Bienvenue dans cette dystopie cyberpunk ! Vous êtes à Moscou, ravagé par les gangs et les cyborgs.
Kumo Kagyu poursuit son exploration d’un Moscou alternatif avec un quatrième tome qui plonge encore davantage Danila Kouraguine dans les rouages politiques et criminels d’une Union soviétique qui n’a jamais disparu. Dans cet univers où la guerre froide dure depuis deux siècles, les rues appartiennent aux gangs, aux cyborgs et à ceux qui disposent de suffisamment de puissance pour imposer leurs propres règles.
Au milieu de cette débauche technologique, Danila reste une anomalie. Le jeune nettoyeur ne possède aucune greffe mécanique et continue d’utiliser un pistolet-mitrailleur qui semble appartenir à une autre époque. Une apparente faiblesse dans un monde où chacun améliore son corps pour survivre, mais aussi ce qui contribue à rendre le personnage aussi singulier.
Cette fois, la mission dépasse largement les contrats auxquels il est habitué. Un officier soviétique envisage de passer à l’Ouest en emportant avec lui un secret militaire. Danila reçoit une proposition aussi simple à formuler que dangereuse à exécuter : éliminer l’homme avant qu’il puisse transmettre ce qu’il sait.
Le problème est que cet officier connaît Stasia. La jeune femme se retrouve donc directement impliquée dans une affaire qui pourrait rapidement la dépasser. Pour Danila, le choix devient presque inexistant : s’il veut la protéger, il doit accepter une mission dont il sait parfaitement qu’elle n’est pas destinée à un simple nettoyeur.
Cette dimension personnelle renforce efficacement les enjeux du tome. Danila n’agit plus uniquement pour remplir un contrat ou assurer sa propre survie. Protéger Stasia lui donne quelque chose à perdre, ce qui rend chacune de ses décisions beaucoup plus dangereuse.
Le manga continue parallèlement d’exploiter avec efficacité son uchronie cyberpunk. Imaginer une Union soviétique ayant survécu jusqu’en 2160 permet de mélanger les symboles et les tensions hérités de la guerre froide avec les codes classiques du genre : augmentation mécanique, violence urbaine, surveillance, trafics et corps transformés par la technologie.
Danila offre justement un contrepoint intéressant à cet univers. Entouré d’hommes équipés de prothèses et d’armures, il reste presque entièrement humain. Sa vulnérabilité oblige le personnage à compter davantage sur son expérience, son instinct et sa capacité à anticiper les dangers que sur une supériorité technologique.
Ce quatrième tome accentue également l’impression d’un monde où la frontière entre pouvoir politique et criminalité devient particulièrement fragile. Espionnage, secrets militaires, défection et assassinat se mélangent aux affaires des rues, tandis que Danila découvre qu’accepter un contrat peut suffire à se retrouver au centre d’enjeux qui le dépassent complètement.
L’atmosphère reste l’une des grandes forces de Moscow 2160. Ce futur n’a rien d’une promesse de progrès. Les technologies se perfectionnent, les corps peuvent être améliorés, mais la société demeure enfermée dans les mêmes logiques de violence, de contrôle et de confrontation.
Kumo Kagyu développe ainsi un héros presque anachronique au milieu d’un futur saturé de machines. Et plus les adversaires deviennent puissants, plus l’absence d’améliorations mécaniques de Danila renforce paradoxalement son identité.
Un quatrième tome sombre et nerveux qui mêle efficacement cyberpunk, espionnage et uchronie. En plaçant Stasia au cœur d’une mission impliquant un officier prêt à passer à l’Ouest et un secret militaire, Kumo Kagyu fait monter les enjeux tout en renforçant la dimension humaine de Danila. Dans ce Moscou de 2160 où presque tout le monde cherche à devenir plus qu’humain, le personnage le plus dangereux pourrait bien rester celui qui refuse encore de devenir une machine.
ASIN : B0GXDPB2VW Éditeur : Kurokawa Date de publication : 3 septembre 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 201 pages ISBN-13 : 979-1042021634
