L’Invitation De Olivia Wilde | Par Rashida Jones, Will McCormack Avec Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz

Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.

L’Invitation transforme un simple dîner entre voisins en jeu de massacre conjugal. Olivia Wilde part d’une situation volontairement ordinaire pour observer ce qui se produit lorsque des inconnus pénètrent dans l’intimité d’un couple et commencent, presque sans effort, à faire vaciller tout ce qu’il pensait solide.

Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à partager un dîner. La soirée commence sous le signe de la politesse et de la curiosité. On fait connaissance, on échange quelques banalités, on observe discrètement ceux que l’on vient de rencontrer. Mais les conversations deviennent rapidement plus personnelles et les frontières entre confidence, provocation et séduction de plus en plus difficiles à distinguer.

Le scénario de Rashida Jones et Will McCormack exploite intelligemment cette progression. Il ne s’agit pas seulement de découvrir qui sont réellement ces voisins, mais de comprendre pourquoi leur présence produit un tel bouleversement chez Angela et Joe. Les invités deviennent progressivement des révélateurs des frustrations et des désirs que le couple avait appris à ne plus regarder.

La table du dîner constitue ainsi un véritable terrain de confrontation. Une question apparemment anodine suffit à créer un silence. Une plaisanterie change soudainement l’atmosphère. Un regard dure quelques secondes de trop. Le film trouve ses meilleurs moments dans ces petits déplacements, lorsque personne n’a encore ouvertement franchi la ligne mais que chacun comprend qu’elle est dangereusement proche.

Seth Rogen excelle dans ce registre du malaise. Joe tente désespérément de conserver une maîtrise qu’il perd progressivement, et l’acteur sait parfaitement exploiter les silences gênants, la jalousie et cette mauvaise foi qui apparaît lorsqu’un personnage se sent menacé.

Olivia Wilde donne davantage de nuances à Angela. Derrière l’apparente stabilité du personnage se dessine progressivement une femme intriguée par ce que cette rencontre révèle de sa propre existence. Le film évite ainsi de désigner un responsable unique de la crise : chacun arrive à cette soirée chargé de frustrations que les autres ne font finalement que mettre au jour.

Penélope Cruz possède quant à elle cette présence immédiatement magnétique qui convient parfaitement au dispositif. Son personnage entretient constamment l’ambiguïté et contribue à installer une tension où le désir devient aussi important que les dialogues.

La réalisation privilégie logiquement le huis clos et la proximité. À mesure que les masques tombent, l’appartement paraît se resserrer autour des personnages. Les regards et les positions autour de la table deviennent presque aussi importants que les paroles. Olivia Wilde comprend que, dans ce type de comédie, le malaise naît souvent moins de ce qui est dit que de la réaction de celui qui vient de l’entendre.

Le film fonctionne également parce qu’il ne transforme pas ses mystérieux voisins en unique source du problème. Ils ne détruisent pas un couple parfaitement heureux : ils révèlent des fissures déjà présentes. Derrière les provocations se pose alors une question beaucoup moins légère : combien de certitudes conjugales continuent d’exister uniquement parce que personne n’est venu les remettre en cause ?

Quelques situations poussent le dispositif jusqu’à la caricature et l’escalade perd parfois la subtilité des premiers échanges. Mais l’efficacité des dialogues et la complémentarité du casting permettent au film de conserver son rythme.

Piquante, drôle et volontairement inconfortable, L’Invitation utilise un dîner entre voisins pour disséquer les certitudes d’un couple. Olivia Wilde signe une comédie adulte où le malaise, le désir et les non-dits deviennent progressivement plus explosifs que n’importe quelle dispute. Seth Rogen excelle dans la gêne, tandis que Penélope Cruz apporte au récit une ambiguïté particulièrement savoureuse. Un huis clos mordant qui rappelle qu’il suffit parfois d’inviter les mauvaises personnes à dîner pour commencer à regarder autrement toute sa vie.

Histoires De La Nuit De Léa Mysius | Par Léa Mysius Avec Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

Histoires De La Nuit installe d’abord son récit dans une apparente tranquillité rurale avant de la fissurer progressivement. Léa Mysius transforme une ferme isolée, une fête d’anniversaire et quelques visiteurs inattendus en matière à un thriller intime où la menace extérieure finit surtout par révéler ce que les personnages tentaient de maintenir enfoui.

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent à l’écart du monde. Leur seule voisine est Cristina, une peintre italienne. Ce quotidien retiré semble avoir trouvé son équilibre jusqu’à l’organisation d’une soirée surprise pour l’anniversaire de Nora. Mais tandis que les préparatifs avancent, trois hommes commencent à rôder autour de la propriété. Leur présence devient de plus en plus inquiétante jusqu’à ce qu’ils s’invitent à la fête.

À partir de cette intrusion, le film joue intelligemment sur deux formes de menace. Il y a d’abord celle, immédiatement identifiable, de ces inconnus dont les intentions restent difficiles à cerner. Puis une autre, beaucoup plus intime, apparaît : celle des secrets que leur arrivée oblige les habitants de la ferme à affronter.

Léa Mysius utilise parfaitement l’isolement du décor. La campagne, qui pouvait initialement représenter un refuge, devient progressivement un piège. La nuit efface les repères, les distances prennent une autre dimension et l’absence de voisinage renforce la sensation que les personnages ne pourront compter que sur eux-mêmes.

La réalisatrice préfère installer le malaise plutôt que provoquer artificiellement la peur. Un bruit extérieur, une silhouette aperçue au loin ou un comportement légèrement inhabituel suffisent à modifier l’atmosphère. Le spectateur est placé dans une situation d’incertitude permanente : quelque chose menace cette famille, mais il reste difficile de déterminer si le danger vient réellement de l’extérieur.

Hafsia Herzi trouve en Nora un personnage particulièrement complexe. À mesure que la soirée avance, son interprétation laisse apparaître différentes couches d’une femme dont le présent semble construit sur des éléments du passé qu’elle préférerait ne pas voir ressurgir. Son jeu contenu renforce efficacement l’ambiguïté du récit.

Benoît Magimel apporte à Thomas une présence plus massive mais tout aussi trouble. Derrière l’image du couple installé se dessinent progressivement des tensions et des non-dits qui donnent une autre lecture aux événements. Bastien Bouillon s’inscrit parfaitement dans cet univers où chaque personnage semble susceptible de posséder une partie de la vérité sans jamais la révéler complètement.

La fête d’anniversaire constitue un excellent dispositif dramatique. Elle devrait célébrer Nora, mais devient au contraire le moment où son existence menace de se désagréger. Les invités, les conversations et les apparences sociales empêchent dans un premier temps la violence d’éclater ouvertement. Lorsque les trois hommes franchissent finalement la frontière de la propriété, l’espace intime ne peut plus être protégé.

Léa Mysius travaille également sur la manière dont le passé contamine le présent. Les secrets ne sont jamais de simples informations destinées à provoquer un retournement de situation. Ils modifient progressivement notre perception des personnages et obligent à reconsidérer ce que nous pensions avoir compris de cette famille.

Le film peut parfois pousser assez loin cette volonté d’entretenir le mystère. Certaines informations sont volontairement retenues et le rythme prend le temps d’installer ses personnages avant de faire véritablement basculer la soirée. Mais cette lenteur participe à la sensation d’étouffement qui gagne progressivement le récit.

La nuit devient finalement bien davantage qu’un décor. Elle permet aux identités de se brouiller, aux souvenirs de revenir et aux comportements que la lumière du jour maintenait sous contrôle de se révéler.

Troublant, tendu et remarquablement atmosphérique, Histoires De La Nuit transforme une fête d’anniversaire en lente implosion familiale. Léa Mysius joue habilement sur la frontière entre menace extérieure et violence intime, utilisant l’isolement de la campagne pour enfermer progressivement ses personnages dans leurs propres secrets. Hafsia Herzi impressionne par la retenue de son interprétation, tandis que Benoît Magimel et Bastien Bouillon renforcent l’ambiguïté d’un récit où la véritable menace n’est pas forcément celle que l’on aperçoit rôder dans la nuit.

Resident Evil De Zach Cregger | Par Zach Cregger, Shay Hatten Avec Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry

Bryan, coursier médical, s’engage dans une course effrénée pour survivre, alors qu’autour de lui le monde s’enfonce dans un chaos total.

Resident Evil revient au cinéma sous la direction de Zach Cregger et choisit de repartir sur des bases radicalement différentes. Plutôt que de reproduire une nouvelle fois les précédentes adaptations, le film privilégie une expérience de survie nerveuse et horrifique, centrée sur un personnage ordinaire brutalement projeté au cœur d’un monde qui s’effondre.

Bryan est coursier médical. Rien ne le destine à devenir un héros. Alors qu’il effectue son travail, une situation apparemment ordinaire bascule progressivement dans le chaos. Les rues deviennent dangereuses, les repères disparaissent et survivre quelques minutes supplémentaires devient bientôt son unique objectif.

Cette simplicité constitue l’une des bonnes idées du film. Bryan n’est ni militaire ni spécialiste des armes. Il ne possède aucune connaissance particulière lui permettant de comprendre immédiatement ce qui se déroule autour de lui. Le spectateur découvre donc la catastrophe en même temps que lui, à hauteur d’homme, dans une confusion qui participe directement à la tension.

Zach Cregger exploite intelligemment cette perte de contrôle. Après Barbarian et Weapons, le cinéaste retrouve son goût pour les ruptures de ton, les situations imprévisibles et une horreur capable de surgir là où on ne l’attend pas. L’univers de Resident Evil lui offre un terrain particulièrement adapté à cette approche.

Austin Abrams porte une grande partie du récit. Son Bryan fonctionne précisément parce qu’il n’a rien du héros d’action traditionnel. La peur, l’épuisement et les mauvaises décisions participent à sa crédibilité. Paul Walter Hauser et Zach Cherry apportent quant à eux cette étrangeté et ce décalage qui permettent au film de ne jamais devenir une simple succession de courses-poursuites.

Le scénario signé Zach Cregger et Shay Hatten comprend surtout que Resident Evil fonctionne lorsqu’il donne l’impression que chaque porte ouverte peut cacher une nouvelle menace. Les espaces confinés, les bâtiments abandonnés et les zones plongées dans l’obscurité permettent de renouer avec une véritable logique de survival horror.

L’action reste importante, mais elle n’écrase pas complètement la peur. Le film préfère régulièrement ralentir, isoler son personnage et laisser le spectateur anticiper ce qui pourrait surgir. Cette alternance entre accélérations brutales et moments de silence donne davantage de poids aux confrontations.

Le long-métrage joue naturellement sur l’imaginaire de la franchise sans faire de la référence permanente sa seule raison d’être. L’objectif semble moins de reproduire mécaniquement une aventure connue des joueurs que de retrouver une sensation fondamentale : avancer dans un environnement hostile sans savoir précisément ce qui attend au prochain détour.

Cette volonté n’empêche pas quelques excès. Le chaos prend parfois le dessus sur l’atmosphère et certaines séquences plus spectaculaires s’éloignent de l’efficacité des passages les plus resserrés. Mais le film retrouve rapidement son énergie lorsqu’il revient à Bryan et à sa vulnérabilité.

C’est finalement cette échelle humaine qui permet à cette nouvelle incarnation de trouver sa personnalité. Derrière les créatures et l’effondrement du monde, Resident Evil redevient avant tout une histoire de survie.

Brutal, tendu et généreux dans son approche horrifique, Resident Evil trouve une nouvelle énergie en revenant à l’essence du survival horror. Zach Cregger privilégie la vulnérabilité d’un homme ordinaire à la surenchère héroïque et installe une menace capable de surgir à chaque instant. Austin Abrams fonctionne parfaitement dans ce registre, donnant au chaos une dimension beaucoup plus immédiate. Une relance efficace de la franchise, plus intéressée par la peur de survivre que par la simple accumulation de références.

L’Affaire du carré de Geoffrey Le Guilcher

Un cold case redoutable : en 1995, un producteur exécuté de quatre balles formant un carré parfait ; en 2025, la mort de sa fille. Trente ans d’écart, un même mystère. Entre passé irrésolu et enquête sous tension, un suspense haletant.

Geoffrey Le Guilcher construit un thriller à double temporalité autour de deux morts séparées par trente ans et d’un détail suffisamment troublant pour transformer une ancienne affaire criminelle en énigme toujours vivante. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, producteur de cinéma, est retrouvé exécuté de quatre balles dans la nuque, disposées en un carré parfait. Le meurtrier ne sera jamais identifié.

Exactement trente ans plus tard, le 6 mai 2025, sa fille Ana disparaît. Un mois passe avant que son corps ne soit découvert au fond d’un puits dans la forêt de Meudon. Deux générations d’une même famille sont désormais frappées par la mort. Coïncidence, vengeance ou prolongement d’une histoire commencée trois décennies auparavant ?

La famille Vitali se tourne vers Emma Voldor, rédactrice en chef du journal True Crime. La particularité de cette rédaction est passionnante : reprendre les affaires non résolues et les raconter avec les méthodes narratives du roman policier, dans l’espoir de regarder autrement des dossiers sur lesquels les enquêteurs se sont parfois cassé les dents.

Emma s’entoure notamment de la romancière Zema Adame et du journaliste Jed Jarzinski. Ce dernier possède une capacité particulière à reconstruire les raisonnements criminels, jusqu’à se projeter dans l’esprit d’un meurtrier comme pourrait le faire un profileur. Une qualité précieuse lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi quatre balles ont été disposées selon une géométrie aussi précise.

Mais la nouvelle affaire Vitali pose immédiatement un problème. L’équipe travaille normalement sur des cold cases. Or la mort d’Ana fait l’objet d’une enquête en cours. En cherchant à résoudre le meurtre de Joseph, les journalistes risquent donc d’interférer avec les investigations présentes. La frontière entre raconter une affaire et devenir soi-même enquêteur commence alors dangereusement à s’effacer.

C’est l’un des aspects les plus intéressants du roman. Geoffrey Le Guilcher ne se contente pas d’utiliser le journalisme comme prétexte à une enquête parallèle : il interroge la place de ceux qui racontent le crime. Jusqu’où un journaliste peut-il aller pour rechercher la vérité ? Que faire lorsqu’une information susceptible de résoudre une vieille affaire peut également bouleverser une procédure judiciaire actuelle ?

La construction autour des deux époques entretient efficacement le suspense. Chaque découverte concernant 1995 peut modifier la lecture des événements de 2025, tandis que la mort d’Ana oblige à reconsidérer tout ce que l’on croyait savoir sur celle de son père. Le passé n’est jamais véritablement refermé : il attend simplement qu’un nouvel élément vienne le réveiller.

Le mystérieux carré devient naturellement le symbole de cette enquête. Sa précision laisse difficilement croire à un geste improvisé. Derrière cette signature se cache une intention qu’il faut parvenir à comprendre, et le lecteur est entraîné dans le même jeu de déduction que les journalistes.

L’univers du cinéma apporte également une dimension supplémentaire au mystère. Joseph Vitali était producteur, et son assassinat conduit nécessairement à explorer un milieu où ambitions, relations professionnelles et secrets personnels peuvent fournir autant de pistes. Mais trente années ont passé : les souvenirs se déforment, les témoins disparaissent et ceux qui restent ne disent pas nécessairement toute la vérité.

Geoffrey Le Guilcher associe ainsi efficacement enquête criminelle, journalisme et mécanique du cold case. L’intérêt ne repose pas uniquement sur l’identité du coupable, mais sur la manière dont une affaire ancienne peut continuer à contaminer le présent et sur les conséquences de la recherche obstinée d’une vérité longtemps enfouie.

Un thriller particulièrement prenant, construit autour d’un mystère simple en apparence mais redoutablement efficace : deux morts, trente ans d’écart et une histoire qui refuse de rester enterrée. Entre enquête journalistique, secrets familiaux et dossier irrésolu, L’Affaire du carré rappelle qu’un cold case n’est jamais complètement froid tant que quelqu’un cherche encore à comprendre ce qui s’est réellement passé.

9782749960760
404 pages
10/09/2026

Fête de l’Humanité 2026 : Louane et Soprano en apothéose d’un week-end de concerts

Pendant trois jours, du 11 au 13 septembre, la Base 217 de Brétigny-sur-Orge et du Plessis-Pâté a une nouvelle fois changé de visage. Pour sa 91e édition, la Fête de l’Humanité a déployé ce qui fait depuis toujours sa singularité : des débats, des rencontres, des centaines de stands, mais surtout une programmation musicale capable de faire cohabiter rap, chanson française, rock, reggae, musiques du monde et électro.

Avec plus de soixante concerts répartis sur plusieurs scènes, impossible évidemment de tout voir. La Fête de l’Huma impose de choisir, de courir parfois d’un bout à l’autre du site, mais aussi de se laisser surprendre. La musique ne se limite d’ailleurs jamais aux grandes scènes : elle déborde dans les allées, surgit des stands et accompagne presque constamment les déplacements du public.

Samedi : une programmation sans frontières

Le samedi 12 septembre concentrait à lui seul une impressionnante diversité avec UB40, The Avener, Oxmo Puccino, Gauvain Sers, Yuri Buenaventura, Étienne de Crécy, Naza, Suzane, Théa ou encore Perceval. Une affiche qui résume parfaitement la philosophie musicale de la Fête : refuser les frontières entre les genres et les générations.

Avec Yuri Buenaventura, la fête prend des couleurs latines. Le chanteur colombien possède cette capacité à transformer un concert en célébration collective. Les cuivres, les percussions et la chaleur de la salsa contrastent avec l’immensité de l’ancienne base aérienne. Le public danse et la musique fait rapidement oublier les kilomètres parcourus entre les différentes scènes.

Changement d’atmosphère avec Oxmo Puccino. Ici, les mots reprennent le dessus. Le rappeur cultive depuis longtemps une approche presque littéraire du hip-hop français. Là où certains concerts cherchent l’explosion immédiate, Oxmo privilégie la présence, le texte et cette manière si particulière de raconter des histoires en musique.

UB40 joue quant à lui pleinement la carte du partage. Son reggae rassemble plusieurs générations devant la scène et certains refrains sont repris presque instinctivement par la foule. Un concert qui apporte aussi une touche de nostalgie bienvenue au milieu d’une programmation très contemporaine.

Puis vient l’autre visage du samedi : celui de la nuit.

La musique électronique occupe une place importante avec Étienne de Crécy et The Avener, avant que la fête ne prenne des allures de gigantesque club à ciel ouvert. Perceval, Belaria, Vel ou encore Chippy Nonstop font progressivement grimper les BPM et transforment une partie de la Base 217 en véritable dancefloor.

La nuit résume alors à elle seule l’identité musicale de la Fête de l’Huma : on peut quitter un concert de reggae, entendre quelques minutes de rap, traverser un stand où joue une fanfare et terminer devant un set techno.

Dimanche : Louane et Soprano au cœur de la dernière journée

Après l’intensité du samedi soir, le dimanche aurait pu ressembler à une longue descente. Il n’en est rien. Les Wampas, Oumou Sangaré, Kery James, Zoufris Maracas ou encore Superbus se succèdent, mais deux noms concentrent particulièrement l’attention sur la grande scène Angela Davis : Louane et Soprano.

Louane, la pop dans ce qu’elle a de plus fédérateur

À 17 heures, Louane s’installe devant un public particulièrement nombreux. Sa présence constitue l’un des grands rendez-vous de cette édition 2026 et permet aussi de mesurer le chemin parcouru par une artiste devenue, en un peu plus d’une décennie, l’un des visages incontournables de la pop française.

Dans l’immensité de la Fête de l’Huma, Louane parvient pourtant à conserver ce qui constitue l’une de ses principales forces : la proximité.

Sa voix immédiatement identifiable et son répertoire trouvent un écho particulier auprès d’un public très large. Adolescents, jeunes adultes, parents et festivaliers plus âgés se retrouvent devant la même scène. Les générations se mélangent et les chansons sont reprises par une foule qui n’est pas nécessairement venue uniquement pour elle.

C’est précisément ce qui rend sa présence intéressante ici. Louane ne cherche pas à transformer son passage en démonstration. Elle s’appuie sur les chansons, l’émotion et cette relation directe avec le public qui accompagne sa carrière depuis ses débuts.

Au milieu d’un festival où les styles se télescopent en permanence, cette parenthèse pop apporte un moment plus lumineux et rassembleur. Louane réussit surtout ce qui n’est jamais évident sur une scène de cette dimension : créer de l’intimité au milieu de plusieurs milliers de personnes.

Un véritable temps fort du dimanche.

Soprano, le grand rassemblement final

Quelques heures plus tard, la foule converge à nouveau vers la scène Angela Davis.

Cette fois, c’est Soprano qui a la responsabilité particulière de refermer cette 91e Fête de l’Humanité.

Et difficile d’imaginer artiste plus adapté à l’exercice.

Depuis ses débuts, Soprano a construit une grande partie de son succès sur sa capacité à abolir les distances avec le public. Son répertoire, quelque part entre rap et pop, est devenu au fil des années une véritable machine à fédérer.

À la Fête de l’Huma, cette dimension prend naturellement une ampleur supplémentaire.

Après trois journées de concerts, de rencontres et de kilomètres parcourus dans les allées de la Base 217, le public trouve encore suffisamment d’énergie pour ce dernier grand rendez-vous. Les refrains circulent dans la foule, les bras se lèvent et la fatigue semble momentanément disparaître.

Soprano ne clôture donc pas simplement une série de concerts. Il transforme les dernières heures du festival en rassemblement populaire.

C’est là toute la différence.

Sa musique touche un public particulièrement large, du spectateur venu pour le rap aux familles présentes sur le site. Cette faculté à réunir différentes générations correspond finalement assez bien à l’ADN de la Fête de l’Humanité.

À mesure que le concert avance, une impression domine : personne n’a vraiment envie que le week-end se termine.

Et lorsque vient le moment des derniers morceaux, la scène Angela Davis offre l’une de ces images que l’on associe immédiatement aux grands festivals : une foule compacte, des milliers de voix et un artiste qui n’a plus réellement besoin de chanter seul ses refrains.

Après Louane en fin d’après-midi, Soprano offre ainsi au dimanche son autre grand moment populaire et surtout une conclusion à la hauteur du week-end.

Une fête qui dépasse largement ses scènes

Louane et Soprano auront été deux des visages les plus fédérateurs de ce dimanche, mais réduire la Fête de l’Humanité à ses têtes d’affiche serait passer à côté de ce qui la rend unique.

Entre deux concerts, il y a les centaines de stands, les fanfares, les discussions, les petits concerts, les odeurs de cuisine et ces musiques qui surgissent sans prévenir. Quelques mètres suffisent parfois pour changer complètement d’univers.

C’est cette liberté qui distingue encore la Fête de l’Huma de nombreux festivals traditionnels. On peut venir pour une tête d’affiche et repartir avec le souvenir d’un artiste découvert par hasard.

De l’énergie électronique du samedi soir à la pop de Louane, du reggae d’UB40 aux mots d’Oxmo Puccino et Kery James, jusqu’au grand rassemblement final emmené par Soprano, l’édition 2026 aura constamment changé de couleur.

Mais ce dimanche aura peut-être offert l’image la plus évidente de ce que la Fête sait encore provoquer : Louane pour réunir, Soprano pour faire chanter, et des milliers de festivaliers pour transformer deux concerts en véritables moments collectifs.

À la Fête de l’Huma, la musique n’est décidément jamais seulement sur scène. Elle est partout.

L’âge de cristal de Frantz Duchazeau

Pierre, une dizaine d’années, grandit paisiblement dans une petite ville aux côtés de ses parents et de son grand frère. Mais le couple parental montre des signes de fragilité, tandis que le monde autour de lui semble en pleine mutation. Pierre s’interroge alors sur le passé mystérieux de sa mère, sur la cruauté de certains camarades, sur ce grand père qu’il n’a jamais connu… Sur la vie, tout simplement.

Frantz Duchazeau choisit de regarder le monde à hauteur d’enfant, à travers Pierre, une dizaine d’années, qui grandit dans une petite ville auprès de ses parents et de son grand frère. Une existence apparemment ordinaire, faite d’école, de famille et de découvertes, mais dans laquelle apparaissent peu à peu des fissures que le garçon ne sait pas encore complètement interpréter.

Le couple formé par ses parents semble se fragiliser. Pierre perçoit les tensions sans nécessairement en comprendre les causes, comme souvent lorsque les enfants surprennent les silences et les inquiétudes des adultes. Dans le même temps, d’autres interrogations apparaissent : pourquoi sa mère semble-t-elle cacher une partie de son passé ? Qui était réellement ce grand-père qu’il n’a jamais connu ? Et pourquoi certains camarades peuvent-ils se montrer aussi cruels ?

L’enfance devient ici un âge où l’on commence à comprendre que les adultes possèdent eux aussi leurs secrets, leurs blessures et leurs contradictions. Pierre observe, questionne et tente de construire des réponses avec les éléments dont il dispose. Le monde qui semblait jusque-là relativement simple devient progressivement plus difficile à déchiffrer.

Frantz Duchazeau ne cherche pas à multiplier les grands événements. Il s’intéresse davantage aux détails, aux sensations et à ces moments apparemment insignifiants qui peuvent pourtant marquer durablement une enfance. Une remarque, un regard ou une conversation entendue à moitié suffit parfois à bouleverser la perception que Pierre possède de sa famille.

Le mystère entourant sa mère et ce grand-père absent apporte une profondeur supplémentaire au récit. Le passé familial s’invite dans le présent et pousse le garçon à comprendre que notre histoire commence bien avant notre naissance. Certaines blessures se transmettent silencieusement d’une génération à l’autre, même lorsque personne ne prend le temps de les expliquer.

La cruauté des autres enfants participe également à cette perte progressive de l’innocence. L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage : elle devient l’un des premiers espaces où Pierre découvre les rapports de force, la différence et la violence que les autres peuvent exercer presque naturellement.

Le dessin joue un rôle essentiel dans cette exploration. Frantz Duchazeau utilise pleinement les possibilités de la bande dessinée pour traduire les émotions et les perceptions de son jeune héros. Ce que Pierre imagine, ressent ou redoute possède parfois autant d’importance que ce qui se produit réellement. Le regard enfantin transforme ainsi le quotidien et donne au récit sa sensibilité particulière.

Le titre prend alors tout son sens. L’enfance peut ressembler à du cristal : lumineuse, précieuse, mais également fragile. Pierre se trouve précisément à cet instant où les premières certitudes commencent à se briser et où le monde des adultes cesse progressivement d’apparaître comme un espace parfaitement maîtrisé.

Sans nostalgie excessive ni dramatisation artificielle, Frantz Duchazeau raconte ainsi la découverte progressive de la complexité de la vie. Grandir signifie apprendre que ses parents ne possèdent pas toutes les réponses, que les familles ont leurs secrets et que le monde peut être aussi beau que cruel.

Un album délicat et profondément humain sur cet âge fragile où l’on quitte peu à peu l’innocence sans avoir encore totalement rejoint le monde des adultes. Frantz Duchazeau restitue avec beaucoup de finesse les questions, les blessures et les découvertes qui façonnent silencieusement une enfance.

Éditeur ‏ : ‎ Robinson Date de publication ‏ : ‎ 16 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2017265667 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2017265665

Guerre de Eoin Colfer (Avec la contribution de), Andrew DONKIN (Avec la contribution de), Giovanni Rigano (Dessins)

La guerre éclate dans le pays où vivent Kat et sa famille. Du jour au lendemain, la ville est occupée par les opposants. Kat, une adolescente de 14 ans passionnée de graffiti, voit sa vie bouleversée lorsque son père est arrêté sans motif par les forces d’occupation. Refusant de fuir avec sa mère et sa sœur, elle décide de rester clandestinement dans la ville en guerre pour tenter de le sauver.

Eoin Colfer, Andrew Donkin et Giovanni Rigano s’intéressent à la guerre non pas à travers les grandes batailles ou les stratégies militaires, mais à hauteur de celles et ceux qui la subissent. Kat a 14 ans, aime le graffiti et mène une existence ordinaire jusqu’au jour où le conflit s’installe brutalement dans son pays. En quelques heures, les rues familières deviennent un territoire occupé et les certitudes du quotidien disparaissent.

Lorsque son père est arrêté sans véritable motif par les forces d’occupation, Kat refuse de quitter la ville avec sa mère et sa sœur. Elle choisit de rester clandestinement dans l’espoir de le retrouver. Ce choix transforme l’adolescente en résistante presque malgré elle. Il ne s’agit pas pour elle d’accomplir un geste héroïque ou de défendre une idéologie : elle veut simplement sauver son père.

Cette motivation intime donne toute sa force au personnage. Kat connaît la peur, prend des risques et doit apprendre à évoluer dans une ville où chaque déplacement peut devenir dangereux. Son goût pour le graffiti prend également une autre dimension lorsque l’expression personnelle se confronte à un monde qui cherche à contrôler les rues, les corps et les paroles.

En parallèle, les auteurs suivent Adam, jeune soldat enrôlé de force dans cette guerre qu’il comprend à peine. Ce second regard empêche le récit de se limiter à une opposition trop confortable entre victimes et combattants. Adam porte un uniforme, mais il reste lui aussi prisonnier d’une situation décidée par d’autres.

Kat et Adam se trouvent ainsi de part et d’autre du conflit tout en partageant une même absence de choix. L’une voit son existence détruite par l’occupation ; l’autre est contraint de participer à une violence dont il peine à saisir le sens. Cette construction permet d’interroger la manière dont la guerre transforme les individus avant même qu’ils aient eu le temps de comprendre pourquoi elle a commencé.

Le récit s’intéresse particulièrement aux conséquences concrètes du conflit : familles séparées, peur permanente, arrestations arbitraires, perte des repères et nécessité de survivre. La guerre n’est jamais une abstraction. Elle envahit les maisons, les rues et les relations humaines.

Le dessin de Giovanni Rigano accompagne cette approche avec beaucoup d’efficacité. Les expressions, les décors urbains et les moments de tension donnent une présence immédiate aux événements sans rechercher inutilement le spectaculaire. L’émotion vient surtout des personnages et de ce qu’ils sont obligés de traverser.

Après leurs précédentes collaborations, Eoin Colfer, Andrew Donkin et Giovanni Rigano poursuivent ainsi leur volonté de rendre accessibles aux jeunes lecteurs de grandes problématiques contemporaines. Ici, le courage n’est pas présenté comme l’absence de peur, mais comme la capacité à continuer malgré elle.

L’album pose surtout une question essentielle : que reste-t-il de l’individu lorsque la guerre lui impose une identité de victime, de réfugié, de résistant ou de soldat ? Kat comme Adam tentent précisément de préserver leur humanité dans un monde qui voudrait les réduire à leur rôle dans le conflit.

Un roman graphique puissant et profondément humain qui refuse de transformer la guerre en spectacle. À travers une adolescente déterminée à retrouver son père et un jeune soldat enrôlé malgré lui, les auteurs rappellent que derrière chaque conflit se trouvent d’abord des individus dont les vies ont été confisquées par des décisions qui les dépassent.

Éditeur ‏ : ‎ Robinson Date de publication ‏ : ‎ 16 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 144 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2017265705 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2017265702

Nazanine de Gilles Martin-Chauffier

Un grand roman d’amour français sous l’oeil de Khomeiny

Gilles Martin-Chauffier entrelace une histoire d’amour et le basculement historique d’un pays en faisant se rencontrer deux êtres à Paris, quelques mois avant que la révolution iranienne ne bouleverse leurs existences. À travers Nazanine et Paul, le romancier raconte autant la passion que les illusions politiques d’une époque confrontée à une révolution dont elle ne mesure pas encore les conséquences.

À l’été 1978, Nazanine étudie le stylisme tandis que Paul travaille comme journaliste pour un grand hebdomadaire. Ils se rencontrent au Palace, lieu emblématique d’un Paris libre et insouciant, et tombent amoureux presque immédiatement. Leur histoire commence dans une capitale où la fête semble pouvoir durer éternellement, alors qu’à plusieurs milliers de kilomètres l’Iran entre progressivement dans une période décisive.

La révolte contre le shah prend de l’ampleur et passionne la rédaction de Paul. Vue depuis Paris, la révolution possède d’abord quelque chose de séduisant : la chute annoncée d’un régime autoritaire nourrit les espoirs et fournit aux journalistes un formidable récit politique. Mais une révolution observée depuis une rédaction n’est pas la même que celle vécue par ceux qui se trouvent au milieu de ses bouleversements.

Pour Nazanine, les événements n’ont évidemment rien d’abstrait. Son père se trouve à Téhéran et la jeune femme doit retourner en Iran pour tenter de le sauver. Le roman change alors de perspective. L’histoire collective vient brutalement interrompre l’histoire intime et sépare deux personnages qui semblaient appartenir au même monde.

À mesure que l’Iran se transforme, les certitudes commencent également à vaciller à Paris. L’enthousiasme initial laisse place au doute puis à la désillusion. La promesse de liberté se heurte progressivement à l’installation d’un nouvel ordre religieux, tandis que l’arrivée de Khomeiny modifie profondément la nature de la révolution.

Gilles Martin-Chauffier trouve dans ce contraste l’un des ressorts les plus intéressants du roman. Il observe la manière dont l’Occident regarde, interprète et parfois idéalise les bouleversements d’un autre pays. Paul, journaliste, se retrouve directement confronté à cette question : comment raconter une révolution lorsque la réalité finit par contredire le récit que l’on avait commencé à construire ?

Mais le cœur du livre reste Nazanine. Son retour à Téhéran donne un visage intime aux transformations politiques. La liberté, la religion ou la condition des femmes cessent d’être des concepts pour devenir des réalités qui déterminent désormais son quotidien et son avenir.

Paul décide finalement de partir à sa recherche. La quête amoureuse rejoint alors le reportage et transforme le voyage en confrontation avec un pays en pleine métamorphose. Retrouver Nazanine signifie aussi comprendre ce qui est réellement en train de se produire en Iran.

Le roman joue ainsi sur deux mouvements opposés : tandis que Paul et Nazanine tentent de préserver leur histoire, l’Histoire avec un grand H les éloigne inexorablement. Leur amour devient le fil conducteur d’une époque où les idéaux, les convictions et les libertés sont brutalement remis en question.

Gilles Martin-Chauffier signe un récit où romance, journalisme et révolution politique se répondent constamment. Le Paris de la fin des années 1970 et le Téhéran révolutionnaire forment deux mondes que tout semble progressivement séparer, alors que les personnages tentent encore de maintenir un lien entre eux.

Un roman d’amour ample et romanesque, mais aussi le portrait d’une époque saisie au moment où ses illusions commencent à se fissurer. À travers Nazanine et Paul, Gilles Martin-Chauffier raconte avec force comment une révolution regardée de loin peut susciter l’enthousiasme avant de révéler, pour ceux qui la vivent, un visage autrement plus sombre.

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 16 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 288 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226513620 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226513625

Mawrth Valliis – Tome 1 de EPHK

Une traque interdite. Une vallée qui ne pardonne pas.

EPHK nous propulse sur Mars pour une aventure de science-fiction pulp aussi mystérieuse que dépaysante, construite autour d’une pilote dont la désobéissance va ouvrir la porte sur des secrets qu’elle n’aurait probablement jamais dû découvrir.

Lors d’un affrontement avec une faction martienne rivale, la jeune pilote reçoit l’ordre de ne pas poursuivre un ennemi en fuite. Mais sa détermination et sa curiosité prennent le dessus. Elle abandonne les consignes et se lance à sa poursuite, jusqu’à pénétrer dans une région où personne ne devrait s’aventurer : la vallée interdite de Mars.

Ce point de départ volontairement simple permet au récit d’entrer rapidement dans l’action. Une mission militaire devient une exploration de l’inconnu, et la chasse initiale change progressivement de nature à mesure que l’héroïne s’enfonce dans ce territoire hostile. Celui qu’elle poursuit pourrait finalement être moins dangereux que ce qui l’attend au bout du voyage.

La vallée occupe ainsi une place centrale. Plus qu’un simple décor martien, elle devient une présence menaçante, chargée d’une histoire que les différentes factions semblent avoir intérêt à garder secrète. EPHK joue avec cette fascination pour les territoires interdits : dès lors qu’un endroit est défendu, l’envie de comprendre pourquoi devient irrésistible.

Le choix d’une pilote comme personnage principal renforce cette dynamique. Combative et impulsive, elle provoque elle-même la situation dans laquelle elle se retrouve. Sa désobéissance n’est donc pas seulement un ressort scénaristique : elle révèle un tempérament incapable de se satisfaire des réponses qu’on lui impose.

L’univers s’inscrit pleinement dans l’héritage de la science-fiction pulp, avec ses affrontements, ses engins futuristes, ses civilisations rivales et ses territoires encore inconnus. Mais derrière l’efficacité de l’aventure se dessine progressivement un mystère plus vaste autour de Mars et de son passé.

La particularité la plus intrigante reste évidemment la présentation de cette histoire comme étant publiée dans sa « langue martienne originelle ». Ce parti pris renforce l’impression de découvrir un objet venu directement de cet univers plutôt qu’un simple récit qui se déroulerait sur la planète rouge. Il participe à l’identité singulière du projet et à son goût assumé pour l’expérimentation.

Ce premier tome fonctionne avant tout comme l’ouverture d’une aventure appelée à s’élargir. La course-poursuite sert de porte d’entrée vers un monde dont on ne perçoit encore qu’une partie, tandis que les secrets de la vallée promettent de remettre en question ce que l’héroïne croyait savoir sur sa planète.

Un premier chapitre intrigant et audacieux, qui retrouve l’énergie de la science-fiction pulp tout en développant une identité graphique et narrative singulière. Entre combats aériens, désobéissance et exploration d’une vallée interdite, EPHK fait de Mars un territoire où la curiosité peut conduire à la vérité… à condition d’y survivre

ASIN ‏ : ‎ B0GXDTJTTN Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions Date de publication ‏ : ‎ 17 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 136 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032411322

Le Studio photo de Nankin De Ao Shen | Par Ao Shen, Luyang Xu Avec Liu Haoran, Xiao Wang, Ye Gao

Au moment de la prise sanglante de Nankin (Chine) par l’armée japonaise en décembre 1937, un jeune homme échappe à la mort en prétendant pouvoir aider l’armée nippone à développer les photos de ses exactions. Il s’installe dans un studio photo qui devient alors un lieu de résistance, et risque sa vie pour sauver des familles et révéler les preuves des atrocités commises.

Le Studio photo de Nankin revient sur l’un des épisodes les plus tragiques du XXe siècle en choisissant un angle particulièrement fort : celui de l’image comme preuve. Ao Shen situe son récit en décembre 1937, lors de la prise de Nankin par l’armée impériale japonaise, et transforme un modeste studio photographique en refuge, en lieu de résistance et surtout en espace où peut être préservée la mémoire des atrocités commises.

Alors que la ville bascule dans la violence, un jeune homme échappe à la mort en affirmant pouvoir développer les photographies prises par les soldats japonais. Ce mensonge lui permet de survivre et de s’installer dans un studio photo. Mais les négatifs qui lui sont confiés révèlent progressivement l’ampleur des crimes perpétrés.

Le dispositif choisi par Ao Shen est d’une redoutable efficacité. Dans la chambre noire, chaque photographie qui apparaît dans le révélateur fait surgir une réalité que ses auteurs pensent pouvoir contrôler. Photographier devait documenter leur puissance ; développer ces images va au contraire permettre d’en conserver les preuves.

Le studio devient ainsi le véritable cœur du film. À l’extérieur règnent la peur, les exécutions et l’occupation militaire. À l’intérieur, quelques individus tentent de survivre, de protéger des familles et de préserver des images susceptibles de témoigner. Cette opposition entre un espace minuscule et l’immensité de la tragédie donne au récit une grande partie de sa tension.

Liu Haoran incarne efficacement cet homme ordinaire contraint de devenir progressivement acteur de la résistance. Le personnage n’est pas présenté comme un héros immédiatement prêt au sacrifice. Il cherche d’abord à survivre. C’est la confrontation répétée aux photographies, aux victimes et aux personnes réfugiées autour de lui qui transforme peu à peu cette survie individuelle en responsabilité collective.

Xiao Wang et Ye Gao participent à cette dimension chorale essentielle. Car derrière le suspense, Le Studio photo de Nankin raconte aussi des civils confrontés à une question terrible : que peut encore faire un individu lorsque la violence historique semble avoir supprimé toute possibilité d’action ?

Ao Shen évite autant que possible de transformer les atrocités en spectacle. La violence demeure présente et parfois difficile à soutenir, mais le film trouve souvent davantage de puissance dans ce qu’il suggère ou dans les réactions de ceux qui découvrent les images. Une photographie devient alors plus bouleversante qu’une reconstitution spectaculaire.

Cette place accordée aux archives et à la preuve donne au film une dimension qui dépasse le seul récit de guerre. Que reste-t-il d’un crime lorsque ses auteurs peuvent le nier ? Qui conserve les traces ? Et à partir de quel moment celui qui possède une preuve devient-il responsable de sa transmission ?

La photographie prend ainsi plusieurs significations. Elle peut être trophée pour celui qui croit immortaliser sa domination, preuve pour celui qui souhaite dénoncer un crime et mémoire pour les générations qui n’ont pas vécu les événements. Le même morceau de pellicule change entièrement de sens selon celui qui le regarde.

La mise en scène exploite particulièrement bien la matérialité de la photographie argentique : négatifs, bains chimiques, tirages et images qui apparaissent lentement dans l’obscurité. Ce processus presque silencieux devient une source de suspense, car développer une photographie signifie aussi prendre le risque d’être découvert.

Le film assume néanmoins une forte dimension émotionnelle et certains passages appuient davantage leur message. La frontière entre devoir de mémoire et dramatisation reste particulièrement délicate lorsqu’il s’agit de représenter un événement historique d’une telle violence. Mais l’idée centrale demeure suffisamment puissante pour éviter que le récit ne se réduise à une succession de scènes destinées à provoquer l’émotion.

Le Studio photo de Nankin parle finalement autant de ceux qui ont vécu l’Histoire que de ceux qui devront ensuite la raconter. Sauver une personne constitue un acte de résistance. Sauver une preuve peut permettre de préserver la mémoire de milliers d’autres.

Puissant, éprouvant et nécessaire, Le Studio photo de Nankin trouve dans la photographie un remarquable outil de cinéma et de mémoire. Ao Shen transforme une chambre noire en lieu de résistance où chaque image développée devient une preuve arrachée à l’oubli. Au-delà du récit historique, le film interroge notre responsabilité face aux traces laissées par les crimes : voir, conserver et transmettre pour empêcher que les victimes disparaissent une seconde fois