La fin d’Oak Street De David Robert Mitchell | Par David Robert Mitchell Avec Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella Titre original The End Of Oak Street

Suite à un étrange événement cosmique, le quartier d’Oak Street se retrouve transporté en un lieu mystérieux. Les Platt, qui ne reconnaissent plus leur environnement familier, ne tardent pas à comprendre qu’il leur faut absolument rester unis s’ils veulent s’en sortir…

La Fin d’Oak Street prolonge le goût de David Robert Mitchell pour les récits où l’inquiétude naît moins de ce qui est montré que de l’impossibilité de comprendre ce qui se déroule. Le réalisateur transforme cette fois un paisible quartier résidentiel en territoire inconnu, utilisant un phénomène cosmique comme point de départ d’un thriller fantastique où la cellule familiale devient le dernier repère face à l’inexplicable.

Tout commence par une rupture brutale avec la normalité. À la suite d’un mystérieux événement cosmique, Oak Street et ses habitants se retrouvent transportés dans un environnement dont ils ignorent tout. Les maisons sont toujours là, les objets familiers également, mais le monde qui les entourait semble avoir disparu. Pour la famille Platt, l’incompréhension laisse rapidement place à une nécessité beaucoup plus immédiate : comprendre les règles de ce nouvel espace et survivre.

Le scénario écrit par David Robert Mitchell exploite intelligemment cette perte de repères. Plutôt que de multiplier immédiatement les explications scientifiques, le film privilégie le point de vue de personnages incapables de déterminer où ils se trouvent, pourquoi ils ont été déplacés et surtout ce qui existe désormais au-delà de leur rue.

Cette incertitude constitue le principal moteur du suspense. Chaque exploration peut révéler une nouvelle menace tandis que l’environnement quotidien devient progressivement étranger. Mitchell retrouve ainsi ce qu’il maîtrise particulièrement bien : installer le malaise dans des espaces apparemment ordinaires et laisser l’imagination du spectateur travailler avant de dévoiler la véritable nature du danger.

Anne Hathaway apporte une intensité émotionnelle importante au récit. Face à elle, Ewan McGregor incarne efficacement cette volonté de préserver une forme de rationalité alors que les certitudes disparaissent les unes après les autres. Maisy Stella complète cette dynamique familiale et permet au film de ne jamais perdre de vue les conséquences humaines de son dispositif fantastique.

La réussite du film tient également à son atmosphère. L’espace résidentiel, symbole habituel de sécurité, devient une frontière. Une rue, quelques maisons et des jardins suffisent à provoquer une véritable sensation d’enfermement. La mise en scène joue sur les perspectives, les silences et la présence inquiétante de cet ailleurs pour créer une étrangeté presque permanente.

Derrière son concept de science-fiction se dessine progressivement une réflexion plus intime. Lorsque tous les repères extérieurs disparaissent, que reste-t-il d’une famille ? Les rancœurs et les non-dits ne s’effacent pas simplement parce qu’une catastrophe survient. Au contraire, l’isolement les exacerbe, faisant de la nécessité de « rester unis » bien davantage qu’une formule de film de survie.

Le récit se montre parfois volontairement opaque et cette manière de retarder les réponses pourra dérouter. Mais La Fin d’Oak Street gagne précisément à ne pas tout expliquer immédiatement.

Étrange, inquiétant et visuellement maîtrisé, La Fin d’Oak Street transforme une catastrophe cosmique en expérience profondément intime. David Robert Mitchell signe un thriller de science-fiction où l’inconnu compte autant que les fractures familiales, porté par une atmosphère fascinante et un solide trio formé par Anne Hathaway, Ewan McGregor et Maisy Stella.

Tombé du ciel De Mohamed Hamidi | Par Ilyes Djadel, Mathieu Oullion Avec Ilyes Djadel, Josiane Balasko, Fred Testot

Ilyes mène une vie joyeuse dans la banlieue de Roubaix. Seul problème : le bac.

Tombé du ciel s’inscrit dans la tradition de la comédie sociale française en faisant du choc des cultures le moteur d’un récit initiatique sur les préjugés, l’échec scolaire et la possibilité de trouver sa place là où on ne l’attendait pas. Mohamed Hamidi privilégie une approche populaire et accessible, portée par l’énergie d’Ilyes Djadel et une galerie de personnages qui permettent progressivement au film de dépasser sa mécanique comique.

À Roubaix, Ilyes mène une existence plutôt insouciante, à une exception près : le baccalauréat. Après deux échecs, cette nouvelle tentative représente sa dernière chance de décrocher le diplôme et, surtout, de rendre ses parents fiers. Mais lorsqu’un incendie éclate pendant un bac blanc, il est accusé d’en être responsable et exclu de son établissement.

La seule solution qui s’offre alors à lui se trouve à des centaines de kilomètres de son quotidien : Saint-Albert-le-Grand, pensionnat catholique installé en Bourgogne. Changement de décor, de règles et de fréquentations. Celui qui pensait connaître les autres découvre rapidement qu’il possède lui-même quelques certitudes à déconstruire.

Le scénario cosigné par Ilyes Djadel et Mathieu Oullion repose naturellement sur cette confrontation. Les différences sociales, culturelles et religieuses alimentent une bonne partie des situations comiques, mais le film évite heureusement de s’en tenir à une simple opposition entre la banlieue et la province. Progressivement, les personnages découvrent qu’ils se connaissent beaucoup moins qu’ils ne le pensaient.

Ilyes Djadel apporte au personnage principal son sens du rythme et une spontanéité évidente. Son énergie fonctionne particulièrement bien dans les premières confrontations avec l’univers extrêmement codifié du pensionnat. Mais l’acteur sait également ralentir lorsque le récit abandonne momentanément la comédie pour aborder la peur de l’échec et le besoin de reconnaissance familiale.

Josiane Balasko apporte une présence immédiatement identifiable, entre autorité, ironie et humanité. Fred Testot s’intègre quant à lui efficacement dans cette comédie chorale où les personnages secondaires jouent un rôle important dans l’évolution d’Ilyes.

Mohamed Hamidi connaît parfaitement les mécanismes de la comédie populaire. La réalisation reste volontairement classique et privilégie les personnages, les dialogues et le rythme plutôt que les effets de mise en scène. Certains ressorts sont prévisibles et le film appuie parfois un peu trop clairement son message de tolérance, mais l’ensemble conserve une véritable sincérité.

Car derrière les différences culturelles, Tombé du ciel parle surtout de seconde chance. L’échec au bac, l’exclusion et l’arrivée au pensionnat constituent autant d’étapes permettant à Ilyes de reconsidérer son rapport aux études, à sa famille et aux autres.

Généreuse et sincère, cette comédie sociale ne bouleverse pas les codes du genre mais les utilise avec efficacité. Ilyes Djadel apporte beaucoup d’énergie à un récit qui trouve ses meilleurs moments lorsqu’il dépasse le simple choc des cultures pour parler d’échec, de transmission et de seconde chance. Un divertissement populaire sympathique, porté par une belle humanité.

La Nirvana De Hakim Bougheraba | Par Hakim Bougheraba, Ali Bougheraba Avec Ichem Bougheraba, Jean-Baptiste Brucker, Emma Smet

Jean, agriculteur en faillite, s’apprête à commettre l’irréparable quand Foued, jeune de cité en cavale, encastre son 4×4 rempli de cannabis dans sa grange, lui sauvant la vie. Paniqué, Jean brûle la voiture, détruisant la cargaison… Pour rembourser la dette de Foued et sauver la ferme de Jean, ils décident de cultiver du cannabis « bio » au milieu des chèvres et des champs.

La Nirvana assume d’emblée son goût pour la comédie populaire, celle qui provoque la rencontre de personnages que tout oppose avant de les condamner à faire équipe. Hakim Bougheraba part d’une situation volontairement improbable — un agriculteur ruiné et un jeune homme en cavale se lançant dans la culture de cannabis « bio » — pour construire une comédie sociale qui préfère l’énergie et la tendresse au réalisme.

Jean est agriculteur et ne voit plus aucune issue à ses difficultés financières. Au moment où il s’apprête à commettre l’irréparable, Foued surgit littéralement dans son existence en encastrant dans sa grange un 4×4 rempli de cannabis. Jean, pris de panique, détruit accidentellement la cargaison en brûlant le véhicule. Foued se retrouve alors avec une dette considérable tandis que la ferme de Jean reste menacée. Une solution aussi absurde qu’évidente finit par s’imposer : produire eux-mêmes la marchandise perdue.

Le scénario écrit par Hakim et Ali Bougheraba exploite efficacement cette association improbable. D’un côté, un agriculteur dépassé par une société qui semble ne plus avoir besoin de lui ; de l’autre, un jeune homme dont les choix l’ont conduit dans une situation tout aussi précaire. La culture clandestine devient le point de rencontre de deux formes de marginalité.

Le film trouve ses meilleurs moments dans cette confrontation entre deux univers. Les méthodes agricoles traditionnelles rencontrent les codes du trafic, les chèvres côtoient les plantations clandestines et la recherche d’une production prétendument artisanale et biologique fournit naturellement quelques-uns des gags les plus efficaces.

Ichem Bougheraba apporte à Foued une énergie qui correspond parfaitement au rythme recherché par le film. Face à lui, Jean-Baptiste Brucker joue davantage sur le décalage et la lassitude de cet agriculteur qui retrouve paradoxalement une raison d’avancer grâce à une entreprise totalement illégale. Emma Smet complète cette galerie de personnages et apporte une autre dynamique au récit.

Hakim Bougheraba ne cherche jamais à transformer son sujet en véritable chronique du monde agricole. Les difficultés économiques servent de point de départ à une mécanique comique qui assume ses excès, ses raccourcis et plusieurs situations franchement invraisemblables. Il faut donc accepter très rapidement les règles du jeu.

Sous la farce apparaît néanmoins un propos plus sensible sur la précarité, la solitude et la rencontre entre des individus qui n’auraient normalement aucune raison de se côtoyer. C’est cette dimension humaine qui permet à La Nirvana de ne pas reposer uniquement sur son idée de départ.

Sans révolutionner la comédie française, La Nirvana transforme son improbable trafic de cannabis « bio » en une comédie populaire sympathique et décomplexée. Le scénario force parfois le trait, mais le duo fonctionne et l’ensemble possède suffisamment d’énergie et de tendresse pour faire oublier ses invraisemblances. À prendre pour ce qu’il est : un divertissement généreux qui ne se prend jamais trop au sérieux.

Bombonera De Syrine Boulanouar | Par Syrine Boulanouar, Karim Boukercha Avec Soufiane Guerrab, Vimala Pons, Emma Boumali

Enzo, sans domicile, enchaîne les arnaques sur le dos de jeunes prodiges du ballon. Lors de la sélection des joueurs en vue d’un important tournoi de streetfoot dans son stade, il entrevoit un très grand potentiel en la personne de Lisa, 14 ans, jeune fille déterminée à devenir la première femme à jouer parmi des garçons…

Bombonera inscrit le film sportif dans une réalité sociale contemporaine où le football devient autant un moyen d’émancipation qu’un révélateur des inégalités. Pour son passage au long métrage, Syrine Boulanouar privilégie le streetfoot et ses terrains improvisés afin de raconter la rencontre entre deux personnages que tout semble opposer : un homme vivant d’expédients et une adolescente déterminée à bousculer les règles d’un univers encore largement masculin.

Enzo, sans domicile, survit grâce à différentes combines, notamment en profitant des rêves de jeunes footballeurs persuadés de pouvoir devenir professionnels. Lorsqu’il organise une sélection pour un important tournoi de streetfoot, il remarque Lisa, 14 ans. Son talent est évident, mais son ambition l’est davantage encore : elle veut devenir la première fille à s’imposer dans une équipe composée de garçons.

Cosigné par Syrine Boulanouar et Karim Boukercha, le scénario trouve son équilibre entre récit initiatique, chronique sociale et film sportif. Le parcours de Lisa permet naturellement d’interroger les préjugés qui continuent d’accompagner les filles dans certaines disciplines, mais le film évite de réduire son héroïne à un simple symbole. Elle possède ses contradictions, son caractère et surtout une détermination qui ne demande aucune validation extérieure.

La relation entre Lisa et Enzo constitue progressivement le véritable cœur du récit. Enzo commence par regarder les jeunes joueurs comme autant d’occasions de gagner quelques billets. La découverte du talent de l’adolescente vient ébranler ce cynisme de façade. Leur rapprochement permet au film d’aborder sans lourdeur la transmission, la confiance et la possibilité d’une seconde chance.

Soufiane Guerrab trouve en Enzo un personnage intéressant, situé constamment entre débrouillardise, fragilité et mauvaise foi. L’acteur évite d’en faire immédiatement une figure attachante et laisse son humanité apparaître progressivement. Face à lui, Emma Boumali impose une énergie et une spontanéité essentielles au personnage de Lisa.

Vimala Pons complète efficacement cette distribution et contribue à donner davantage de profondeur à un univers qui ne se limite jamais aux seuls terrains de football.

Syrine Boulanouar filme justement le streetfoot comme un espace de liberté. La caméra accompagne les corps, les accélérations et les confrontations sans chercher à transformer chaque match en démonstration spectaculaire. Le ballon devient surtout un langage commun entre des personnages issus d’horizons différents.

Quelques passages empruntent inévitablement aux conventions du film sportif : l’outsider que personne n’attend, les obstacles à surmonter, la compétition comme horizon dramatique. Bombonera parvient néanmoins à dépasser ces mécanismes grâce à ses personnages et à son ancrage social.

Énergique et généreux, Bombonera utilise intelligemment le streetfoot pour raconter une histoire d’émancipation et de transmission. Syrine Boulanouar signe un film populaire sans être simpliste, porté par un duo attachant et par une adolescente qui refuse que son genre détermine la place qu’elle peut occuper sur un terrain.

L’Inconnue De Arthur Harari | Par Arthur Harari, Lucas Harari Avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville

À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.

L’Inconnue marque le retour d’Arthur Harari derrière la caméra dans un registre où le fantastique devient le prolongement d’une crise intime. Cosigné avec Lucas Harari, le film part d’un dispositif vertigineux — un homme se réveille dans le corps d’une femme qu’il ne connaît pas — pour construire moins un récit de transformation qu’une interrogation sur l’identité, le désir et le regard porté sur l’autre.

À bientôt quarante ans, David Zimmerman mène une existence presque invisible. Photographe sans véritable reconnaissance, solitaire au point de rarement quitter son domicile, il accepte un soir de suivre ses amis dans une fête. Au milieu de la foule, son attention se fixe sur une inconnue. Il l’observe, la suit, fasciné sans réellement comprendre ce qui l’attire vers elle. Quelques heures plus tard, lorsqu’il reprend connaissance, David découvre l’impensable : il habite désormais le corps de cette femme.

Arthur Harari ne traite pas cette métamorphose comme un simple ressort fantastique. Le phénomène existe, mais son explication importe finalement moins que ses conséquences. David, photographe habitué à regarder le monde à distance, devient soudain lui-même un autre objet de regard. Ce déplacement constitue l’une des idées les plus fortes du film : celui qui observait doit désormais expérimenter une apparence, une présence et une perception sociale qui ne sont plus les siennes.

Le scénario refuse ainsi les facilités que pouvait provoquer un tel concept. L’étrangeté s’installe progressivement dans le quotidien et nourrit un récit où la question « comment retrouver son corps ? » se double rapidement d’une interrogation autrement plus troublante : que reste-t-il de notre identité lorsque notre apparence disparaît ?

Léa Seydoux trouve dans ce dispositif un rôle particulièrement complexe. Elle doit faire exister un personnage dont le corps et l’identité ne coïncident plus, sans réduire cette transformation à une imitation. Son interprétation repose beaucoup sur les gestes, les hésitations et une manière de rendre perceptible l’étrangeté d’un individu prisonnier d’une enveloppe qui ne lui appartient pas.

Niels Schneider apporte au récit une présence plus intérieure, parfaitement adaptée à la solitude initiale de David. Valérie Dréville complète cette distribution en participant à l’ambiguïté constante d’un film qui préfère souvent suggérer plutôt qu’expliquer.

La mise en scène épouse cette incertitude. Reflets, cadres, photographies et regards deviennent autant de moyens de questionner la perception. Le fantastique reste volontairement discret, presque froid, ce qui rend la situation d’autant plus inquiétante. Arthur Harari préfère le malaise à l’effet spectaculaire et laisse au spectateur le temps d’éprouver cette perte progressive de repères.

Cette approche exigeante pourra parfois donner au film une certaine distance et quelques passages paraissent volontairement opaques. Mais cette étrangeté constitue précisément sa singularité.

Troublant et profondément singulier, L’Inconnue utilise le fantastique pour questionner ce qui constitue une identité lorsque le corps ne correspond plus à celui que l’on pense être. Arthur Harari signe un film déroutant et élégant, porté par une Léa Seydoux remarquable, où le mystère devient progressivement une réflexion sur le désir, le regard et notre rapport à nous-mêmes.

The Dog Stars De Ridley Scott | Par Mark L. Smith, Christopher Wilkinson Avec Jacob Elordi, Margaret Qualley, Josh Brolin

Dans un futur proche où une pandémie sans nom a décimé la société américaine, Hig, un pilote vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ex-marine. Lorsqu’une transmission aléatoire passe par la radio de son Cessna 1956, la voix fait naître au plus profond du pilote l’espoir qu’une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé…

he Dog Stars permet à Ridley Scott de retrouver le territoire du récit post-apocalyptique, mais en privilégiant cette fois l’intime au spectaculaire. Adapté du roman de Peter Heller, le film envisage la fin du monde moins comme un terrain propice à l’action que comme une réflexion mélancolique sur la solitude, le deuil et cette capacité presque irrationnelle de l’être humain à continuer d’espérer.

Dans un futur proche, une pandémie a décimé une grande partie de la population américaine. Hig, pilote, survit sur une ancienne base aérienne du Colorado en compagnie de son chien et d’un ex-marine. Leur existence repose sur une organisation minutieuse et un périmètre qu’il serait imprudent de franchir. Jusqu’au jour où Hig capte, depuis la radio de son Cessna de 1956, une mystérieuse transmission. Quelques mots suffisent alors à faire renaître une possibilité qu’il avait progressivement cessé d’envisager : quelque part, au-delà de cet horizon devenu frontière, une autre vie existe peut-être encore.

Le scénario de Mark L. Smith et Christopher Wilkinson trouve son intérêt dans cette opposition entre survivre et vivre. Hig dispose d’un refuge et de règles susceptibles de le maintenir en vie. Ce qui lui manque est autrement plus difficile à préserver : une raison de continuer. La transmission devient dès lors moins une promesse qu’un moteur, celui qui pousse un homme profondément marqué par la disparition du monde à reprendre le risque de croire en quelque chose.

Ridley Scott exploite magnifiquement cette dimension contemplative. Les grands espaces américains ne sont pas uniquement synonymes de liberté. Ils deviennent le témoignage silencieux d’un monde vidé de ses habitants. La nature a repris possession des lieux tandis que chaque trace de civilisation semble appartenir à une époque déjà lointaine. Cette beauté contraste constamment avec la menace qui subsiste.

Jacob Elordi porte une grande partie du film sur ses épaules. Son Hig fonctionne davantage dans les silences et les regards que dans les démonstrations. Josh Brolin lui oppose une présence plus dure et pragmatique, incarnant cette conception de la survie où la prudence doit toujours l’emporter sur l’espoir. Margaret Qualley apporte quant à elle une autre tonalité au récit et participe à déplacer progressivement le film vers quelque chose de plus profondément humain.

La relation entre Hig et son chien constitue également un élément essentiel. Dans un univers où presque tout a disparu, cette présence animale représente à la fois une compagnie, un lien affectif et l’un des derniers fragments d’une existence normale. Le film évite heureusement d’en faire un simple ressort émotionnel.

Quelques longueurs apparaissent inévitablement dans cette approche volontairement contemplative. Ceux qui attendent de Ridley Scott un grand spectacle post-apocalyptique pourront être surpris par la retenue de l’ensemble. Mais cette lenteur participe aussi à l’identité du film.

Plus mélancolique que spectaculaire, The Dog Stars transforme la fin du monde en récit sur le besoin de recommencer à vivre. Ridley Scott signe une œuvre post-apocalyptique ample et intime, portée par les paysages, les silences et un Jacob Elordi particulièrement convaincant. Un film sur la survie, certes, mais surtout sur ce qui peut encore pousser un homme à regarder au-delà de l’horizon.

Tad l’explorateur et la lampe magique

Tad et Sara sont désormais les heureux parents d’Oli, une adorable et intrépide petite fille de deux ans.

Tad l’explorateur et la lampe magique poursuit les aventures de l’archéologue le plus maladroit du cinéma d’animation en élargissant considérablement son terrain de jeu. Voyage dans le temps, civilisations disparues et légendes des Mille et Une Nuits composent cette fois un récit particulièrement généreux, pensé comme une grande aventure familiale où le spectacle ne fait jamais oublier l’humour et l’émotion.

Tad et Sara sont désormais parents d’Oli, une petite fille de deux ans aussi adorable qu’intrépide. Cette nouvelle organisation familiale bouleverse cependant Momie, qui supporte difficilement de ne plus être au centre de toutes les attentions. Lors d’un séjour à Londres, la découverte de la légendaire Lampe Merveilleuse va lui offrir une occasion inattendue de retrouver sa gloire passée. Son souhait l’expédie dans le temps, obligeant Tad, Sara et leurs compagnons à partir à sa recherche avant que ses interventions ne bouleversent définitivement le cours de l’Histoire.

Le scénario utilise habilement cette mécanique temporelle pour renouveler une franchise qui repose depuis ses débuts sur les codes du cinéma d’aventure. La cité perdue de Païtiti, la Grèce antique ou encore l’univers d’Ali Baba et des Quarante Voleurs deviennent autant de terrains de jeu permettant d’enchaîner poursuites, catastrophes et découvertes.

Cette accumulation pourrait facilement transformer le film en succession mécanique de péripéties. Pourtant, une véritable continuité émotionnelle relie ces différentes étapes. Derrière son envie de retrouver sa jeunesse, Momie exprime surtout la peur très universelle de devenir moins important aux yeux de ceux que l’on aime. L’arrivée d’Oli permet ainsi au récit d’aborder avec simplicité la jalousie, la place de chacun au sein d’une famille et la difficulté d’accepter que les relations évoluent.

L’humour demeure naturellement au premier plan. Tad conserve sa maladresse légendaire et le film multiplie les situations burlesques sans chercher à complexifier inutilement son récit. Les plus jeunes devraient apprécier l’énergie permanente de l’aventure tandis que les nombreuses références historiques et mythologiques permettent aux adultes d’y trouver également leur compte.

Visuellement, ce nouvel épisode franchit encore un cap. Les changements d’époques offrent une belle diversité de décors et permettent à l’animation de passer constamment d’un univers à un autre. L’ensemble privilégie les couleurs, le mouvement et les grandes séquences spectaculaires, avec une ambition qui correspond bien à cette volonté d’offrir à Tad son aventure la plus importante.

Tout n’est évidemment pas d’une grande subtilité. Le rythme effréné laisse parfois peu de temps aux différentes périodes historiques pour véritablement exister et certains gags reposent sur des mécanismes déjà largement éprouvés dans les précédents films. Mais l’efficacité demeure.

Généreux, rythmé et particulièrement dépaysant, Tad l’explorateur et la lampe magique réussit à renouveler la franchise grâce à son voyage à travers le temps. Une aventure familiale spectaculaire et pleine d’humour, qui glisse derrière ses péripéties une jolie réflexion sur la famille, la jalousie et la peur de ne plus trouver sa place auprès de ceux que l’on aime.

Une affaire turque De Hüseyin Aydin Gürsoy | Par Ludovic du Clary, Hüseyin Aydin Gürsoy Avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün

Mathieu s’est éloigné de sa communauté turque pour grimper l’échelle sociale. Avocat déterminé, il travaille dur pour devenir associé dans un influent cabinet d’affaires parisien. L’irruption dans sa vie d’un jeune turc en situation précaire ayant besoin d’aide va le précipiter dans une affaire de corruption mettant en péril tout ce qu’il a bâti.

Une affaire turque inscrit le thriller judiciaire dans une réflexion plus intime sur l’ascension sociale, l’identité et le sentiment d’appartenance. Hüseyin Aydin Gürsoy construit autour d’une affaire de corruption le portrait d’un homme qui a méthodiquement organisé son existence pour s’éloigner de ses origines, jusqu’au jour où celles-ci reviennent brutalement bouleverser l’équilibre qu’il pensait avoir trouvé.

Mathieu est avocat dans un important cabinet d’affaires parisien. Ambitieux, déterminé à devenir associé, il s’est progressivement éloigné de la communauté turque dont il est issu pour intégrer un univers social régi par d’autres codes. L’arrivée d’un jeune Turc en situation précaire vient fissurer cette trajectoire parfaitement maîtrisée. En acceptant de lui venir en aide, Mathieu se retrouve entraîné dans une affaire de corruption dont les conséquences menacent sa carrière, sa réputation et les certitudes sur lesquelles il a construit sa réussite.

Le scénario cosigné par Ludovic du Clary et Hüseyin Aydin Gürsoy trouve sa principale force dans cette confrontation entre ambition individuelle et héritage collectif. L’enquête n’est jamais une simple mécanique policière : elle agit comme un révélateur. Chaque nouvelle découverte oblige Mathieu à reconsidérer ses choix et cette volonté d’effacement qui lui semblait jusque-là indispensable à son ascension.

Lionel Erdogan livre une interprétation particulièrement maîtrisée. Sans surjouer les dilemmes de son personnage, il laisse progressivement apparaître les failles derrière l’assurance de l’avocat. Cette retenue donne au parcours de Mathieu une crédibilité essentielle et permet au film d’éviter une opposition trop simpliste entre réussite professionnelle et fidélité à ses origines.

Charles Berling impose naturellement son autorité dans cet univers où pouvoir économique, influence et intérêts personnels se confondent. Metehan Aygün représente quant à lui le contrepoint nécessaire à Mathieu, rappelant constamment une réalité sociale que ce dernier avait appris à tenir à distance.

Hüseyin Aydin Gürsoy privilégie une réalisation sobre et précise. Les bureaux élégants du cabinet contrastent avec les autres espaces traversés au cours de l’enquête, matérialisant les différents mondes entre lesquels Mathieu évolue. Le cinéaste refuse la surenchère et installe une tension progressive, davantage fondée sur les rapports humains et les conséquences des choix du protagoniste que sur les artifices habituels du thriller.

Cette retenue constitue également la limite du film. Quelques passages auraient gagné à bénéficier d’une tension plus affirmée et certains ressorts de l’intrigue demeurent relativement conventionnels. Mais l’intérêt d’Une affaire turque se situe ailleurs : dans la manière dont une enquête extérieure vient provoquer une véritable crise intérieure.

Hüseyin Aydin Gürsoy signe un thriller social solide qui trouve sa singularité dans son questionnement sur l’identité, l’intégration et le prix de la réussite. Lionel Erdogan en constitue le véritable centre de gravité, donnant à ce dilemme moral une densité qui permet au film de dépasser les conventions du récit judiciaire.

Google Pixel Watch 5 (41 mm) Montre connectée – Noir/Bracelet Noir, Wi-FI

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Après plusieurs jours d’utilisation, cette Pixel Watch 5 m’a fait une très bonne impression. Le format 41 mm reste compact et agréable au poignet, tandis que l’écran bombé lui donne un aspect particulièrement élégant. Le modèle noir avec bracelet noir est sobre et passe facilement aussi bien avec une tenue quotidienne que plus habillée.

L’écran est lumineux, lisible et réactif. La navigation est fluide et l’interface est suffisamment intuitive pour retrouver rapidement les principales fonctions. Les notifications sont bien intégrées et la montre devient rapidement un complément pratique au smartphone.

La partie santé et activité physique est particulièrement complète. Le suivi des activités, des données quotidiennes et des différentes statistiques permet d’avoir une vision assez claire de son activité au fil de la journée. J’apprécie surtout la présentation des informations, qui reste accessible sans donner l’impression d’être noyé sous les données.

L’intégration de Gemini apporte également un vrai plus pour effectuer certaines actions directement depuis la montre. C’est le genre de fonction qui devient intéressante au quotidien lorsque l’on veut obtenir rapidement une information sans sortir son téléphone.

Le bracelet est confortable et la montre reste agréable à porter plusieurs heures. Comme souvent avec les montres connectées très complètes, l’autonomie dépend beaucoup des fonctions activées et de l’intensité d’utilisation.

Une montre réussie, avec un très bel écran, une interface fluide et des fonctions particulièrement complètes. Elle prend tout son sens si l’on utilise déjà l’écosystème Google et que l’on recherche une montre à la fois discrète, élégante et polyvalente.

Le miroir et l’éventail de Floriane Soulas

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Hanabi finance sa vie de lycéenne à Tokyo grâce à des pouvoirs de localisation. Elle a été exclue de sa famille dix ans plus tôt après avoir perdu l’essentiel de sa magie

Le Miroir et l’Éventail entraîne le lecteur dans un Japon contemporain où traditions ancestrales, créatures mythologiques et magie cohabitent dans l’ombre. Floriane Soulas construit une fantasy teintée de mystère qui puise avec efficacité dans le folklore japonais tout en plaçant les relations familiales au cœur de son intrigue.

Hanabi vit à Tokyo, loin de sa famille d’exorcistes qui l’a rejetée depuis qu’elle a perdu l’essentiel de ses pouvoirs. La disparition de sa sœur Atsumo bouleverse pourtant cet équilibre fragile. Rappelée au Sanctuaire pour prendre sa place lors des Épreuves destinées à désigner le prochain chef du conseil magique, elle retourne malgré elle dans un univers auquel elle pensait ne plus appartenir.

Sur l’île d’Enoshima, la compétition se double rapidement d’une enquête. Tandis que des démons menacent l’équilibre du monde magique, Hanabi tente de comprendre ce qui est arrivé à sa sœur. Cette quête la contraint également à affronter les blessures de son passé et une famille dont les secrets se dévoilent progressivement.

L’univers constitue l’une des grandes forces du roman. Floriane Soulas s’inspire de la mythologie et du folklore japonais pour créer un monde foisonnant sans perdre le lecteur sous les explications. Les créatures, les rituels et les différents pouvoirs s’intègrent naturellement au récit et donnent aux Épreuves une dimension aussi spectaculaire qu’inquiétante.

Mais derrière la fantasy se dessine surtout le portrait d’une jeune femme qui doit retrouver sa place. Hanabi est une héroïne marquée par le rejet et le sentiment d’avoir perdu ce qui faisait sa valeur aux yeux des autres. Son évolution apporte une dimension émotionnelle bienvenue à une intrigue dominée par les secrets, les rivalités et les dangers surnaturels.

Entre quête familiale, compétition magique et exploration du folklore japonais, Le Miroir et l’Éventail offre une aventure immersive et dépaysante. Une fantasy riche en mystères, portée par une héroïne attachante et un univers qui donne envie de prolonger le voyage au-delà de la dernière page.