La Voie des dieux de Julie Dachez (Scenario), Mlle Caroline (Dessins, Encreur)

« Le chemin le plus long est celui qu’on fait jusqu’à soi »

Julie Dachez choisit de raconter un voyage particulièrement difficile : celui qui mène jusqu’à soi-même. Avec La Voie des dieux, magnifiquement mis en images par Mlle Caroline, elle livre un récit autobiographique intime autour de la dépression, des traitements qui ne fonctionnent pas toujours et de la recherche d’une autre manière d’avancer.

Depuis longtemps, Julie traverse des épisodes dépressifs. Elle connaît les thérapies, les médicaments, les tentatives successives et surtout cette impression décourageante d’avoir essayé beaucoup de choses sans parvenir à trouver une véritable issue. Le récit part donc d’une réalité profondément humaine : que reste-t-il lorsque les solutions auxquelles on s’est accroché ne semblent plus fonctionner ?

Un soir, une émission consacrée aux recherches sur la psilocybine et ses effets potentiels sur certaines formes de dépression attire son attention. Cette découverte devient le point de départ d’un chemin inattendu. Mais La Voie des dieux ne transforme jamais cette expérience en recette miracle ni en mode d’emploi. Le livre reste avant tout le témoignage personnel d’une femme qui cherche à comprendre ce qu’elle traverse.

Cette nuance est essentielle. Julie Dachez raconte ses interrogations, ses espoirs, ses peurs et les moments plus chaotiques sans présenter son parcours comme universel. La guérison n’apparaît pas comme une ligne droite mais comme un processus fait d’avancées, de doutes et de remises en question.

L’autodérision apporte une respiration bienvenue à un sujet qui aurait facilement pu devenir extrêmement lourd. L’humour n’efface jamais la souffrance ; il permet plutôt de créer une certaine distance avec elle. Cette capacité à regarder parfois ses propres contradictions avec amusement rend le témoignage particulièrement vivant.

Le récit dépasse d’ailleurs progressivement la seule question de la dépression ou des substances psychédéliques. Ce qui intéresse surtout Julie Dachez, c’est la manière dont nous construisons notre rapport à nous-mêmes. Derrière la recherche d’un apaisement se dessine une interrogation beaucoup plus large sur l’identité, les blessures et les mécanismes que l’on accumule au fil des années.

Le travail graphique de Mlle Caroline accompagne parfaitement cette introspection. Son dessin sait traduire ce qui est parfois difficile à expliquer avec des mots : les sensations, les pensées envahissantes, les changements de perception ou encore les moments de fragilité. L’image devient une extension de l’expérience intérieure, sans chercher à la rendre artificiellement spectaculaire.

L’apport scientifique permet parallèlement de replacer cette expérience personnelle dans un contexte plus large. Cette association entre témoignage, vulgarisation et bande dessinée donne au livre son équilibre : l’émotion reste centrale, mais elle dialogue constamment avec le besoin de comprendre.

Le titre prend alors progressivement tout son sens. La véritable destination n’est peut-être pas une expérience extraordinaire, mais cette rencontre avec soi-même que l’on repousse parfois pendant des années. Et ce chemin-là peut effectivement être le plus long.

La Voie des dieux possède enfin une qualité essentielle : celle de ne pas prétendre détenir une vérité applicable à chacun. Julie Dachez raconte son parcours, avec ses singularités et ses zones d’incertitude, tandis que l’ouvrage rappelle clairement qu’il s’agit d’un témoignage et non d’une invitation à consommer des substances psychédéliques.

Intime, accessible et souvent touchant, La Voie des dieux raconte moins la découverte d’une substance qu’une tentative de se retrouver soi-même après des années de lutte. Julie Dachez et Mlle Caroline abordent un sujet complexe sans sensationnalisme ni solution miracle, en laissant toute sa place au doute, à l’humour et à la vulnérabilité. Un récit sur la dépression et la recherche d’un mieux-être, mais surtout sur ce chemin parfois chaotique que l’on parcourt pour parvenir enfin jusqu’à soi.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 23 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344063714 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344063712

Tranches de vie (404 Graphic) de Qu

Une ode délicate aux instants ordinaires, où chaque silence dessiné par Qu révèle la poésie sensible et la beauté profonde du vivant.

Qu choisit de raconter la vie sans avoir besoin de mots. Avec Tranches de vie, l’artiste coréenne rassemble ses strips muets autour d’une conviction aussi simple que précieuse : les moments les plus ordinaires de notre existence peuvent devenir extraordinaires dès lors que l’on prend véritablement le temps de les regarder.

Ici, pas de longues intrigues ni de dialogues pour guider le lecteur. Quelques cases suffisent pour saisir un geste, une rencontre, un regard ou un instant de complicité. Chaque histoire ressemble à une petite fenêtre ouverte sur une existence dont nous ne connaîtrons peut-être ni le passé ni la suite.

Cette absence de texte constitue naturellement l’une des grandes forces du livre. En supprimant les mots, Qu laisse davantage de place aux émotions. Le lecteur observe les attitudes, les expressions et les détails du décor pour reconstruire ce qui se joue entre les personnages.

Les silences deviennent ainsi un véritable langage. Une main tendue, une présence, une attente ou un regard peuvent raconter beaucoup plus qu’une conversation entière. Le dessin ne cherche pas nécessairement à provoquer une émotion spectaculaire : il saisit plutôt ces minuscules mouvements qui accompagnent notre quotidien et auxquels nous ne prêtons plus toujours attention.

La notion de « tranche de vie » prend alors tout son sens. Qu ne cherche pas à raconter des destins exceptionnels. Elle s’intéresse précisément à ce qui pourrait arriver à chacun : croiser quelqu’un, partager un instant, observer le monde autour de soi ou simplement ressentir la présence d’un autre être vivant.

Ce sont ces secondes presque invisibles qui constituent progressivement la matière du livre. Isolées, elles peuvent sembler insignifiantes. Rassemblées, elles composent quelque chose de beaucoup plus vaste : une célébration discrète de l’existence.

L’universalité du dessin muet renforce encore cette sensation. Les personnages peuvent être différents, vivre ailleurs ou posséder une histoire éloignée de la nôtre, mais certaines émotions n’ont pas besoin d’être traduites. Un instant partagé suffit parfois à abolir momentanément les distances.

Cette compilation invite également à modifier notre rythme de lecture. On pourrait tourner rapidement les pages puisque les textes sont absents. Pourtant, c’est exactement l’inverse qui se produit. Il faut ralentir. Observer une expression, revenir sur une case, remarquer un détail qui semblait secondaire et accepter simplement de rester quelques secondes avec les personnages.

Le livre devient alors presque une invitation à appliquer cette attention au monde réel. Combien de moments semblables traversons-nous quotidiennement sans les voir ? Combien de gestes, de rencontres ou de petites attentions disparaissent aussitôt vécus ?

Qu ne cherche pas à embellir artificiellement le quotidien. Elle rappelle plutôt que sa beauté existe déjà, dans les relations, les fragilités et les minuscules coïncidences qui rapprochent parfois deux êtres.

Délicate, contemplative et profondément humaine, cette compilation transforme les petits riens de l’existence en véritables fragments de poésie graphique. Avec presque rien — quelques cases, des regards et beaucoup de silence — Qu parvient à rappeler quelque chose que notre quotidien nous fait facilement oublier : la vie n’est pas uniquement constituée de grands événements. Elle se cache aussi dans ces milliers d’instants minuscules que l’on ne remarque souvent qu’une fois qu’ils sont passés.

ASIN ‏ : ‎ B0H1L85F16 Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions Date de publication ‏ : ‎ 8 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 296 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032410707 Poids de l’article ‏ : ‎ 1,57 Kilograms

Les Enfants Perdus de Neyef

Casper, Milo, Rufus et les jumeaux Paddy et Dany, livrés à eux-mêmes dans un monde de ruines, trainent, skatent et occupent leurs journées comme bon leur semble. Bientôt rejoint par Wendy, le petit groupe survit en marge de tous et surtout des adultes qui, sur ce bout de terre deshéritée, représentent une menace permanente. Bien décidé à sortir son petit frère Milo de cette vie qui n’en est pas une, Casper va opter pour une voie sans retour qui mettra en péril le frêle équilibre du groupe.

Neyef s’empare du mythe de Peter Pan pour en proposer une relecture sombre, urbaine et profondément humaine. Avec Les Enfants Perdus, il ne raconte plus des enfants refusant simplement de grandir, mais des gamins auxquels le monde des adultes n’a jamais véritablement laissé la possibilité d’être des enfants.

Casper, Milo, Rufus et les jumeaux Paddy et Dany vivent dans un territoire en ruines. Livrés à eux-mêmes, ils skatent, traînent et inventent leurs propres règles pour remplir des journées qui semblent toutes se ressembler. Leur liberté pourrait presque faire rêver si elle n’était pas avant tout le résultat d’un abandon.

Dans cet univers, l’absence d’adultes protecteurs change complètement la signification de l’enfance. Ceux qu’ils rencontrent représentent davantage une menace qu’un refuge. Le groupe devient alors une famille improvisée, construite non par le sang mais par la nécessité de se protéger les uns les autres.

L’arrivée de Wendy fait naturellement résonner davantage encore la référence à Peter Pan. Neyef reprend certains éléments familiers du conte pour les déplacer dans un monde où l’imaginaire ne permet plus vraiment d’échapper au réel. Le Pays imaginaire ressemble ici davantage à une terre oubliée qu’à un paradis où l’enfance pourrait durer éternellement.

Le skateboard participe pleinement à cette sensation de liberté fragile. Rouler, prendre de la vitesse et occuper l’espace devient presque une manière de résister. Pendant quelques instants, ces enfants peuvent oublier les ruines et retrouver quelque chose qui ressemble à l’insouciance.

Mais derrière cette vie en bande, Casper porte une responsabilité particulière. Il veut sortir son petit frère Milo de cette existence sans avenir. Ce désir introduit une contradiction essentielle : comment sauver quelqu’un d’un monde dont on ne sait pas soi-même comment s’échapper ?

Casper finit par choisir une voie sans retour. Dès lors, l’équilibre précaire du groupe menace de s’effondrer. La volonté de protéger peut devenir dangereuse, et une décision prise par amour peut entraîner ceux que l’on voulait justement préserver.

C’est dans cette ambiguïté que Les Enfants Perdus semble trouver sa plus grande force. Neyef ne transforme pas ses personnages en simples victimes. Ils rient, jouent, se disputent, prennent des risques et inventent leurs propres moments de bonheur. Leur existence est dure, mais elle reste traversée par une formidable énergie.

Le dessin permet de faire cohabiter cette brutalité avec une dimension plus onirique. Les ruines deviennent un immense terrain de jeu autant qu’une prison, tandis que les mouvements et les silences donnent au récit une atmosphère où la réalité semble parfois glisser vers le rêve.

La référence à Peter Pan prend alors une dimension particulièrement mélancolique. Dans le conte, ne pas grandir pouvait représenter une forme de liberté. Ici, rester un enfant signifie surtout être prisonnier d’un monde qui ne vous offre aucun avenir. Grandir devient paradoxalement une possibilité d’émancipation.

À travers Casper et Milo, le récit interroge également la responsabilité que certains enfants doivent endosser beaucoup trop tôt. Casper voudrait être un frère, mais les circonstances l’obligent presque à devenir un parent. Cette inversion des rôles donne une véritable profondeur émotionnelle à leur relation.

Les Enfants Perdus parle finalement de fraternité, de survie et de cette frontière fragile entre liberté et abandon. La bande représente le dernier refuge possible : un endroit où chacun existe encore dans le regard des autres lorsque le reste du monde semble les avoir oubliés.

Avec Les Enfants Perdus, Neyef propose une relecture puissante et mélancolique du mythe de Peter Pan. Derrière les skates, les ruines et l’apparente liberté de ces enfants se cache une histoire de survie, de fraternité et de sacrifice. Un récit où l’on comprend progressivement que ces gamins ne refusent pas de grandir : ils cherchent simplement un monde dans lequel grandir serait enfin possible.

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 200 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2810206082 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810206087

Toi & Moi: Forever de PACCO

Avec Toi & Moi – Forever, Pacco revient avec un nouveau recueil de gags inédits, cette fois tout en couleurs ! Sous le regard et les dessins de Pacco, la vie à deux reste un espace de tendresse, de complicité et de fun. On s’identifie, on s’amuse et on s’émeut toujours autant !

Pacco retrouve avec Toi & Moi : Forever ce qu’il observe avec beaucoup de justesse depuis plusieurs albums : la vie de couple dans tout ce qu’elle possède de tendre, d’absurde, d’agaçant et surtout de profondément quotidien. Pas besoin de grandes aventures pour provoquer le rire : quelques habitudes, une conversation qui dérape ou une petite incompréhension suffisent largement.

Ce nouveau recueil rassemble des gags inédits et fait cette fois le choix de la couleur. Une évolution qui apporte davantage de dynamisme aux situations tout en conservant ce dessin immédiatement reconnaissable et cette efficacité visuelle indispensable au rythme comique.

Pacco possède surtout un véritable talent pour observer ces petits moments dans lesquels beaucoup de couples pourront se reconnaître. Les habitudes que l’on finit par ne plus remarquer, les petits défauts de l’autre qui peuvent soudain devenir insupportables, les instants de complicité, les désaccords minuscules qui prennent des proportions démesurées ou encore ces conversations dont seul un couple peut réellement comprendre la logique.

Le rire vient précisément de cette proximité avec le réel. On sourit d’une situation avant de réaliser qu’elle ressemble étrangement à quelque chose que l’on a soi-même vécu.

Mais Toi & Moi : Forever ne se moque jamais véritablement de ses personnages. Derrière les petites disputes et les maladresses demeure une vraie tendresse. Pacco raconte un couple qui fonctionne justement parce qu’il n’est pas parfait. L’amour n’efface ni les défauts ni les différences : il apprend à vivre avec eux.

Le format court convient parfaitement à cette observation du quotidien. Chaque gag saisit une situation, une attitude ou une émotion et va directement à l’essentiel. Le dessin accompagne cette simplicité avec des expressions particulièrement efficaces, permettant parfois à un regard ou à une posture de provoquer le rire avant même la chute.

Le passage à la couleur renforce encore cette dimension chaleureuse. L’album gagne en énergie sans perdre la spontanéité qui fait le charme de la série. Cette nouvelle présentation donne également au recueil une identité visuelle particulièrement agréable.

Au fil des pages se dessine finalement une petite chronique de la vie à deux. Être en couple, chez Pacco, c’est aimer quelqu’un suffisamment pour connaître parfaitement ses travers… et continuer malgré tout à trouver certaines de ses manies attachantes.

C’est probablement pour cette raison que l’identification fonctionne aussi facilement. Derrière l’exagération nécessaire au gag se trouvent des émotions très familières : l’affection, l’agacement, la complicité, la mauvaise foi, le désir de partager et cette capacité à rire ensemble des petites absurdités du quotidien.

Forever n’est donc pas seulement une promesse romantique. Le mot devient presque une plaisanterie affectueuse sur cette aventure étrange qui consiste à partager durablement sa vie avec quelqu’un, avec tout ce que cela implique de bonheur et de petites négociations permanentes.

Un recueil drôle, tendre et particulièrement complice dans lequel Pacco continue de croquer la vie de couple avec beaucoup d’affection. La couleur apporte une nouvelle énergie à des gags qui fonctionnent avant tout grâce à leur formidable sens de l’observation. On rit des personnages, mais surtout de nous-mêmes, parce qu’au détour d’une page, il y a de fortes chances de reconnaître un petit morceau de notre propre vie à deux.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203299967 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203299962

Blanche, une victorieuse: Naissance d’une armée contre la misère de MARIE-LAURE MARSHALL (Auteur), CHRISTOPHE GIRARD (Artiste)

À la fin du XIXe siècle, alors que la Belle Époque célèbre le progrès, l’essor industriel et les grandes innovations, la misère frappe durement les plus fragiles. Issue d’un milieu privilégié, Blanche Peyron choisit de répondre à sa foi et de consacrer sa vie aux plus démunis. Elle rejoint les rangs de l’Armée du Salut et participe à un mouvement qui entend mener une véritable « armée contre la misère ».

Marie-Laure Marshall et Christophe Girard mettent en lumière une femme dont le nom reste moins célèbre que l’œuvre qu’elle a contribué à bâtir. Avec Blanche, une victorieuse, ils racontent le parcours de Blanche Peyron et la naissance d’un engagement destiné à combattre la misère, jusqu’à la création du Palais de la Femme.

Le récit prend racine à la fin du XIXe siècle, dans une époque traversée par un paradoxe saisissant. Tandis que la Belle Époque célèbre les innovations, l’industrialisation et une certaine idée du progrès, une partie de la population demeure confrontée à une grande précarité. C’est dans ce contexte que Blanche Peyron, pourtant issue d’un environnement privilégié, choisit de regarder du côté de ceux que cette modernité laisse derrière elle.

Sa foi devient rapidement indissociable de l’action. En rejoignant l’Armée du Salut, Blanche ne se contente pas d’adhérer à des convictions : elle décide d’en faire une manière d’agir concrètement sur le monde. Nourrir, accueillir, accompagner et offrir un refuge deviennent les différentes facettes d’un même combat.

Marie-Laure Marshall raconte ainsi bien davantage qu’un destin individuel. À travers Blanche apparaît également l’histoire de l’implantation et du développement de l’Armée du Salut en France. Cette « armée contre la misère » repose sur une conception particulière du combat : les adversaires ne sont pas des personnes mais la pauvreté, l’exclusion et l’indifférence.

Le parcours de Blanche prend une dimension supplémentaire lorsqu’il conduit à la création du Palais de la Femme. Derrière le bâtiment se dessine une ambition essentielle : permettre à des femmes en situation de précarité de retrouver un toit, mais également une dignité et une possibilité d’avenir.

C’est aussi ce qui rend particulièrement pertinente la forme du roman graphique. Les 125 planches permettent d’incarner une histoire qui aurait facilement pu rester enfermée dans les archives. Christophe Girard donne des visages aux personnages et restitue les contrastes d’une époque où l’élégance de certains milieux coexistait avec une pauvreté beaucoup moins visible.

Le livre ne se limite cependant pas à transformer Blanche Peyron en héroïne providentielle. Son parcours permet surtout de raconter la puissance d’un engagement collectif. Derrière une personnalité se trouve tout un réseau de femmes et d’hommes convaincus que la solidarité peut devenir une véritable force d’action.

La dimension féminine occupe naturellement une place centrale. À une époque où l’autonomie des femmes reste fortement limitée, Blanche choisit d’agir, d’organiser et de porter des projets d’envergure. Son engagement devient ainsi aussi une histoire d’émancipation : celle d’une femme qui refuse de rester spectatrice de son époque.

Le lien avec Les Victorieuses de Laetitia Colombani apporte une résonance particulière à cette redécouverte. Le roman graphique permet de revenir vers l’histoire réelle qui se trouve derrière cette œuvre et surtout vers celle du lieu et de la femme qui l’ont inspirée.

La riche documentation historique renforce cette volonté de transmission. Les quinze pages d’annexes prolongent la lecture et permettent de replacer les événements dans leur contexte. Après l’émotion du récit vient ainsi le temps de la découverte historique, donnant au livre une véritable dimension documentaire.

Un roman graphique documenté et profondément humain qui redonne toute sa place à une pionnière de la solidarité. Marie-Laure Marshall et Christophe Girard racontent autant le destin de Blanche Peyron que la naissance d’une formidable aventure collective contre la pauvreté. Entre biographie, histoire sociale et émancipation féminine, Blanche, une victorieuse rappelle surtout qu’une conviction ne transforme réellement les choses que lorsqu’elle devient action.

Éditeur ‏ : ‎ BIBLI O Date de publication ‏ : ‎ 2 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 144 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2386230643 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2386230646

Femmes en guerre: Histoires de solidarité dans les zones de conflit de Mathilde Lemiesle

Le courage et la solidarité des femmes en zones de conflit

Mathilde Lemiesle choisit de raconter la guerre depuis un endroit que les récits de conflits laissent parfois en retrait : le quotidien des femmes qui continuent à vivre, protéger, soigner, nourrir et reconstruire lorsque tout autour d’elles s’effondre. Avec Femmes en guerre, elle rassemble histoires vraies et données recueillies avec l’ONG CARE pour mettre des visages sur des réalités souvent réduites à quelques chiffres.

De l’Ukraine à la Syrie, du Myanmar au Yémen, du Sahel à Gaza, le roman graphique traverse plusieurs territoires sans chercher à raconter une guerre unique. Les contextes changent, mais certaines conséquences se répondent : déplacements, pauvreté, déscolarisation, difficultés d’accès aux soins et violences frappent des populations déjà fragilisées.

Le livre insiste particulièrement sur la manière dont ces situations bouleversent la vie des femmes. La santé devient un enjeu vital lorsque les médicaments et le matériel médical manquent. La précarité augmente les risques d’exploitation et de violences, tandis que l’effondrement des structures habituelles peut rendre l’accès à l’éducation ou à une autonomie financière encore plus difficile.

Mais Mathilde Lemiesle refuse de réduire les femmes qu’elle raconte au statut de victimes. C’est même l’un des aspects essentiels de l’ouvrage. Malgré les situations auxquelles elles sont confrontées, elles continuent d’agir et d’inventer des solutions adaptées à leurs communautés.

Le maraîchage au Yémen, le microcrédit au Sahel ou encore les initiatives contre les mariages forcés permettent ainsi de montrer une autre réalité des zones de crise. Derrière l’urgence humanitaire existent des réseaux d’entraide, des projets et des femmes qui mettent en commun leurs connaissances pour retrouver une forme d’autonomie.

La solidarité devient alors le véritable fil rouge du récit. Résister ne signifie pas uniquement combattre les armes à la main. Cela peut être cultiver une parcelle, permettre à une enfant de poursuivre sa scolarité, créer une activité économique, accompagner une autre femme ou simplement préserver un espace de dignité dans un environnement qui en laisse de moins en moins.

Le choix du roman graphique permet de rendre ces parcours particulièrement accessibles. En donnant une incarnation aux données et aux réalités humanitaires, l’ouvrage évite que les chiffres restent abstraits. Derrière chaque statistique se trouvent des existences, des familles et des décisions prises dans des circonstances souvent inimaginables.

Cette approche évite également de présenter le courage comme quelque chose de spectaculaire. Celui-ci apparaît davantage dans la continuité des gestes ordinaires : continuer à s’occuper des autres, chercher de quoi vivre, préserver une communauté ou tenter de construire quelque chose alors que tout semble provisoire.

Femmes en guerre rappelle ainsi que les conflits ne se déroulent pas uniquement sur les fronts. Ils s’inscrivent dans les maisons, les écoles, les maternités, les déplacements forcés et l’économie quotidienne. Et c’est précisément dans ces espaces que se développent aussi certaines des formes de solidarité les plus fortes.

Un roman graphique engagé et profondément humain qui choisit de regarder la guerre à travers celles qui doivent continuer à vivre au milieu d’elle. Mathilde Lemiesle ne minimise jamais la violence des situations racontées, mais refuse d’y enfermer ces femmes. En mettant en lumière leur capacité d’action, leur inventivité et les solidarités qu’elles construisent, Femmes en guerre montre que, même au cœur du chaos, préserver les autres et reconstruire du collectif peuvent devenir de véritables actes de résistance.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344068376 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344068373

Lou ! Sonata – Tome 03 de Julien Neel

Cartes sur table

Julien Neel referme Lou ! Sonata avec un troisième tome qui accompagne son héroïne dans l’une des périodes les plus incertaines de son existence : ce moment où l’on n’est plus vraiment l’adolescent que l’on était, sans savoir encore précisément quel adulte on souhaite devenir. À 22 ans, Lou avance, doute, revient en arrière et tente surtout de comprendre quelle place donner aux autres dans une vie qu’elle aimerait enfin choisir elle-même.

Tout commence dans l’effervescence du festival de musique de Mortebouse. Lou fête son anniversaire entourée de ses proches lorsque son père, qu’elle connaît finalement très peu, réapparaît dans son existence. Mais il n’arrive pas seul : il lui présente Jeanne, sa fille, et donc la petite sœur dont Lou ignorait jusqu’alors la place qu’elle allait prendre dans sa vie.

Cette rencontre bouleverse forcément ses repères. Jeanne lui ressemble et agit comme un étrange miroir. À travers elle ressurgissent les questions liées au père, à l’enfance et à cette famille qui n’a jamais vraiment suivi un modèle traditionnel. Lou doit soudain faire une place à quelqu’un qu’elle n’attendait pas, dans une existence où elle cherche justement à déterminer qui elle est.

Julien Neel retrouve ici ce qui a toujours constitué l’une des grandes forces de son univers : raconter les bouleversements importants à travers les petits détails du quotidien. Les retrouvailles peuvent être maladroites, les conversations imparfaites et les émotions contradictoires. Rien n’est totalement spectaculaire, mais tout compte.

Un autre élément vient nourrir cette période de questionnement lorsque Paul offre à Lou un jeu de cartes divinatoire. L’objet aurait pu n’être qu’un gadget, mais il devient progressivement un miroir de son état intérieur. Les tirages semblent parfois correspondre étrangement à ce qu’elle traverse et installent un jeu permanent entre hasard, intuition et besoin de donner du sens aux événements.

Les cartes ne fournissent pourtant pas les réponses que Lou espère. Elles l’obligent plutôt à formuler ses propres questions. Chercher des signes devient finalement une autre manière de regarder ce que l’on n’ose pas encore décider soi-même.

Et lorsque Lou doit revenir vivre chez sa mère, l’impression de retour à la case départ est inévitable. Après avoir cherché son indépendance, revenir dans cet environnement pourrait ressembler à un échec. Julien Neel préfère y voir une étape supplémentaire. Revenir quelque part ne signifie pas nécessairement redevenir celle que l’on était.

Cette relation entre Lou et sa mère reste d’ailleurs essentielle. Elles ont grandi ensemble d’une certaine manière, et leurs trajectoires continuent de se répondre. La famille, chez Julien Neel, n’est jamais figée : elle se transforme au gré des rencontres, des séparations et des nouveaux liens.

Graphiquement, l’univers conserve cette douceur immédiatement reconnaissable. Les couleurs, les expressions et les petits détails permettent de traduire les hésitations de Lou sans avoir constamment besoin de les expliquer. L’émotion passe autant par les silences et les regards que par les dialogues.

Ce dernier volet de Sonata possède ainsi quelque chose de profondément cohérent avec l’ensemble du parcours du personnage. Lou n’obtient pas soudainement un mode d’emploi pour devenir adulte. Elle apprend plutôt à accepter que certaines réponses arrivent tard, que d’autres n’existent peut-être pas et que l’incertitude fait elle aussi partie du chemin.

Un troisième tome intime, lumineux et particulièrement émouvant, qui accompagne Lou dans une nouvelle étape de sa construction. Entre l’apparition inattendue d’une petite sœur, le retour du père, les cartes divinatoires et un retour chez sa mère qui ressemble autant à un recommencement qu’à un recul, Julien Neel rappelle avec beaucoup de tendresse que devenir adulte ne signifie pas avoir enfin toutes les réponses. Parfois, grandir consiste simplement à accepter que toutes les cartes ne soient pas encore sur table.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 136 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344058818 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344058817

The Lapins Crétins – X Rayman: Le Monde des légendes de Thitaume (Scenario), Thomas Priou (Dessins)

Vous n’étiez pas préparé ? Rayman encore moins.

Thitaume et Thomas Priou organisent des retrouvailles que les amateurs de jeux vidéo attendaient forcément avec curiosité : Rayman et les Lapins Crétins partagent de nouveau la même aventure, mais cette fois sur les pages d’une bande dessinée. Et puisque les lapins sont de retour, inutile d’espérer une réunion particulièrement paisible.

Tout commence dans l’univers coloré et merveilleux de Rayman. Un monde où la magie possède ses propres règles et où notre héros semble parfaitement à sa place. Jusqu’au moment où débarquent les Lapins Crétins. Bruyants, incontrôlables et totalement imperméables à la logique, ils possèdent un talent extraordinaire pour transformer la moindre situation en catastrophe.

Le contraste fonctionne immédiatement. Rayman essaie de comprendre ce qui se passe tandis que les lapins préfèrent appuyer sur le bouton qu’il ne fallait surtout pas toucher. Ils courent, se catapultent, tombent, recommencent et transforment progressivement cet univers en gigantesque terrain de jeu.

Thitaume retrouve ainsi tout ce qui fait l’efficacité des Lapins Crétins : un humour fondé sur l’absurde, l’imprévisibilité et une capacité presque surnaturelle à provoquer le chaos. Avec eux, les lois de la physique deviennent très relatives et la résolution d’un problème conduit généralement à en créer trois nouveaux.

Mais la véritable bonne idée consiste à placer Rayman au milieu de cette folie. Le héros devient malgré lui le point d’équilibre du récit. Il tente de conserver son calme et de reprendre le contrôle d’une aventure qui lui échappe constamment. Plus Rayman cherche à rétablir l’ordre, plus les Lapins Crétins semblent déterminés à prouver que l’ordre était finalement très surfait.

Le passage à la bande dessinée convient particulièrement bien à cet univers. Thomas Priou peut exploiter pleinement les expressions exagérées, les chutes, les mouvements et les situations absurdes. Le dessin participe directement au rythme comique et permet aux Lapins Crétins de conserver cette énergie visuelle qui les caractérise.

Cette rencontre possède également une dimension particulière pour les amateurs de la franchise. Les Lapins Crétins sont nés dans l’univers de Rayman avant de devenir progressivement des personnages autonomes. Les réunir à nouveau ressemble donc autant à un crossover qu’à un véritable retour aux sources.

L’arrivée de Rayman comme héros de bande dessinée apporte en parallèle un plaisir supplémentaire. Son univers se prête naturellement au neuvième art avec ses créatures extravagantes, ses décors colorés et cette liberté qui permet de passer rapidement d’une situation à une autre.

Le Monde des légendes ne cherche évidemment pas à rendre les Lapins plus raisonnables. Au contraire, la BD assume pleinement leur pouvoir de nuisance et transforme leur rencontre avec Rayman en succession de catastrophes joyeusement incontrôlables. L’amusement vient précisément de cette certitude : dès qu’un Lapin Crétin apparaît dans une case, quelque chose va probablement mal tourner.

Derrière cette avalanche de gags se trouve finalement une jolie célébration de deux univers intimement liés. Rayman retrouve ceux qui furent autrefois ses encombrants compagnons de jeu, tandis que les Lapins reviennent là où leur propre histoire a commencé.

Une BD drôle, dynamique et délicieusement chaotique qui réussit les retrouvailles entre Rayman et les Lapins Crétins. Thitaume et Thomas Priou exploitent parfaitement l’opposition entre un héros qui aimerait comprendre ce qui lui arrive et des créatures qui n’ont absolument aucune intention de respecter la moindre règle. Un retour aux sources plein d’énergie, de nostalgie et surtout de BWAAAAH !

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344072616 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344072615

Elles – Tome 4 – Intemporelle(s) de Kid Toussaint (Auteur), Aveline Stokart (Illustrations)

Elle se replonge dans ses souvenirs… Après sa rupture avec Raphaël, Elle est submergée par ses émotions et ses personnalités ont bien du tracas. Rose, Blonde, Violette, Bleue, Châtain et Verte se livrent bataille pour reprendre le contrôle. Surgit alors Harvey, doudou d’enfance oublié, qui promet de l’aider à retrouver l’équilibre… Mais à quel prix ? Un tome bouleversant où grandir signifie accepter toutes les parts de soi, même les plus incontrôlables.

Kid Toussaint et Aveline Stokart retrouvent Elle pour un quatrième tome qui plonge plus profondément encore dans son monde intérieur. Après les événements précédents et sa rupture avec Raphaël, l’adolescente se retrouve confrontée à quelque chose qu’elle ne peut ni fuir ni simplement faire taire : ses propres émotions.

La séparation agit comme un véritable déclencheur. Elle perd ses repères et les différentes personnalités qui cohabitent en elle recommencent à s’agiter. Rose, Blonde, Violette, Bleue, Châtain et Verte cherchent chacune à imposer leur manière de réagir à la douleur. Ce qui pouvait autrefois apparaître comme une organisation intérieure devient alors un véritable champ de bataille.

La grande force de la série reste cette façon très visuelle de représenter les contradictions qui peuvent nous traverser. Une même personne peut vouloir pleurer et se mettre en colère, disparaître et être regardée, pardonner et refuser d’oublier. Les différentes Elle donnent un visage et une voix à ces émotions contradictoires.

Ce quatrième volume ne cherche donc pas simplement à déterminer laquelle de ces personnalités doit prendre le contrôle. Au contraire, il pose une question plus intéressante : faut-il vraiment choisir ? Grandir pourrait justement consister à accepter que toutes ces facettes appartiennent à une seule et même personne.

C’est dans ce moment de fragilité que réapparaît Harvey, un doudou oublié depuis l’enfance. Sa présence crée immédiatement un lien avec les souvenirs d’Elle et avec une période où son identité commençait encore à se construire. Harvey affirme pouvoir l’aider à retrouver son équilibre, mais son aide possède un prix qui installe rapidement le doute.

Le retour vers l’enfance permet à Kid Toussaint d’interroger la mémoire et ce que nous conservons de nos premières années. Certains souvenirs réconfortent, d’autres expliquent des blessures que l’on ne comprenait pas encore. Se replonger dans le passé peut aider à se reconstruire, mais cela signifie également accepter de regarder ce que l’on avait préféré oublier.

Aveline Stokart donne une nouvelle fois une véritable identité à cet univers psychologique. Les couleurs ne servent pas seulement à distinguer les différentes personnalités : elles traduisent les émotions et rendent immédiatement lisibles les conflits intérieurs d’Elle. Son dessin expressif permet de passer naturellement de la réalité à cet espace mental où ses différentes facettes s’affrontent.

La rupture avec Raphaël constitue finalement moins le sujet principal que le point de départ d’une nouvelle étape. Elle doit apprendre à exister sans définir son équilibre uniquement à travers une relation avec quelqu’un d’autre. Cette reconstruction passe nécessairement par une confrontation avec elle-même.

Intemporelle(s) parle ainsi de l’adolescence comme d’une période où l’identité reste mouvante. On change, on se contredit, certaines facettes disparaissent avant de revenir, et ce qui semblait autrefois incontrôlable peut progressivement devenir une partie de soi avec laquelle apprendre à vivre.

Un quatrième tome sensible et visuellement toujours aussi remarquable, qui transforme une rupture amoureuse en véritable voyage intérieur. Kid Toussaint et Aveline Stokart rappellent avec justesse que grandir ne consiste peut-être pas à faire disparaître les parties de nous-mêmes qui dérangent, mais à comprendre qu’elles participent toutes à la personne que nous sommes en train de devenir.

Éditeur ‏ : ‎ LOMBARD Date de publication ‏ : ‎ 2 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 96 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2808218508 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2808218504

La Curieuse histoire des mots de JOSEPH FALZON / SEBASTIEN GRIMAUD (Auteur), Joseph Falzon (Dessins)

Dans le prolongement de son compte Instagram Étymocurieux, Sébastien Grimaud propose dans ce premier ouvrage un voyage captivant dans l’histoire des mots, alliant rigueur de l’étymologie, plaisir de la découverte et magie évocatrice du dessin.

Sébastien Grimaud et Joseph Falzon partent d’une idée aussi simple que réjouissante : les mots que nous employons chaque jour ont eux aussi une histoire. Certains ont voyagé pendant des siècles, changé de sens, traversé plusieurs langues ou connu des transformations étonnantes avant d’arriver dans nos conversations. La Curieuse histoire des mots propose justement de remonter leurs traces.

Dans le prolongement du compte Instagram Étymocurieux, l’ouvrage rend l’étymologie accessible sans la transformer en leçon académique. La linguistique devient ici une véritable enquête : derrière un terme apparemment banal peut se cacher une origine inattendue et, parfois, tout un morceau d’histoire.

C’est ce plaisir de la découverte qui porte l’album. Comprendre d’où vient un mot permet soudain de le regarder autrement. Notre vocabulaire apparaît comme le résultat d’innombrables rencontres entre les peuples, les époques et les cultures.

Le livre montre ainsi combien une langue est vivante. Le français que nous utilisons aujourd’hui n’est pas un ensemble figé : il s’est construit par emprunts, transformations et détournements successifs. Les influences anciennes côtoient des évolutions beaucoup plus récentes, rappelant que notre manière de parler continue elle aussi de changer.

Pour raconter cette histoire, l’ouvrage alterne textes illustrés et séquences de bande dessinée. Ce choix évite l’effet catalogue que pourrait facilement produire une succession d’étymologies. Chaque découverte devient une petite histoire que le dessin permet immédiatement de visualiser et de mémoriser.

Le travail graphique de Joseph Falzon joue donc un rôle essentiel. L’image ne se contente pas d’accompagner l’explication : elle prolonge le plaisir provoqué par les associations, les détours et parfois les absurdités magnifiques de l’évolution du langage. L’humour contribue lui aussi à rendre la lecture particulièrement fluide.

Cette approche permet surtout de s’adresser à un public beaucoup plus large que les seuls passionnés de linguistique. Il n’est pas nécessaire de connaître les mécanismes de formation d’une langue pour se laisser surprendre par les aventures d’un mot que l’on prononce depuis toujours sans jamais s’être demandé pourquoi il existe.

On peut ainsi parcourir l’album dans l’ordre ou simplement picorer quelques pages au gré de sa curiosité. Et c’est probablement l’un de ses plaisirs : après l’avoir refermé, on commence presque naturellement à regarder les mots ordinaires avec davantage d’attention.

La Curieuse histoire des mots rappelle finalement que notre vocabulaire constitue une immense mémoire collective. Chaque phrase que nous prononçons contient, sans que nous en ayons conscience, des traces de voyages, d’échanges et de siècles d’évolution.

Un album instructif, drôle et particulièrement accessible qui réussit à transmettre le plaisir de l’étymologie sans jamais prendre la forme d’un cours. Grâce aux textes de Sébastien Grimaud et aux dessins de Joseph Falzon, les mots cessent d’être de simples outils du quotidien pour devenir les personnages d’une histoire beaucoup plus mouvementée qu’on ne l’imaginait

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203296585 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203296589