque l’histoire s’intéresse aux émotions et aux interrogations des joueurs. Cette alternance permet de ne jamais réduire l’album à une simple succession de rencontres.

Ce septième tome marque ainsi une nouvelle étape importante dans le parcours de Zandro. Le jeune joueur qui devait constamment prouver qu’il était capable de rivaliser avec les autres se rapproche de son rêve, mais découvre également que plus on approche du sommet, plus la pression devient forte.

Une BD sportive énergique et sincère qui mêle spectacle, passion et réalité du football professionnel. La Ligue des champions donne un nouvel élan à la série et rappelle que derrière chaque grand joueur se cachent du travail, des sacrifices, des doutes et une formidable envie de ne jamais renoncer.

Éditeur ‏ : ‎ Kennes les 3 As Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 56 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2931300845 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2931300848

Quand j’étais petite, je rêvais d’être muse de Maëlle Reat (Dessins), Erell Hannah (Rédacteur)

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Erell Hannah et Maëlle Reat s’emparent d’une figure profondément ancrée dans l’histoire de l’art : la muse. Celle que l’on admire, que l’on peint, photographie ou raconte, mais dont le nom finit parfois par disparaître derrière celui de l’artiste qu’elle aurait inspiré. À travers le parcours de Dana, elles proposent un récit intime et lucide sur le besoin de reconnaissance, les rapports de pouvoir et la place accordée aux femmes dans la création artistique. Dana grandit dans une famille aux moyens modestes, loin du Paris culturel qui la fascine. Les livres, les films et les médias nourrissent son imaginaire et lui donnent une vision presque mythologique de la capitale et de ses artistes. Mais lorsqu’elle cherche quelle pourrait être sa propre place dans cet univers, une difficulté apparaît : les grands créateurs auxquels elle est confrontée sont principalement des hommes. Alors Dana ne rêve pas de devenir artiste, elle rêve de devenir muse. L’idée est aussi belle que cruelle. Puisqu’elle peine à s’imaginer créatrice, elle espère devenir celle qui permettra aux autres de créer. Être regardée par un artiste signifierait être reconnue comme belle, singulière, intelligente et suffisamment importante pour devenir une œuvre. Ce désir prend encore davantage de place pendant l’adolescence. Dans une période où l’image que l’on possède de soi-même est particulièrement fragile, Dana imagine que le regard d’hommes plus âgés et admirés pourrait lui apporter la valeur qu’elle ne parvient pas toujours à se donner elle-même. Après son bac, elle rejoint enfin Paris et le rêve semble devenir réalité. Dana rencontre des artistes, devient leur modèle puis leur égérie. Elle pense construire avec eux des relations profondes, fondées sur une sensibilité commune et une véritable complicité intellectuelle. Pendant quelque temps, elle a l’impression d’avoir trouvé sa place. Mais lorsque sa mère meurt, Dana change. Elle est moins disponible, moins légère, moins disposée à répondre constamment aux attentes de ceux qui l’entourent. Et elle découvre brutalement à quel point sa position était fragile. D’autres jeunes femmes apparaissent, plus jeunes et plus disponibles. Dana est remplacée. À seulement 24 ans, la voilà presque considérée comme une muse à la retraite. Cette rupture constitue l’un des moments les plus forts du récit, car elle l’oblige à regarder son passé autrement. Était-elle réellement aimée et reconnue par ces artistes ou représentait-elle simplement une source d’inspiration interchangeable ? Elle commence alors à enquêter sur celles qui l’ont précédée. Qui étaient réellement les muses célèbres de l’histoire de l’art ? Pourquoi étaient-elles si souvent très jeunes ? Quelle était leur relation avec les artistes qui les représentaient ? Et pourquoi leurs histoires semblent-elles si régulièrement marquées par la souffrance, l’effacement ou la domination ? À travers cette recherche, Erell Hannah déconstruit progressivement le romantisme associé à la figure de la muse. Derrière l’image séduisante de la femme mystérieuse inspirant le génie masculin apparaissent des relations beaucoup plus complexes, traversées par les questions d’âge, de pouvoir, de désir et de reconnaissance. Le récit pose surtout une question passionnante : pourquoi apprendre aux jeunes filles à rêver d’être regardées plutôt qu’à devenir celles qui créent ? Dana comprend progressivement que son désir d’être muse ne vient pas de nulle part. Il s’est construit à travers les représentations culturelles qu’elle a absorbées depuis l’enfance. Elle connaît les noms des artistes, beaucoup moins ceux des femmes qui ont partagé leur vie, posé pour eux ou participé à leur travail. Cette prise de conscience donne au récit toute sa profondeur. Les dessins de Maëlle Reat accompagnent avec beaucoup de sensibilité cette évolution et permettent de passer naturellement de l’intime à l’histoire de l’art. Le corps et le regard occupent une place essentielle dans un récit où être observée constitue précisément l’un des enjeux centraux. L’album évite également les raccourcis faciles et s’intéresse davantage aux mécanismes qui permettent à certaines relations déséquilibrées de paraître romantiques et désirables. Le parcours de Dana devient alors celui d’une émancipation, non seulement vis-à-vis des hommes qui l’ont regardée, mais surtout vis-à-vis de l’image qu’elle avait construite d’elle-même. Elle doit apprendre qu’exister ne nécessite pas forcément d’être sublimée par quelqu’un d’autre. Intime, intelligent et parfois dérangeant, cet album interroge avec pertinence notre imaginaire artistique et la manière dont certaines femmes ont été transformées en symboles alors que leur propre histoire restait dans l’ombre. Erell Hannah et Maëlle Reat signent un récit sensible sur le regard, la création, la jeunesse, le besoin de reconnaissance et l’émancipation. Une œuvre qui pose finalement une question essentielle : plutôt que de rêver d’inspirer l’œuvre de quelqu’un d’autre, pourquoi ne pas devenir soi-même l’artiste de sa propre histoire ?

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203296216 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203296213

Ce qui se cache derrière les étoiles de Manon Dubreuil (Dessinateur), Julien Josselin (Scenario)

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Comment vivre ses rêves dans un monde qui s’épuise ?

Julien Josselin et Manon Dubreuil imaginent un futur dans lequel l’Humanité a presque entièrement quitté la Terre pour partir vivre parmi les étoiles. Derrière cette aventure de science-fiction destinée à la jeunesse se cache pourtant une question très actuelle : comment continuer à rêver lorsque le monde que l’on hérite semble s’épuiser ?

Camille fait partie des rares personnes vivant encore sur Terre. La planète n’est plus celle que nous connaissons. Abandonnée par une grande partie de ses habitants, elle est devenue un territoire couvert de débris où ne font plus que passer les vaisseaux en route vers d’autres horizons.

C’est justement auprès de ces voyageurs que travaille Camille. Pompiste, l’enfant ravitaille les appareils qui font escale sur Terre et les regarde repartir vers l’espace. Une situation forcément frustrante pour quelqu’un qui ne rêve que d’une chose : devenir pilote et rejoindre à son tour les étoiles.

Mais entre rêver de partir et parvenir à décoller, la distance semble immense.

Le parallèle avec le kakapo, cet étonnant perroquet incapable de voler malgré ses ailes, fonctionne particulièrement bien. Comme lui, Camille regarde le ciel tout en restant prisonnier du sol. Ce sentiment d’être capable de rêver beaucoup plus loin que ce que sa situation semble permettre constitue l’un des aspects les plus touchants du récit.

Une possibilité apparaît pourtant lorsque Camille apprend qu’il est encore possible de passer le concours de la dernière école de pilotes. L’occasion est probablement unique. Commencent alors les cours, les entraînements, les difficultés et surtout la confrontation avec Sasha, un camarade qui semble posséder davantage de facilités.

À travers cette rivalité, le scénario parle intelligemment de quelque chose que connaissent beaucoup d’enfants : la comparaison avec les autres. Que faire lorsque quelqu’un semble meilleur que nous dans le domaine qui nous passionne ? Faut-il considérer ses propres difficultés comme la preuve que l’on n’est pas fait pour cela ?

L’histoire évite heureusement le discours simpliste selon lequel il suffirait de vouloir très fort quelque chose pour nécessairement l’obtenir. Les rêves sont importants, mais les échecs existent également. Et parfois, grandir consiste moins à obtenir exactement ce que l’on désirait qu’à comprendre ce que l’on peut faire de ce qui nous arrive.

C’est là que l’album prend toute sa dimension de récit initiatique.

Sous les vaisseaux, les étoiles et les paysages futuristes, Julien Josselin raconte finalement une histoire très humaine sur l’ambition, la persévérance, la frustration et l’acceptation de l’échec. Camille doit apprendre à avancer dans un monde dont les adultes ont largement épuisé les ressources, tout en essayant de construire son propre avenir.

La dimension écologique s’intègre naturellement au récit. La Terre abandonnée et recouverte de déchets constitue évidemment un avertissement, mais l’album évite de transformer son histoire en démonstration culpabilisante. Le décor suffit souvent à raconter ce qui s’est produit : l’Humanité a préféré partir ailleurs plutôt que réparer ce qu’elle avait abîmé.

Une idée d’autant plus intéressante que Camille souhaite précisément rejoindre ceux qui sont partis. Le rêve de l’espace devient alors plus ambigu qu’il n’y paraît. Faut-il forcément quitter la Terre pour réussir sa vie ? Les étoiles représentent-elles réellement un avenir meilleur ou simplement la promesse d’un ailleurs ?

Le dessin de Manon Dubreuil apporte beaucoup de douceur à cet univers qui aurait facilement pu devenir sombre. Son trait rond et expressif, accompagné de couleurs chaleureuses, crée un contraste réussi avec cette planète en déclin. Les personnages dégagent immédiatement beaucoup de sympathie et l’univers spatial conserve constamment une dimension merveilleuse.

Cette identité graphique permet surtout au livre de rester accessible et lumineux malgré les sujets abordés. L’écologie, l’épuisement des ressources ou l’échec ne deviennent jamais pesants. L’humour et l’aventure restent présents et donnent au récit un rythme parfaitement adapté au jeune public.

Camille est également un personnage auquel il est facile de s’attacher. Ses rêves sont immenses, mais ses doutes le sont parfois tout autant. On partage son excitation lorsqu’une possibilité se présente, sa frustration lorsqu’il se compare aux autres et sa peur lorsque l’avenir qu’il imaginait semble soudain lui échapper.

L’espace sert finalement de magnifique métaphore au passage vers l’âge adulte. Camille rêve de décoller, mais doit d’abord découvrir ce qui peut réellement lui permettre d’avancer.

Drôle, tendre et intelligemment construit, cet album réussit ainsi à conjuguer aventure spatiale, récit initiatique et réflexion écologique sans jamais sacrifier le plaisir de lecture. Il parle aux enfants de leurs rêves tout en leur rappelant qu’un échec ne signifie pas nécessairement la fin du voyage.

Une très jolie aventure écolo-spatiale, pleine de poésie et d’espoir, qui invite à regarder vers les étoiles sans oublier de prendre soin du monde que nous avons sous les pieds.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344055223 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344055229

Tognina de Eric Corbeyran (Scenario), Michel Colline (Dessins, Encreur)

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L’histoire vraie derrière le tableau : une enfant face aux regards du monde.

Corbeyran et Michel Colline nous entraînent à la fin du XVIe siècle pour raconter le destin bouleversant d’Antonia Gonsalvus, surnommée Tognina, une jeune fille atteinte d’hypertrichose dont le portrait peint par Lavinia Fontana est aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts de Blois.

Nous sommes en 1593. Tognina n’a qu’une douzaine d’années et vit sous le regard permanent des autres. Son visage et son corps sont recouverts d’une importante pilosité, conséquence d’une maladie alors inconnue. À une époque dominée par les croyances religieuses et les superstitions, sa différence ne suscite pas seulement la curiosité : elle provoque la peur, le rejet et parfois une véritable déshumanisation.

La jeune fille n’est d’ailleurs pas considérée comme pleinement maîtresse de son existence. « Offerte » à Donna Isabella Pallavicina, elle devient une curiosité que l’on montre et que l’on observe. Son propre père, Petrus Gonsalvus, avait connu un destin comparable après avoir été envoyé à la cour d’Henri II. Derrière le raffinement des vêtements et la fréquentation des puissants se cache donc une réalité beaucoup plus brutale : celle d’êtres humains dont la différence physique devient un spectacle.

Tognina a parfaitement conscience du regard que l’on porte sur elle. Elle comprend très tôt que son visage détermine la manière dont les autres la considèrent avant même qu’ils aient cherché à connaître celle qui se cache derrière cette apparence.

La rencontre avec la peintre Lavinia Fontana va progressivement bouleverser cet équilibre.

Lorsque l’artiste lui demande de poser pour un portrait, une relation particulière se construit au fil des séances. Le face-à-face entre les deux femmes constitue le véritable cœur émotionnel de l’album. D’un côté, une jeune fille habituée à être regardée comme une curiosité ; de l’autre, une artiste qui tente de regarder suffisamment longtemps pour découvrir autre chose que ce que la société lui désigne comme monstrueux.

La peinture prend alors une dimension beaucoup plus profonde. Il ne s’agit plus seulement de reproduire un visage sur une toile, mais de déterminer comment représenter quelqu’un que son époque refuse de considérer comme son égal.

Corbeyran développe avec beaucoup de sensibilité cette interrogation. Derrière le destin singulier de Tognina apparaît une réflexion très contemporaine sur le regard porté sur la différence. Qui décide de ce qui est beau ? À partir de quel moment la curiosité devient-elle humiliation ? Et surtout, où se situe réellement la monstruosité : dans un corps différent ou dans le comportement de ceux qui le condamnent ?

Le scénario évite heureusement de réduire Tognina à sa maladie. C’est même l’une des principales qualités de l’album. Derrière cette jeune fille que tout le monde observe apparaissent une intelligence, une sensibilité, des désirs et une personnalité qui lui appartiennent. Plus Lavinia apprend à la connaître, plus le contraste devient cruel entre l’être humain qu’elle découvre et l’image que la société projette sur elle.

Le travail graphique de Michel Colline accompagne admirablement cette approche. Son dessin restitue aussi bien l’élégance des décors et des costumes de la Renaissance que la dureté de certains regards. Les visages occupent naturellement une place essentielle et permettent de faire passer énormément d’émotions sans nécessairement recourir aux mots.

Cette attention portée aux expressions est particulièrement pertinente dans une histoire où tout repose justement sur le regard. Celui que les autres posent sur Tognina, celui qu’elle porte sur elle-même et celui, différent, que Lavinia tente progressivement de lui offrir.

L’album aborde également la condition féminine dans une société où les femmes restent enfermées dans des rôles étroitement définis. Malgré leurs situations très différentes, Lavinia et Tognina doivent chacune composer avec les conventions et les limites imposées par leur époque. Leur rapprochement donne ainsi au récit une dimension supplémentaire : deux femmes que tout semble opposer découvrent qu’elles affrontent, chacune à leur manière, un monde qui prétend décider à leur place de ce qu’elles doivent être.

La religion, la justice, la liberté et la notion même de beauté traversent également cette fiction historique sans jamais écraser l’émotion. Le contexte est suffisamment présent pour comprendre la violence du monde dans lequel évolue Tognina, mais l’histoire reste avant tout celle d’une rencontre.

C’est précisément ce qui rend cette bande dessinée si touchante. Derrière le tableau et le personnage historique, Corbeyran et Michel Colline cherchent avant tout l’être humain.

La découverte du véritable portrait prend alors une autre dimension. Ce visage que l’Histoire a conservé cesse d’être celui d’une simple « curiosité » de la Renaissance pour redevenir celui d’une enfant qui a vécu, ressenti, souffert et cherché sa place dans un monde incapable d’accepter sa différence.

Une bande dessinée historique délicate, documentée et profondément humaine, qui utilise intelligemment l’art pour interroger notre rapport à la différence et au jugement. Une œuvre émouvante qui rappelle surtout que la monstruosité se trouve parfois beaucoup moins dans celui que l’on regarde que dans la manière dont on choisit de le regarder.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 19 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 144 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344067116 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344067116

Sous un magnolia en fleur: Et autres souvenirs du passé de Golo Zhao

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Un recueil plein de délicatesse et de poésie…

Sous un magnolia en fleur : Et autres souvenirs du passé dévoile une facette plus intime de l’œuvre de Golo Zhao. À travers un recueil de nouvelles graphiques inédites en France, l’auteur chinois compose une mosaïque de souvenirs, d’instants suspendus et d’émotions délicates, où le quotidien se transforme en poésie.

Les histoires réunies dans cet ouvrage s’étendent sur plus de dix années de création. Une rencontre sous la pluie, des retrouvailles entre amis ou encore un coucher de soleil observé depuis une gare routière deviennent autant de prétextes pour évoquer la mémoire, le temps qui passe et les liens invisibles qui unissent les êtres. Chaque récit possède sa propre identité tout en s’inscrivant dans une même quête de douceur et de contemplation.

Golo Zhao confirme son remarquable sens de la mise en scène. Son trait, d’une grande finesse, capte aussi bien les paysages que les expressions les plus discrètes. Les silences occupent une place essentielle dans la narration, laissant les images raconter ce que les mots suggèrent à peine. Cette économie de dialogues confère à l’ensemble une dimension universelle et profondément émouvante.

La nature tient également un rôle central. Les arbres, la pluie, les fleurs ou encore la lumière deviennent de véritables personnages qui accompagnent les états d’âme des protagonistes. Cette relation constante entre l’humain et son environnement donne au recueil une tonalité contemplative qui invite à ralentir et à savourer chaque page.

À travers ces fragments de vie, Golo Zhao célèbre les souvenirs, les rencontres et la beauté des instants les plus ordinaires. Sous un magnolia en fleur est un roman graphique d’une grande sensibilité, porté par une élégance graphique remarquable et une poésie discrète qui continue de résonner bien après la lecture. Un ouvrage précieux pour les amateurs de bande dessinée contemplative et de récits profondément humains.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 1 juillet 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 368 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344071784 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344071786