L’Émerveilleuse de MARGAUX MOTIN

Enfant de la campagne à la sensibilité à fleur de peau, Margaux voit son monde basculer lorsqu’elle doit partir vivre à Paris. Pendant des années, persuadée d’être  » trop sensible « , elle se coupe d’elle-même pour s’adapter à cette nouvelle vie. Devenue adulte, menant de front sa vie d’autrice à succès, d’amoureuse et de maman, elle est épuisée, débordée par ses émotions et sujette à des crises d’angoisse, sans vraiment comprendre pourquoi. Sur un coup de tête amoureux, elle décide de s’installer au Pays basque, emportant son anxiété dans ses valises. Là, au coeur de la nature, guidée par une rencontre inattendue, elle redécouvre peu à peu quelque chose d’enfoui depuis l’enfance : sa capacité d’émerveillement. Commence alors un cheminement qui lui permettra de renouer avec son imaginaire, de retrouver la joie et la paix et d’accepter sa sensibilité.

Longtemps persuadée d’être « trop sensible », Margaux a appris à étouffer ses émotions pour s’adapter. L’Émerveilleuse raconte le chemin inverse : celui d’une femme qui cherche à renouer avec son imaginaire, ses sensations et sa capacité à s’émerveiller. Une quête intime où le retour à la nature fait ressurgir une part oubliée de l’enfance.

Enfant de la campagne, Margaux voit ses repères bouleversés lorsqu’elle doit partir vivre à Paris. Pour trouver sa place, elle met progressivement sa sensibilité à distance. Des années plus tard, sa vie d’autrice, d’amoureuse et de mère s’accompagne d’un épuisement qu’elle peine à comprendre. Les réussites n’empêchent ni les émotions de déborder ni les crises d’angoisse de survenir.

Ce décalage constitue le cœur du récit. Comment reconnaître ses besoins lorsque l’on a pris l’habitude de les faire taire ? Margaux Motin aborde cette difficulté à travers un parcours où les attentes du quotidien finissent par éloigner de soi.

Le départ pour le Pays basque ouvre une nouvelle étape, sans effacer les difficultés. L’anxiété suit le déménagement. Le changement se construit progressivement, au contact de la nature et grâce à une rencontre inattendue dont il faut préserver la découverte.

L’émerveillement devient alors une manière de retrouver de l’attention pour ce qui l’entoure. Une sensation, un paysage, un détail peuvent réveiller un imaginaire longtemps délaissé. Le lien à l’enfance donne une profondeur particulière à cette démarche : il s’agit aussi de reconnaître la petite fille sensible qu’elle a été, et de lui accorder enfin une place.

L’Émerveilleuse porte ainsi une interrogation touchante sur les efforts que l’on fournit pour correspondre aux attentes des autres. Margaux Motin propose de considérer la sensibilité comme une part de soi à comprendre, capable de nourrir la création, les liens et la joie quotidienne.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 21 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 240 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203222832 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203222830

Mamie Luger: L’Amour aux trousses de Nicolas Keramidas (Dessins, Rédacteur), Benoît Philippon (D’aprés le livre de)

Berthe Gavignol, 102 ans, est arrêtée après avoir tiré sur un homme avec un Luger, un vieux pistolet allemand. Mais ce n’est que le début.

À 102 ans, Berthe Gavignol possède une mémoire chargée, un langage fleuri et quelques cadavres à expliquer. Dans ce deuxième tome de Mamie Luger, Nicolas Keramidas poursuit l’adaptation du roman de Benoît Philippon, entre confession sentimentale, polar noir et humour grinçant.

Arrêtée après avoir tiré sur un homme avec un vieux pistolet allemand, Berthe raconte sa vie à l’inspecteur Ventura. Mais derrière les révélations de cette centenaire se dessine une existence que l’interrogatoire peine à contenir. Ses souvenirs ouvrent des portes que l’enquêteur n’avait sans doute pas prévu de franchir.

L’Amour aux trousses accorde une place centrale à Luther, grande histoire d’amour de Berthe. Son départ pour l’Amérique laisse celle-ci seule face à la violence et à la bêtise des hommes. Cette dimension sentimentale apporte un contrepoint à la brutalité du récit : derrière la femme armée se trouve aussi une femme qui a aimé, espéré et subi des pertes.

Le personnage tire sa force de cette coexistence. Berthe peut être vulnérable sans se résigner, drôle sans devenir inoffensive. Son âge et son apparence nourrissent le décalage avec ce qu’elle raconte. La « petite mamie » impose sa voix, obligeant Ventura à revoir l’image qu’il pouvait se faire d’elle.

Pendant ce temps, la découverte d’autres corps dans son jardin donne une urgence nouvelle à ses confidences. Le passé rejoint très concrètement le présent de l’enquête. Chaque souvenir devient susceptible d’éclairer une mort supplémentaire, et la curiosité se double d’une question morale : jusqu’où peut-on suivre Berthe dans sa manière de rendre justice ?

C’est dans cette zone inconfortable que le mélange entre noirceur et burlesque trouve son intérêt. Le rire accompagne un récit traversé par les violences faites aux femmes, sans faire disparaître la gravité des actes. Comprendre la colère de Berthe ne règle pas tout ; son refus de rester une victime laisse ouverte la question des moyens qu’elle emploie.

Ce deuxième volet poursuit ainsi le portrait d’une héroïne dont la tendresse et la férocité se répondent. Entre amour perdu et secrets déterrés, Mamie Luger – L’Amour aux trousses place face à face une vie entière de résistance et un inspecteur qui doit désormais en compter les conséquences.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 14 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 88 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203281839 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203281837

Bourricorne T2: L’attaque des licornes karatékas de José Fragoso

Le rêve de Bourricorne de devenir une star se poursuit : lumière, moteur et action ! Pour cette nouvelle aventure, il met le cap sur New York afin de participer au tournage du film de l’année, L’attaque des licornes karatékas. Et bien sûr, il n’est pas seul : son amie Camélia et tous les animaux de la ferme Bellavista sont du voyage. Mais la Grosse Pomme réserve bien des surprises : des rats peu ragoûtants du métro à la créature la plus grande et la plus mythique de toute l’histoire du cinéma. Lorsqu’un danger menace le tournage, seule l’amitié pourra tout sauver.

Direction New York pour Bourricorne ! Dans L’Attaque des licornes karatékas, José Fragoso poursuit les ambitions de son héros avec une aventure qui mêle tournage mouvementé, rencontres inattendues et solidarité. Un programme dont le titre annonce joyeusement la fantaisie.
Devenir une star : Bourricorne n’a pas abandonné son rêve. Cette fois, il rejoint le tournage du film de l’année, accompagné de Camélia et des animaux de la ferme Bellavista. Le déplacement du groupe vers la Grosse Pomme offre un ressort comique immédiat : comment cette bande venue de la ferme va-t-elle trouver sa place dans l’agitation new-yorkaise et les coulisses du cinéma ?
Le décor multiplie les possibilités d’aventure. Entre les rats du métro et une créature mythique du grand écran, la ville promet des découvertes bien éloignées du quotidien de Bellavista. La rencontre entre cet univers animalier et l’imaginaire des films à grand spectacle nourrit une fantaisie où tout semble pouvoir prendre des proportions démesurées.
Le tournage donne également un cadre amusant au désir de célébrité de Bourricorne. Lumières, caméra, action : le rêve paraît à portée de sabot. Mais lorsqu’un danger menace le film, l’enjeu change. Il faut désormais compter sur les autres pour espérer sauver l’aventure.
C’est cette dimension collective qui apporte de la chaleur au récit. Bourricorne poursuit une ambition personnelle, mais il voyage avec ses amis. Leur présence rappelle que la réussite peut aussi se construire ensemble, surtout lorsque les événements échappent au scénario prévu.
Avec ce deuxième tome, José Fragoso associe les rêves de vedettariat à une aventure de groupe pleine de promesses comiques. Des licornes karatékas, des animaux de ferme à New York et un tournage en péril : voilà un point de départ réjouissant pour faire de l’amitié le véritable premier rôle.

ASIN ‏ : ‎ B0H3NBWC6H Éditeur ‏ : ‎ Nöpp Date de publication ‏ : ‎ 14 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1399079241

Ringo: L’âme des Beatles (1940-1968) de Hervé Bourhis (Auteur)

En 1968, en pleine création du mythique  » Double Blanc « , Ringo Starr quitte temporairement les Beatles. Épuisé par les tensions internes et persuadé de ne plus être à la hauteur, il part se réfugier en Sardaigne. Isolé, il replonge dans ses souvenirs : une enfance pauvre et marquée par la maladie, le Liverpool populaire des années 1950, les clubs enfumés, puis son arrivée tardive au sein du plus grand groupe du monde. À travers son regard, la légende des Beatles prend une dimension nouvelle : plus intime, plus fragile, profondément humaine.

Ringo : l’âme des Beatles, derrière la légende

En choisissant Ringo Starr comme porte d’entrée dans l’histoire des Beatles, Hervé Bourhis place le doute au cœur du mythe. Ringo : L’âme des Beatles (1940-1968) s’intéresse à un musicien qui, malgré le succès, en vient à se demander s’il mérite encore sa place.

En 1968, pendant la création du « Double Blanc », Ringo quitte temporairement le groupe. Les tensions l’épuisent et il ne se sent plus à la hauteur. Réfugié en Sardaigne, il revient sur son parcours : une enfance pauvre, la maladie, le Liverpool populaire, les clubs, puis son arrivée au sein des Beatles.

Ce départ offre au récit un point d’ancrage particulièrement intéressant. L’histoire s’ouvre sur une rupture, à un moment où la réussite ne suffit plus à protéger celui qui la vit. Comment continuer à jouer ensemble lorsque la confiance en soi et les liens avec les autres se fragilisent ?

Le retour vers l’enfance donne une autre profondeur à cette interrogation. Avant la célébrité, il y a un garçon confronté à la précarité et aux épreuves physiques. Relier ces années à celles des Beatles permet d’envisager le parcours autrement que comme une succession de concerts et de disques : devenir une vedette n’efface pas nécessairement les vulnérabilités anciennes.

Le regard de Ringo déplace aussi le centre du récit. Son arrivée tardive dans le groupe soulève la question de l’appartenance : trouver sa place, contribuer à une création collective, puis craindre de ne plus être indispensable. À travers cette perspective, les tensions prennent une dimension intime, au-delà de leur place dans l’histoire musicale.

Le sous-titre, L’âme des Beatles, invite ainsi à considérer ce qui fait tenir un groupe humain. Derrière les chansons se trouvent des personnalités, des besoins de reconnaissance et des équilibres parfois précaires. La parenthèse sarde devient le lieu où mesurer la distance entre l’image publique et l’expérience personnelle.

Hervé Bourhis propose un angle sensible pour revenir sur une légende abondamment racontée : suivre celui qui doute au milieu du triomphe. Une approche dont la force tient à cette question très humaine : comment se sentir à sa place lorsque l’on appartient au plus grand groupe du monde ?

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 104 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203304235 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203304239

Annie Leibovitz & Susan Sontag – En clair-obscur de Anaïs Depommier (Dessins), Claire Paq (Couleur), Fabrice Colin (Scénario)

Quand Annie Leibovitz et Susan Sontag se rencontrent, à la fin des années 1980 à New York, leur histoire n’a rien d’un coup de foudre classique : c’est un choc asymétrique.

Au scénario, Fabrice Colin, au dessin, Anaïs Depommier, et à la couleur, Claire Paq : trois regards pour raconter la rencontre de deux femmes dont les façons d’aimer et de créer se heurtent. Annie Leibovitz & Susan Sontag – En clair-obscur aborde leur relation à travers ses déséquilibres, entre fascination, besoin de protection et exigence intellectuelle.

À New York, à la fin des années 1980, Annie et Susan se rencontrent. Le récit présente cette rencontre comme un choc asymétrique. Susan apparaît brillante, exigeante, en quête de reconnaissance ; Annie, sensible et généreuse, aspire à aimer et à protéger. Ces attentes différentes dessinent d’emblée une relation dont l’intensité ne garantit pas l’équilibre.

L’opposition entre les mots et les images constitue un fil particulièrement intéressant. Comment se comprendre lorsque chacune possède sa propre manière d’interpréter le monde ? La pensée et la photographie deviennent ici des langages qui peuvent se rejoindre, mais aussi maintenir une distance au cœur de l’intimité.

Le titre, En clair-obscur, annonce cette attention aux contrastes. La proximité cohabite avec l’incompréhension, l’admiration avec la difficulté à trouver sa place auprès de l’autre. La création nourrit leur lien tout en soumettant leur expérience commune à des regards différents. Ce qui est vécu à deux peut devenir une réflexion, une représentation, une matière artistique.

C’est là que se situe la question la plus troublante du projet : comment partager sa vie avec quelqu’un qui analyse jusqu’à l’amour ? Le récit invite à considérer ce que cette mise à distance peut produire chez l’autre, entre stimulation intellectuelle et sentiment de ne jamais être tout à fait rejoint.

Le contexte politique inscrit également leur histoire dans une époque qui les sollicite et les traverse. Leur relation se construit au contact du monde, de ses tensions et de leurs engagements. Cette articulation entre vie intime et vie publique donne au sujet une ampleur qui dépasse le seul portrait amoureux.

Avec ce roman graphique, Fabrice Colin, Anaïs Depommier et Claire Paq proposent d’explorer ce qui rapproche deux créatrices autant que ce qui leur résiste. Une approche dont l’intérêt tient à cette interrogation : comment préserver un espace commun lorsque chacune transforme le monde à travers son propre regard ?

Éditeur ‏ : ‎ Steinkis Date de publication ‏ : ‎ 8 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 113 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2368466177 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2368466179

Propaganda de Edward Bernays (Auteur), Maxime Belloche (Illustrations), FRANCOISE RUSCAK (Adapté par)

En 1928, Edward Bernays publie Propaganda : un ouvrage qui révèle comment l’opinion publique peut être façonnée, orientée, influencée. Faire acheter un produit, faire élire un président ou faire adhérer à une idée : pour lui, ces objectifs reposent sur les mêmes mécanismes. Des décennies plus tard, Noam Chomsky décrira l’ouvrage comme  » le manuel classique de l’industrie des relations publiques « .

Comment fait-on naître une envie, adhérer à une idée ou soutenir un candidat ? Dans cette adaptation de Propaganda, Françoise Ruscak et Maxime Belloche mettent les théories d’Edward Bernays à l’épreuve du présent. Le choix d’un dialogue avec une jeune stagiaire donne un cadre concret à une question dérangeante : quelle part de nos opinions se construit sous influence ?

Mildred travaille dans une agence de communication et prépare un mémoire consacré à Bernays. Un soir, l’auteur apparaît à ses côtés. Il entend l’aider à obtenir un poste, mais aussi lui démontrer que ses théories conservent toute leur pertinence. Cette rencontre imaginaire constitue le ressort du récit : une professionnelle en devenir se retrouve face à un homme pour qui orienter l’opinion relève d’une méthode.

Le dispositif possède un intérêt immédiat. Mildred peut interroger, confronter et replacer ces idées dans son propre environnement. L’information en continu, les réseaux sociaux et l’utilisation des données personnelles nourrissent ainsi un échange entre deux époques. Les moyens de diffusion ont changé ; le dialogue invite à examiner ce qui demeure dans la manière de susciter l’adhésion.

Le projet de Bernays — aider Mildred à décrocher un emploi — apporte une ambiguïté féconde. Ses conseils répondent à un besoin personnel et compréhensible. Mais leur efficacité éventuelle pose aussi une question éthique : jusqu’où accepter d’influencer les autres pour parvenir à ses fins ? La manipulation cesse alors d’être un sujet abstrait, réservé aux grandes campagnes politiques ou commerciales.

L’adaptation rapproche également des objectifs que l’on distingue volontiers : vendre un produit, promouvoir une personnalité, défendre une idée. En les examinant à travers les mêmes mécanismes d’influence, elle invite à observer autrement les messages qui nous entourent. Qui parle ? À qui ? Avec quelle intention ? Et pourquoi certains arguments nous semblent-ils spontanément convaincants ?

La bande dessinée offre ici un cadre propice à la transmission : des concepts peuvent être discutés à travers une relation et une situation professionnelle. L’enjeu du dialogue consiste toutefois à laisser une place à la contradiction, face à un Bernays venu défendre la validité de ses propres méthodes.

Cette adaptation de Propaganda propose ainsi une rencontre entre histoire de la communication et interrogations contemporaines. Sa prémisse la plus stimulante tient à la position de Mildred : apprendre à convaincre tout en découvrant les conséquences de ce savoir. Une invitation à examiner autant les messages que nous recevons que ceux que nous contribuons à diffuser.

Éditeur ‏ : ‎ Steinkis Date de publication ‏ : ‎ 27 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 151 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2368469508 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2368469507

Expédition Antarctica de Greg Lecoeur (D’après un recit), Cyrille Meyer (Scénario, dessin et Couleur)

À la fin de l’été austral 2019, le photographe animalier Greg Lecoeur embarque avec l’apnéiste Guillaume Néry et le caméraman Florian Fischer pour une expédition extrême vers l’Antarctique. Au plus près des icebergs, ils documentent une faune sous-marine exceptionnelle : baleines, manchots, otaries, phoques… avec pour quête ultime la rencontre avec le mythique léopard de mer. Mais derrière cette beauté sauvage, ils découvrent une nature fragilisée par le réchauffement climatique et nous interrogent sur les conséquences de ce dérèglement qui menace directement la biodiversité et l’équilibre de toute la planète.

D’après le récit du photographe animalier Greg Lecoeur, Cyrille Meyer retrace une expédition vers l’Antarctique où l’exploration sous-marine rencontre les enjeux de la préservation du vivant. Une bande dessinée qui prend pour point de départ l’émerveillement, avant d’interroger la fragilité de ce qu’elle donne à découvrir.

À la fin de l’été austral 2019, Greg Lecoeur embarque avec l’apnéiste Guillaume Néry et le caméraman Florian Fischer. Leur objectif : documenter la faune sous-marine au plus près des icebergs, avec l’espoir de rencontrer le léopard de mer. Baleines, manchots, otaries et phoques jalonnent cette exploration d’un territoire dont une grande partie de la vie échappe aux regards.

Le choix de la bande dessinée offre une perspective intéressante sur cette aventure née du travail de l’image. Au scénario, au dessin et à la couleur, Cyrille Meyer transpose le récit d’un photographe dont la démarche consiste précisément à rendre visible un monde difficile d’accès. L’expédition devient ainsi une rencontre entre différentes façons de témoigner : photographier, filmer et raconter par le dessin.

La recherche du léopard de mer donne un objectif concret au voyage. Elle inscrit la découverte de l’écosystème dans une aventure humaine, portée par l’attente d’une rencontre qui ne peut être garantie. Dans cet environnement extrême, les explorateurs dépendent des conditions naturelles et doivent accepter que le vivant conserve sa part d’imprévisible.

Mais la beauté des lieux s’accompagne d’une inquiétude. Le récit aborde les effets du réchauffement climatique sur un milieu dont l’éloignement pourrait donner une trompeuse impression de protection. Cette dimension élargit la portée de l’expédition : observer les espèces implique aussi de s’interroger sur les conditions de leur survie.

Le sujet trouve sa force dans ce lien entre découverte et responsabilité. L’Antarctique apparaît comme un écosystème auquel notre avenir est lié. Les animaux rencontrés donnent un visage concret à cette biodiversité menacée, au-delà des paysages de glace.

Avec Expédition Antarctica, Greg Lecoeur et Cyrille Meyer proposent une entrée dans les profondeurs du continent austral, entre quête animalière et interrogation écologique. Un projet qui invite à regarder sous la surface, là où la fascination pour le monde sauvage peut devenir une raison de mieux le protéger.

Éditeur ‏ : ‎ Steinkis Date de publication ‏ : ‎ 20 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 179 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 236846638X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2368466384

Pluie Alcide de Alcide Dessine

Humour absurde, émotions bancales, discussions gênantes et grosses touches grasses de vulgarité bien placée : Alcide est de retour, plus beau, plus précis… et toujours aussi inquiétant pour le bien-être émotionnel de ses personnages. Avec un dessin encore plus maîtrisé et expressif, ce troisième opus pousse encore plus loin tout ce qui fait le sel de l’univers d’Alcide : les relations foireuses, les petites humiliations du quotidien, les jeux de mots douteux, les personnages émotionnellement indisponibles… et cette étrange capacité à transformer le malaise en quelque chose de très drôle.

Des relations qui déraillent, des conversations embarrassantes et des personnages peu disponibles pour les sentiments des autres : Pluie d’Alcide annonce un troisième opus où l’absurde côtoie les petites cruautés du quotidien. Un univers qui trouve sa matière comique dans tout ce que l’on préférerait parfois oublier après une interaction ratée.

Chez Alcide Dessine, les rapports humains constituent un terrain particulièrement glissant. Un échange peut tourner à l’humiliation, un jeu de mots ajouter à la gêne, une tentative de rapprochement révéler surtout l’incapacité à communiquer. Le ressort est fécond : faire rire de ces moments où personne ne trouve la bonne réaction, et où chaque parole risque d’aggraver la situation.

L’intérêt de cette proposition tient au mélange des registres. L’humour absurde permet de déformer les situations familières, tandis que la vulgarité revendiquée leur apporte une brutalité supplémentaire. Derrière la plaisanterie se dessine pourtant une matière très reconnaissable : le besoin d’affection, les déceptions et les stratégies maladroites pour tenir les autres à distance.

Les personnages émotionnellement indisponibles donnent à cet ensemble une saveur particulière. Ils semblent peu armés pour construire des relations sereines, mais parfaitement capables de produire des échanges catastrophiques. Le décalage entre leurs attentes et leurs comportements nourrit cette comédie de l’inconfort.

Le dessin, annoncé comme plus précis et expressif dans ce troisième volume, occupe une place essentielle dans un tel dispositif. Une expression, une posture ou une réaction peuvent porter la gêne autant qu’une réplique. C’est dans cette rencontre entre le trait et les dialogues que se joue la promesse de l’album : donner une forme immédiatement lisible aux émotions les plus bancales.

Avec Pluie d’Alcide, le programme est aussi réjouissant que peu rassurant pour les personnages : de l’absurde, de la mauvaise foi et des sentiments malmenés. Une proposition destinée aux amateurs d’humour grinçant, pour qui une conversation qui tourne mal peut devenir un excellent point de départ comique.

Éditeur ‏ : ‎ Les éditions Lapin Date de publication ‏ : ‎ 5 novembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 176 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 237754424X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2377544240

Mortelle Adèle et les labyrinthes de papier – Les Grandes Aventures de Mr Tan (Auteur), Diane Le Feyer (Illustrations)

Plus personne ne lit !

Une librairie désertée, une invention censée réconcilier les enfants avec les livres et une expérience qui dérape : avec Mortelle Adèle et les labyrinthes de papier, Mr Tan et Diane Le Feyer placent la lecture au cœur d’une aventure aussi malicieuse que périlleuse. Car lorsque les histoires deviennent des territoires à explorer, trouver la sortie ne consiste plus simplement à tourner la dernière page.

Mortelle Adèle a un problème : plus aucun enfant ne pousse la porte de sa librairie. Le comble, c’est qu’elle porte une part de responsabilité dans cette désertion. Ses nombreuses inventions occupent tellement les Bizarres du monde entier qu’ils n’ont plus le temps de lire ! Une contradiction savoureuse pour cette héroïne qui entend bien réparer la situation à sa manière.

Sa solution porte un nom : le lecturoscope. Cet outil doit permettre à chacun de découvrir son livre idéal. Sur le papier, l’idée est formidable. Mais avec Adèle, les bonnes intentions empruntent rarement un chemin tranquille. À peine l’appareil testé sur un premier cobaye, l’expérience tourne mal et entraîne notre héroïne dans les mystérieux Labyrinthes de Papier.

Accompagnée de Magnus, elle doit alors traverser les livres de sa propre librairie et relier des portails magiques pour retrouver la sortie. Les histoires deviennent les étapes d’un parcours où le mot « FIN » prend une signification autrement plus inquiétante.

Une invitation à trouver son livre

Le point de départ possède une belle force : il ne s’agit pas seulement de convaincre les enfants de lire, mais de leur donner envie de découvrir l’histoire qui leur correspond. Le lecturoscope incarne cette promesse familière à tous les amoureux des librairies : quelque part sur une étagère attend peut-être le livre capable de déclencher une passion.

L’aventure transforme cette recherche en exploration concrète. Entrer dans un livre devient une expérience littérale, avec ses passages, ses obstacles et la nécessité de retrouver son chemin. Le titre lui-même évoque ce plaisir de se perdre dans une histoire, tout en donnant à cette expression une dimension fantastique.

Adèle face aux conséquences de ses inventions

Le ressort comique tient aussi au renversement de situation. Persuadée de pouvoir régler le problème grâce à une nouvelle création, Adèle se retrouve prise dans une mécanique qui lui échappe. Celle qui voulait guider les lecteurs doit désormais chercher sa propre route.

Ce décalage offre un cadre particulièrement adapté à son tempérament : une mission à accomplir, une invention incontrôlable et des règles qu’elle ne peut plus simplement imposer. La présence de Magnus inscrit également cette traversée dans une aventure partagée, au milieu d’histoires dont il faut découvrir les chemins.

Avec cette nouvelle Grande Aventure, Mr Tan et Diane Le Feyer proposent une idée réjouissante : faire de la librairie la porte d’entrée d’un monde immense, où chaque livre ouvre un passage. Une façon pleine de malice de rappeler que la lecture commence souvent par la curiosité — et qu’avec Mortelle Adèle, même les pages peuvent devenir un terrain dangereux !

Éditeur ‏ : ‎ Mr Tan & Co Date de publication ‏ : ‎ 8 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 249467882X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2494678828

Eiffel Eden – Tome 01 de Gwenn (Scenario), Dario Tallarico (Dessins)

Le changement viendra d’en bas

Gwenn imagine un Paris où la tour Eiffel n’est plus seulement un monument mais le dernier refuge d’une société qui a reproduit, étage après étage, les inégalités du monde qu’elle prétendait remplacer. Avec Eiffel Eden, mis en images par Dario Tallarico, il construit une dystopie verticale où la place occupée dans la tour détermine aussi celle que chacun possède dans la société.

Paris a été submergé par les eaux. Sur les vestiges de la capitale, une partie de l’humanité s’est installée dans les hauteurs de la tour Eiffel. Cette communauté, baptisée « Eiffel Eden », pourrait représenter une nouvelle chance pour les survivants. Elle est pourtant devenue un système extrêmement hiérarchisé, organisé en castes identifiées par des couleurs et soumis aux Dix Commandements de « l’Ingénieur ».

L’idée de transformer la tour Eiffel en véritable société miniature est particulièrement efficace. Plus on monte ou descend dans la structure, plus les rapports de domination deviennent visibles. L’architecture elle-même raconte l’organisation sociale : certains occupent les hauteurs tandis que d’autres vivent dans les étages inférieurs et accomplissent les tâches indispensables au fonctionnement de la communauté.

Derrière la promesse de préserver le collectif se cache surtout une politique particulièrement brutale. À soixante ans, chaque habitant doit se sacrifier pour le bien commun. Une règle présentée comme nécessaire à la survie devient ainsi le symbole d’un régime qui décide de la valeur d’une existence selon son utilité.

Astate refuse précisément cette logique lorsqu’elle comprend que ses parents sont condamnés. Sa révolte naît donc moins d’une idéologie que d’un sentiment profondément intime : elle ne peut accepter qu’une autorité décide que ceux qu’elle aime ont cessé d’avoir le droit de vivre.

Sa rencontre avec Fève va transformer cette colère individuelle en prise de conscience politique. Venue des étages inférieurs, la jeune Verte possède une expérience très différente du système. Là où Astate découvre progressivement l’injustice, Fève en connaît déjà les mécanismes et porte en elle les traces d’une précédente tentative de révolte.

Les deux adolescentes incarnent ainsi deux manières d’entrer en résistance. L’une se soulève lorsque le système frappe directement sa famille ; l’autre semble avoir grandi avec la conscience de son oppression. Leur alliance permet au récit de dépasser l’opposition classique entre héros et dictature pour s’intéresser à la naissance même d’un mouvement collectif.

Car renverser un régime ne consiste pas simplement à décider qu’il est injuste. Il faut convaincre, organiser, désobéir, saboter parfois, mais également accepter les conséquences de ses choix. Une précédente révolte ayant déjà tourné au drame, la question traverse tout le récit : jusqu’où peut-on aller au nom d’une cause juste ?

Le scénario utilise ainsi les codes de la dystopie pour questionner le contrôle des populations, la hiérarchie sociale, le sacrifice individuel au nom du collectif ou encore la manière dont un pouvoir transforme ses propres règles en vérités indiscutables. Mais ces réflexions restent incarnées par les personnages et leurs dilemmes plutôt que transformées en simple démonstration politique.

Le dessin de Dario Tallarico donne quant à lui une véritable identité à cet univers. La verticalité de la tour Eiffel devient un formidable terrain graphique : passer d’un étage à l’autre revient presque à changer de monde. Le monument familier se transforme en territoire clos, spectaculaire mais oppressant, dont chaque niveau semble rappeler aux habitants la place qui leur a été assignée.

Le titre lui-même contient une belle ironie. Cet « Eden » présenté comme un refuge possède ses frontières, ses castes et ses sacrifiés. La survie de l’humanité n’a donc pas nécessairement entraîné la naissance d’une société meilleure. Elle a simplement permis à de nouvelles formes de domination d’apparaître.

Et c’est finalement d’en bas que pourrait venir le changement. Non seulement des niveaux inférieurs de la tour, mais surtout de ceux que le système considère comme trop faibles ou trop insignifiants pour pouvoir le menacer.

Avec ce premier tome, Gwenn et Dario Tallarico installent une dystopie ambitieuse portée par une idée visuelle particulièrement forte : transformer la tour Eiffel en représentation verticale des rapports de pouvoir. Derrière la révolte d’Astate et Fève se dessinent des questions sur l’obéissance, les inégalités, le sacrifice et le prix de la liberté. Eiffel Eden pose ainsi les bases d’un univers prometteur où la résistance commence par un geste essentiel : refuser la place que les autres ont choisie pour vous.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 88 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344060065 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344060063